mercredi 19 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2001886 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | KADDOURI |
Vu la procédure suivante :
I - Par une requête n° 2001886 enregistrée le 14 février 2020 et un mémoire enregistré le 18 novembre 2020, M. A B, représenté par Me Kaddouri, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 31 janvier 2020 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours administratif formé contre la décision du préfet de Maine-et-Loire du 5 août 2019 ayant rejeté sa demande d'acquisition de la nationalité française ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de procéder au réexamen de sa demande de naturalisation dans un délai de deux mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros à verser à son avocat en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision du préfet est insuffisamment motivée, en méconnaissance des dispositions de l'article 49 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 et des articles L.211-2 et L.211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle a été prise en méconnaissance des dispositions des articles 21-15 du code civil et 44 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; si trois de ses enfants résident à l'étranger, il s'agit du choix de leur mère ; il est également père d'un enfant résidant à Angers ; il s'est acquitté de ses taxes d'habitation au titre des années 2017 et 2018 en conformité avec un échéancier de paiement et non après majoration et ces faits sont en tout état de cause isolés et dénués de gravité ; les poursuites engagées à son encontre pour violence sans incapacité ont été classées sans suite ; il s'agissait d'une dénonciation calomnieuse ; il a bien fixé le centre de ses intérêts privés et familiaux en France ; il est très investi dans son rôle de père et bénéficie, dans le cadre de la garde de sa fille résidant à Angers, d'un droit de visite et d'hébergement un week-end sur deux et lors de la moitié des vacances scolaires.
Par un mémoire en défense enregistré le 29 octobre 2020, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les conclusions dirigées contre la décision préfectorale sont dépourvues d'objet et doivent par conséquent être rejetées en raison de leur irrecevabilité ;
- les conclusions dirigées contre sa décision implicite de rejet sont dépourvues d'objet dès lors que sa décision expresse de rejet du 24 février 2020 s'est substituée à cette décision implicite ;
- aucun des moyens invoqués n'est fondé.
La demande du requérant tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle a été rejetée par décision du 4 février 2021.
II - Par une requête n° 2004051 enregistrée le 6 avril 2020 et un mémoire et des pièces complémentaires respectivement enregistrés le 18 novembre 2020 et le 24 mars 2022, M. A B, représenté par Me Kaddouri, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 24 février 2020 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours administratif formé le 17 septembre 2019 contre la décision du préfet de Maine-et-Loire du 5 août 2019 ayant rejeté sa demande d'acquisition de la nationalité française ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de procéder au réexamen de sa demande de naturalisation dans un délai de deux mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation, en méconnaissance des dispositions de l'article 49 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 et des articles L.211-2 et L.211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle a été prise en méconnaissance des dispositions des articles 21-15 du code civil et 44 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; si trois de ses enfants résident à l'étranger, il s'agit du choix de leur mère ; il est également père d'un enfant résidant à Angers ; il s'est acquitté de ses taxes d'habitation au titre des années 2017 et 2018 en conformité avec un échéancier de paiement et non après majoration et ces faits sont en tout état de cause isolés et dénués de gravité ; les poursuites engagées à son encontre pour violence sans incapacité ont été classées sans suite ; il s'agissait d'une dénonciation calomnieuse ; il a bien fixé le centre de ses intérêts privés et familiaux en France ; il est très investi dans son rôle de père et bénéficie, dans le cadre de la garde de sa fille résidant à Angers, d'un droit de visite et d'hébergement un week-end sur deux et lors de la moitié des vacances scolaires.
Par un mémoire en défense enregistré le 29 octobre 2020, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les conclusions dirigées dans le cadre de la requête n° 2001886 contre la décision préfectorale sont dépourvues d'objet et doivent par conséquent être rejetées en raison de leur irrecevabilité ;
- les conclusions dirigées contre sa décision implicite de rejet dans le cadre de la requête n° 2001886 sont dépourvues d'objet dès lors que sa décision expresse de rejet du 24 février 2020 s'est substituée à cette décision implicite ;
- aucun des moyens invoqués à l'encontre de sa décision du 24 février 2020 n'est fondé.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 février 2021.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Baufumé a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision du 5 août 2019, le préfet de Maine-et-Loire a rejeté la demande de naturalisation présentée par M. A B, ressortissant comorien. Saisi d'un recours administratif préalable obligatoire reçu le 30 septembre 2019, le ministre de l'intérieur a, par une décision expresse du 24 février 2020, qui s'est substituée à la décision du préfet de Maine-et-Loire et à sa propre décision implicite de rejet, rejeté ce recours et confirmé le rejet ainsi prononcé. Par la requête n° 2001886, M. B demande l'annulation de la décision implicite de rejet du ministre. Par la requête n° 2004051, il demande l'annulation de la décision expresse du 24 février 2020. Ces requêtes concernent la situation d'un même ressortissant et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision implicite de rejet du ministre (requête n° 2001886) :
2. Si le silence gardé par l'administration sur un recours gracieux ou hiérarchique fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une demande de communication des motifs de la décision implicite présentée en application des dispositions de l'article L.211-2 du code des relations entre le public et l'administration, se substitue à la première décision. Il en résulte que des conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde.
3. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. B dirigées contre la décision implicite née du silence gardé par le ministre doivent être regardées comme dirigées contre la décision du 24 février 2020, par laquelle le ministre a expressément rejeté sa demande de naturalisation.
Sur les conclusions d'annulation dirigées contre la décision du ministre de l'intérieur du 24 février 2020 (requête n° 2004051) :
4. En premier lieu, il ressort des termes de la décision ministérielle attaquée du 24 février 2020, qui vise les articles 45 et 48 du décret susvisé du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française, que, pour rejeter la demande de naturalisation de M. B, le ministre de l'intérieur s'est fondé sur les motifs tirés de ce que, d'une part, ses trois enfants mineurs résident à l'étranger et, d'autre part, son comportement fiscal est sujet à critiques dès lors qu'il a réglé ses taxes d'habitation 2017 et 2018 après majorations. Ainsi, la décision mentionne de manière suffisamment précise les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". En application de l'article 27 de ce même code, l'administration a le pouvoir de rejeter ou d'ajourner une demande de naturalisation.
6. D'autre part, aux termes de l'article 48 du décret susvisé du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française : " () Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions () ". En application de ces dispositions, il appartient au ministre chargé des naturalisations de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la naturalisation à l'étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, il peut légalement prendre en compte les renseignements défavorables recueillis sur le comportement du postulant.
7. Il ressort des pièces du dossier, et plus particulièrement du bordereau de situation fiscale produit par le ministre de l'intérieur, que M. B a acquitté, au titre des années 2017 et 2018, sa taxe d'habitation avec majoration en raison de son non-paiement dans les délais fixés, ce que le requérant ne conteste pas. Il ne ressort par ailleurs pas des pièces du dossier que le requérant aurait bénéficié, comme il le soutient, d'un échéancier de paiement. Eu égard au caractère encore récent à la date de la décision attaquée, et réitéré sur deux années consécutives, de ce comportement fiscal, le ministre de l'intérieur, qui a fait usage de son large pouvoir d'appréciation de l'opportunité d'accorder la naturalisation sollicitée, a pu légalement, et notamment sans erreur manifeste d'appréciation, rejeter la demande de naturalisation de M. B pour le motif précité au point 4 du présent jugement et tiré de son comportement fiscal.
8. En troisième lieu, en application des dispositions précitées aux points 5 et 6 du présent jugement, et dans le cadre de l'examen d'opportunité réalisé par le ministre chargé des naturalisations, ce dernier peut légalement prendre en compte la situation familiale du demandeur, et notamment la circonstance qu'un ou plusieurs de ses enfants mineurs résident à l'étranger.
9. Il est constant que trois des enfants mineurs du requérant résident à l'étranger. Si M. B soutient que cette résidence hors de France correspond au choix de leur mère, il ne l'établit pas. Par ailleurs, s'il est également constant que le requérant est le père d'une petite fille née en France le 22 juin 2013, de nationalité française et résidant en France, il ressort également des pièces du dossier qu'il est séparé de la mère de l'enfant. Il ne ressort par ailleurs pas du dossier, et notamment de l'ordonnance du juge aux affaires familiales du tribunal de grande instance d'Angers du 12 juin 2017, qui ne se prononce que sur les modalités de paiement d'une contribution mensuelle de la part du requérant, qu'il contribuerait à l'éducation de cette dernière et entretiendrait encore des liens avec elle. Par suite, le ministre de l'intérieur, qui a fait usage de son large pouvoir d'appréciation de l'opportunité d'accorder la naturalisation sollicitée, a pu légalement, et notamment sans erreur manifeste d'appréciation, rejeter la demande de naturalisation de M. B pour le motif précité au point 4 du présent jugement et tiré de sa situation familiale.
10. Il résulte de ce qui a été dit aux points 4 à 9 du présent jugement que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée a été prise en méconnaissance des dispositions des articles 21-15 du code civil et 44 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993, ni davantage qu'elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes n°2001886 et n° 2004051 de M. B sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Kaddouri.
Délibéré après l'audience du 5 juillet 2023 à laquelle siégeaient :
Mme Béria-Guillaumie, présidente,
M. Echasserieau, premier conseiller,
Mme Baufumé, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juillet 2023.
La rapporteure,
A. BAUFUMÉ
La présidente,
M. BÉRIA-GUILLAUMIE
La greffière,
Y. BOUBEKEUR
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer
en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice
à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun
contre les parties privées, de pourvoir
à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2001886, 2004051
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026