mardi 20 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2001707 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SELARL CORNET VINCENT SEGUREL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 12 février 2020 et 29 septembre 2021, M. D C, représenté par la SELARL Publi-Juris, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 18 décembre 2019 par lequel le maire de Gorges a refusé de lui délivrer un permis de construire portant sur la construction d'un bâtiment agricole destiné au stockage et au stationnement de matériel et d'engins sur un terrain situé lieu-dit " Les Giraudières " ;
2°) d'enjoindre au maire de Gorges de délivrer le permis de construire sollicité dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Gorges une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision est entachée d'une erreur de droit dès lors que les dispositions des articles A1 et A2 du règlement du plan local d'urbanisme, qui fondent la décision, ne sont pas applicables à son projet, qui ne relève ni d'une installation classée pour l'environnement, ni de l'application du règlement sanitaire départemental ;
- la motivation de l'avis de la chambre d'agriculture est insusceptible de fonder la décision en litige dès lors que les dispositions de la charte pour la prise en compte de l'agriculture dans l'aménagement du territoire sont dénuées de portée normative ;
- le motif de refus fondé sur l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme n'est pas étayé, le seul stationnement d'engins agricoles ne fait pas courir de risques, en tout état de cause, l'autorité délivrante aurait dû délivrer le permis de construire en l'assortissant de prescriptions.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 4 août 2020 et 2 novembre 2021, la commune de Gorges, représentée par la SELARL CVS, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge du requérant en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable dès lors que le requérant, personne physique, est dépourvu d'intérêt à agir dans la mesure où le permis de construire a été délivré à une personne morale, le groupement foncier agricole Latour ;
- aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code rural ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B ;
- les conclusions de M. Sarda, rapporteur public ;
- les observations de Me Delaunay, avocat du requérant, et celles de Me Léon, avocate de la commune de Gorges.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 18 décembre 2019, le maire de Gorges a refusé de délivrer au groupement foncier agricole Latour, représenté par MM. Bernard et Philippe C, un permis de construire portant sur la construction d'un bâtiment agricole destiné au stockage et au stationnement de matériel et d'engins viticoles sur un terrain situé lieu-dit " Les Giraudières ". Le requérant demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
2. Aux termes de l'article L. 322-1 du code rural : " Le groupement foncier agricole est une société civile formée entre personnes physiques. Il est régi par les dispositions des articles L. 322-2 à L. 322-21 du présent code et par les chapitres Ier et II du titre IX du livre III du code civil. () ". Aux termes de l'article 1849 du code civil applicable aux sociétés civiles : " Dans les rapports avec les tiers, le gérant engage la société par les actes entrant dans l'objet social. En cas de pluralité de gérants, ceux-ci détiennent séparément les pouvoirs prévus à l'alinéa précédent. L'opposition formée par un gérant aux actes d'un autre gérant est sans effet à l'égard des tiers, à moins qu'il ne soit établi qu'ils en ont eu connaissance. Les clauses statutaires limitant les pouvoirs des gérants sont inopposables aux tiers. ".
3. Les dispositions de l'article 1849 du code civil, applicables aux groupements fonciers agricoles en vertu de l'article L. 322-1 du code rural, confèrent au gérant d'un groupement foncier agricole qualité pour le représenter en justice. Il ressort des pièces du dossier que le requérant est l'un des gérants du groupement foncier agricole Latour et justifie ainsi de sa qualité pour le représenter. Il s'ensuit que la fin de non-recevoir opposée en défense doit être rejetée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. Il ressort des pièces du dossier que, pour refuser le permis de construire sollicité, le maire de Gorges s'est fondé sur la circonstance que le projet de construction d'un bâtiment agricole destiné au stockage et au stationnement de matériel et d'engins viticoles était, en raison de son implantation à 18 mètres d'une habitation existante, de nature à porter atteinte à la salubrité et à la sécurité publique, sur le fondement de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme. Il ressort plus précisément des écritures en défense de la commune que le maire a considéré que la construction d'un bâtiment de 200m² destiné au stationnement d'engins agricoles à 18 mètres de maisons d'habitation était susceptible de créer des nuisances, notamment sonores, intolérables pour les habitants de ces maisons.
5. Aux termes de l'article R.111-2 du code de l'urbanisme : " Le
permis de construire peut être refusé ou n'être accordé que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation ou leurs dimensions, sont de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique. ".
6. En vertu de ces dispositions, lorsqu'un projet de construction est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique, le permis de construire ne peut être refusé que si l'autorité compétente estime, sous le contrôle du juge, qu'il n'est pas légalement possible, au vu du dossier et de l'instruction de la demande de permis, d'accorder le permis en l'assortissant de prescriptions spéciales qui, sans apporter au projet de modification substantielle nécessitant la présentation d'une nouvelle demande, permettraient d'assurer la conformité de la construction aux dispositions législatives et réglementaires dont l'administration est chargée d'assurer le respect.
7. Il ressort des pièces du dossier que le projet porte sur la construction d'un garage de 200m² destiné au stationnement d'engins agricoles. Si la commune fait valoir que ce projet est de nature à générer des nuisances sonores préjudiciables aux résidents des maisons d'habitation avoisinantes, dont la plus proche se trouve à 18 mètres du projet, d'une part, l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme porte sur les seules salubrité et sécurité publiques, et non sur la tranquillité publique, et, d'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier que la construction projetée, compte tenu de sa taille, de sa vocation limitée au seul stationnement, et des caractéristiques des engins en cause, dont le requérant produit des photographies, serait de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique, alors même que le bâtiment litigieux est situé à proximité immédiate d'une maison d'habitation. Dans ces conditions, le requérant est fondé à soutenir que le maire ne pouvait opposer le motif tiré que le projet méconnaît l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme en ce qu'il porte atteinte à la salubrité publique pour rejeter sa demande de permis de construire.
8. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen ne justifie l'annulation de l'arrêté contesté.
9. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté portant refus de permis de construire du 18 décembre 2019 doit être annulé.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
10. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ". L'article L. 911-3 de ce code dispose que : " La juridiction peut assortir, dans la même décision, l'injonction prescrite en application des articles L. 911-1 et L. 911-2 d'une astreinte qu'elle prononce dans les conditions prévues au présent livre et dont elle fixe la date d'effet. ".
11. Lorsque le juge annule un refus d'autorisation après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction, ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction soit que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée qui, eu égard aux dispositions de l'article L. 600-2 du code de l'urbanisme, demeurent applicables à la demande, interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fait obstacle.
12. Il ne résulte pas de l'instruction que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée interdiraient la délivrance du permis de construire sollicité par la pétitionnaire pour un autre motif que ceux censurés par le présent jugement. Par ailleurs, il ne résulte pas davantage de l'instruction qu'un changement dans les circonstances de fait se soit produit depuis l'édiction de l'arrêté contesté, ni que la situation de fait existant à la date du présent jugement ferait obstacle à la délivrance de ce permis de construire. Dans ces conditions, il y a lieu d'enjoindre au maire de Gorges de délivrer au GFA Latour le permis de construire sollicité dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du requérant, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme demandée sur le fondement de cet article par la commune de Gorges. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Gorges la somme de 1 500 euros à verser au requérant sur le fondement de ces dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 18 décembre 2019 du maire de Gorges portant refus de permis de construire est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au maire de Gorges de délivrer au groupement foncier agricole Latour le permis de construire sollicité dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement.
Article 3 : La commune de Gorges versera à M. C la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, co-gérant du groupement foncier agricole Latour, et à la commune de Gorges.
Délibéré après l'audience du 22 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. A de Baleine, président,
Mme Thomas, première conseillère,
Mme Milin, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2022.
La rapporteure,
C. B
Le président,
A. A DE BALEINELa greffière,
J. DIONIS
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026