mardi 11 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2001541 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | BOEZEC CARON BOUCHE AVOCATS ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 7 février 2020, M. G F, représenté par Me Régent, demande au tribunal :
1°) d'annuler les arrêtés du 7 février 2020 par lesquels le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination, lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an, et l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;
2°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation dans un délai de 48 heures à compter de la notification du jugement à intervenir ; ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision portant refus de titre de séjour méconnaît le 7° de l'article L. 313-11 et l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision portant refus de titre de séjour méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- l'obligation de quitter le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire est insuffisamment motivée ;
- la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision d'obligation de quitter le territoire français ;
- la décision fixant le pays de destination est entachée d'un défaut d'examen au regard de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision fixant le pays de destination est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- l'interdiction de retour en France est insuffisamment motivée ;
- l'interdiction de retour en France méconnaît les dispositions du III de l'article L. 513-2 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision portant assignation à résidence est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- la décision portant assignation à résidence méconnaît l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 février 2020, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués par le requérant n'est fondé.
M. F a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 février 2020.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme D,
- les observations de Me Boezec, substituant Me Régent, avocate du requérant.
Considérant ce qui suit :
1. M. F, ressortissant arménien né en 1985, déclare être entré en France le 10 mars 2014 avec son épouse. M. et Mme F sont les parents des jeunes B, E et A F, nés à Nantes respectivement les 26 janvier 2015, 11 novembre 2016 et 31 mars 2018. M. F a présenté une demande d'asile rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, le 20 novembre 2014 puis par la Cour nationale du droit d'asile, le 7 mai 2015. Le 7 juillet 2015, le préfet de la Loire-Atlantique a pris à son encontre un arrêté de refus de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français, dont la légalité a été confirmée le 2 décembre 2015 par le tribunal administratif de Nantes. Le 24 septembre 2015, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le 1er février 2016, le préfet a rejeté sa demande et l'a, de nouveau, obligé à quitter la France. Le tribunal administratif de Nantes a rejeté les recours dirigés contre ces décisions par jugements des 12 février 2016 et 27 juin 2018. Le 8 mars 2019, M. F a déposé une nouvelle demande de titre de séjour, sur le fondement de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêtés du 7 février 2020, dont M. F demande l'annulation, le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays d'éloignement, lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an, et l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Il a été statué, selon la procédure prévue au III de l'article L. 512 1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur les conclusions de la requête de M. F dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français, la décision fixant le pays de destination et l'interdiction de retour sur le territoire français, par jugement en date du 14 février 2020 du magistrat désigné par le président du tribunal, qui a renvoyé les conclusions dirigées contre le refus de séjour devant une formation collégiale du tribunal, seule compétente pour en connaître.
2. Aux termes de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2. / () ".
3. Pour l'application de ces dispositions, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels et, à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat lui permettant d'exercer une activité salariée ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là même, des motifs exceptionnels exigés par la loi. Il résulte de ces dispositions que le législateur a entendu laisser à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels que celui-ci fait valoir. Il lui appartient d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément sur la situation personnelle de l'étranger, tel que, par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.
4. D'une part, M. F fait valoir que son épouse souffre de troubles psychologiques et psychiatriques importants consécutifs aux agressions dont elle aurait été victime en Russie. S'il ressort des documents produits par le requérant que l'état de santé de Mme F nécessitait toujours, à la date de la décision attaquée, une prise en charge médicale, ces documents ne suffisent pas à établir que le défaut de cette prise en charge serait susceptible d'avoir pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité, telles que le risque suicidaire dont le requérant fait état. Au demeurant, il ressort des pièces du dossier que le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui a rendu le 21 décembre 2017 un avis défavorable sur la demande de titre de séjour pour raison de santé antérieurement présentée par l'intéressée, a indiqué que le défaut d'un traitement approprié ne devrait pas entraîner pour elle de conséquences d'une exceptionnelle gravité. D'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier que le refus d'autoriser le séjour en France du requérant aurait pour effet de le séparer des membres de sa famille, alors que son épouse, également de nationalité arménienne et dont l'état de santé ne fait pas obstacle à son retour en Arménie, comme il est dit ci-dessus, fait aussi l'objet d'une obligation de quitter le territoire prononcée par le préfet de la Loire-Atlantique, et qu'aucune circonstance n'est de nature à faire obstacle à ce que les enfants accompagnent leurs parents hors du territoire français. Enfin, M. F, s'il est présent en France depuis l'année 2014, n'a jamais été autorisé à se maintenir durablement sur le territoire, son séjour régulier résultant seulement de sa situation de demandeur d'asile, et il n'établit pas, par ses seules allégations, être dépourvu d'attaches en Arménie, dont lui et son épouse sont tous deux originaires. Dès lors, compte tenu de ces éléments caractérisant la situation personnelle de M. F, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en estimant que l'admission exceptionnelle au séjour de l'intéressé par la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ne répond pas à des considérations humanitaires et ne se justifie pas non plus par des motifs exceptionnels.
5. Si M. F produit une promesse d'embauche en France en qualité de carreleur ainsi qu'un projet de contrat de travail à durée indéterminée, il ne justifie d'aucun diplôme ni d'aucune qualification particulière, l'employeur ayant rédigé les documents sus évoqués se bornant à attester qu'il emploie l'intéressé " depuis 2017 " sans le déclarer. Ainsi, en l'absence de considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Loire-Atlantique aurait, dans l'exercice du large pouvoir d'appréciation dont l'investit l'article L. 314-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, commis une erreur manifeste d'appréciation en estimant que l'admission exceptionnelle au séjour de l'intéressé par la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant les mentions " salarié " ou " travailleur temporaire " ne répond pas à des motifs exceptionnels.
6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes du 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors applicable : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" est délivrée de plein droit : / () / 7° A l'étranger, ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus. / () ".
7. Compte tenu de la durée et des conditions du séjour en France de M. F à la date de la décision attaquée, il n'est pas fondé à prétendre que les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile lui ouvraient droit à la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ". Compte tenu de cette durée et de ces conditions, comme de l'ensemble des éléments caractérisant sa situation personnelle en France à la même date, qui ont été évoquées au point 4 ci-dessus, le préfet n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée en refusant de régulariser sa situation au regard du séjour, compte tenu des buts poursuivis par cette décision. Dès lors, il n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Enfin, la décision attaquée n'ayant ni pour objet, ni pour effet de séparer les enfants de M. F de leur père, et en l'absence de circonstances faisant obstacle à l'installation de ces jeunes enfants en Arménie, pays dont l'ensemble des membres de la famille a la nationalité, cette décision n'est pas de nature à méconnaître l'intérêt supérieur des enfants. Le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit par suite être écarté.
8. Il résulte de tout ce qui précède que M. F n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision de refus de séjour attaquée. En conséquence, il ne saurait être fait droit ni aux conclusions à fin d'injonction ni à la demande fondée sur l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique qu'il présente.
D É C I D E:
Article 1er : La requête de M. F est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. G F, à Me Régent et au préfet de la Loire-Atlantique.
Délibéré après l'audience du 20 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. C de Baleine, président,
Mme Thomas, première conseillère,
Mme Milin, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2022.
La rapporteure,
C. DLe président,
A. C DE BALEINE
La greffière,
L. LÉCUYER
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026