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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2001875

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2001875

jeudi 9 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2001875
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationPrésident 5
Avocat requérantSCP ATLANTIQUE AVOCATS ASSOCIES (SAINT-HERBLAIN)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 février 2020, M. A B, représenté par Me Gwenola Vaubois, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 8 novembre 2019 par laquelle la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées de la Maison départementale des personnes handicapées de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande tendant au renouvellement de l'orientation professionnelle dont il a bénéficié à raison de sa qualité de travailleur handicapé ;

2°) de mettre à la charge de la Maison départementale des personnes handicapées de la Loire-Atlantique la somme de 1 200 euros à verser à Me Vaubois en application des articles 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'illégalité dès lors qu'elle manque de clarté et méconnait ainsi l'objectif de clarté et d'intelligibilité de la loi, objectif de valeur constitutionnelle ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur d'appréciation.

Par un mémoire, enregistré le 24 octobre 2022, la Maison départementale des personnes handicapées de la Loire-Atlantique demande au tribunal de rejeter la requête présentée par M. B.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

L'aide juridictionnelle totale a été accordée à M. B par une décision du 16 décembre 2019 de la section administrative du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nantes.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991.

Le président du tribunal a désigné M. David Labouysse, premier conseiller, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.

L'audience publique, à laquelle aucune partie n'était présente ou représentée, s'est tenue le 26 janvier 2023 à partir de 11h00.

La clôture de l'instruction est intervenue après appel de l'affaire à l'audience en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Le rapport de M. Labouysse, magistrat désigné, a été entendu au cours de cette audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, né le 7 mars 1990, s'est vu reconnaître pour la première fois la qualité de travailleur handicapé au cours de l'année 2007. Cette qualité lui a été régulièrement renouvelée. Au titre de l'orientation professionnelle, il a été orienté vers un établissement et service d'aide par le travail du 1er septembre 2009 au 30 juin 2019. Le 11 septembre 2017, M. B a sollicité une modification de son orientation professionnelle afin d'être orienté vers "le milieu ordinaire" mais, par une décision du 4 mai 2018, la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées de la Maison départementale des personnes handicapées de la Loire-Atlantique a décidé de l'orienter de nouveau au sein d'un établissement et service d'aide par le travail en indiquant toutefois qu'il serait en période d'essai pendant six mois. Le 29 novembre 2018, M. B a demandé à la Maison départementale des personnes handicapées de la Loire-Atlantique, outre un nouveau renouvellement de la qualité de travailleur handicapé, le bénéfice d'une orientation professionnelle vers le "milieu ordinaire de travail (dont entreprise adaptée)" avec l'appui de l'organisme Cap Emploi. Par une décision du 26 avril 2019, la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées de la Maison départementale des personnes handicapées de la Loire-Atlantique, après avoir renouvelé la qualité de travailleur handicapé à M. B, s'est prononcé sur son orientation professionnelle pour la période du 1er juillet 2019 au 30 juin 2029 en l'orientant vers le service d'évaluation et d'accompagnement professionnel. Estimant que cette décision l'orientait de nouveau vers un établissement et service d'aide par le travail, M. B a contesté cette décision. Il a, à cette fin, formé, comme il y était tenu en application de l'article R. 241-35 du code de l'action sociale et des familles, un recours devant cette même autorité. Par une décision du 8 novembre 2019, dont l'intéressé demande l'annulation devant le tribunal, la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées de la Maison départementale des personnes handicapées de la Loire-Atlantique a statué sur ce recours. La décision indique que la commission "s'est prononcée pour un accord de recours administratif préalable de l'orientation professionnelle pour la période du 8 novembre 2019 au 30 juin 2029" et lui a "conseillé de contacter le S.E.A.P (Service d'évaluation et d'accompagnement professionnel)".

2. En vertu des dispositions du 4° du I de l'article L. 241-6 du code de l'action sociale et des familles, la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées est compétente pour reconnaître la qualité de travailleur handicapé aux personnes répondant aux conditions définies par l'article L. 323-10 du code du travail, dont les dispositions sont, depuis le 1er mai 2008, inscrites à l'article L. 5213-1 du code du travail. La commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées est également compétente, en vertu des dispositions du 1° du I de l'article L. 241-6 du code de l'action sociale et des familles, pour se prononcer sur l'orientation de la personne handicapée et les mesures propres à assurer son insertion professionnelle et sociale. Selon l'article L. 5213-2 du code du travail, la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé " s'accompagne d'une orientation vers un établissement ou service d'aide par le travail, vers le marché du travail ou vers un centre de rééducation professionnelle. () ".

3. Lorsqu'il est saisi d'un recours formé contre une décision de la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées statuant, en application des dispositions du 4° du I de l'article L. 241-6 du code de l'action sociale et des familles, sur une demande d'orientation professionnelle, il appartient au juge administratif de se prononcer, non sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais seulement sur l'orientation professionnelle de la personne dont la qualité de travailleur handicapé a été reconnue. Pour se prononcer sur cette orientation, il prend en compte l'ensemble des éléments dont il dispose à la date à laquelle il rend sa décision.

4. En premier lieu, M. B soutient que la décision attaquée méconnait l'objectif de clarté et d'intelligibilité de la loi, qui est un objectif de valeur constitutionnelle, dès lors que la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées de la Maison départementale des personnes handicapées de la Loire-Atlantique indique qu'elle entend faire droit au recours administratif préalable obligatoire tout en orientant l'intéressé vers un établissement et service d'aide par le travail. Un tel moyen met en cause un vice propre à la décision attaquée, que le requérant interprète comme rejetant sa demande. En application de la règle rappelée au point 3 relative à la portée des vices propres de la décision à l'origine de la saisine du juge concernant l'orientation professionnelle d'un travailleur handicapé, un tel moyen doit, en tout état de cause, être écarté.

5. En second lieu, aux termes de l'article L. 344-2 du code de l'action sociale et de la famille : " Les établissements et services d'aide par le travail accueillent des personnes handicapées pour lesquelles la commission () a constaté une capacité de travail () et la nécessité d'un accompagnement médical, social et médico-social. Ils leur offrent des possibilités d'activités diverses à caractère professionnel, ainsi qu'un soutien médico-social et éducatif, en vue de favoriser leur épanouissement personnel et social ". Selon l'article R. 243-1 du même code : " La commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées oriente vers les établissements et services d'aide par le travail les personnes handicapées ayant une capacité de travail inférieure à un tiers au sens de l'article R. 341-2 du code de la sécurité sociale, mais dont elle estime que l'aptitude potentielle à travailler est suffisante pour justifier leur admission dans ces établissements et services. / La commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées peut également orienter vers les établissements et services d'aide par le travail des personnes handicapées dont la capacité de travail est supérieure ou égale au tiers de la capacité normale lorsque leur besoin d'un ou de plusieurs soutiens médicaux, éducatifs, sociaux, psychologiques le justifie. () ".

6. La décision attaquée ne vise pas les dispositions qui viennent d'être citées en vertu desquelles seul peut être orienté en établissement et service d'aide par le travail un travailleur handicapé pour lequel la commission a constaté, soit une capacité de travail inférieure à un tiers de la capacité normale au sens de l'article R. 341-2 du code de la sécurité sociale et la nécessité d'un accompagnement médical, social et médico-social, soit une capacité de travail supérieure ou égale au tiers de cette capacité normale lorsque leur besoin d'un ou de plusieurs soutiens médicaux, éducatifs, sociaux, psychologiques le justifie. La décision attaquée ne se prononce pas sur la capacité de travail de l'intéressé au regard de la capacité normale mentionnée à l'article R. 341-2 du code de la sécurité sociale. Ainsi, cette décision ne peut être regardée comme orientant M. B vers un établissement et service d'aide par le travail. Bien au contraire, au regard des indications précises fournies par la Maison départementale des personnes handicapées de la Loire-Atlantique en défense et qui ne sont pas contestées par le requérant qui n'a présenté aucune observation à la suite de la communication du mémoire en défense, le service d'évaluation et d'accompagnement professionnel n'est pas un établissement et service d'aide par le travail mais un service ayant pour mission de proposer des mises en situation professionnelle afin d'évaluer les capacités de la personne à réintégrer le milieu ordinaire du travail. Ainsi, le requérant, qui invoque l'inadaptation, au regard de sa situation, d'une affectation au sein d'un établissement et service d'aide par le travail, n'est pas fondé à soutenir qu'il aurait été orienté une nouvelle fois vers un tel établissement. Certes, l'intéressé n'a pas été orienté vers l'organisme Cap emploi, lequel est spécialisé dans la prise en charge de l'emploi des personnes en situation de handicap, mais il ressort encore une fois des indications précises fournies par la Maison départementale des personnes handicapées de la Loire-Atlantique en défense et qui ne sont pas contestées par le requérant, que l'orientation vers Cap Emploi est décidée, non par la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées, mais par Pôle Emploi. Enfin, M. B n'apporte aucune précision, ni aucun justificatif au soutien de son allégation suivant laquelle il serait apte à intégrer directement le milieu ordinaire de travail par l'intermédiaire de Cap emploi. Ainsi, M. B, qui ne peut utilement se prévaloir, eu égard notamment à la règle rappelée au point 3, des dispositions constitutionnelles, internationales et législatives relatives au libre choix de son travail, n'est pas fondé à soutenir qu'une orientation professionnelle vers Cap Emploi devrait être prononcée. Par suite, sa requête relative à son orientation professionnelle ne peut qu'être rejetée.

7. La Maison départementale des personnes handicapées de la Loire-Atlantique n'est pas la partie perdante dans la présente instance. Par suite, les dispositions combinées des articles 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et L. 761 1 du code de justice administrative font obstacle à ce que cette partie verse à Me Vaubois, avocate de M. B, qui a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, une somme au titre des frais exposés pour cette instance.

D É C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la Maison départementale des personnes handicapées de la Loire-Atlantique et à Me Gwenaëlle Vaubois.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2023.

Le magistrat désigné,

D. LABOUYSSE

La greffière,

V. MALINGRE

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

V. MALINGRE

No 2001875

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