mardi 28 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2001908 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | JAUD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 17 février 2020, Mme D C, représentée par Me Jaud, demande au tribunal :
1°) à titre principal, d'annuler la délibération du 18 décembre 2019 par laquelle le conseil communautaire de la communauté de communes Erdre et Gesvres a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal ;
2°) à titre secondaire, d'annuler la délibération du 18 décembre 2019 par laquelle le conseil communautaire de la communauté de communes Erdre et Gesvres a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal en tant qu'elle classe les parcelles cadastrées section E n°s 1651, 1753, 1895 et 1862, situées sur le territoire de la commune de Vigneux-de-Bretagne, en zone agricole ;
3°) de mettre à la charge de la communauté de communes Erdre et Gesvres une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- il n'est pas établi que des convocations ont bien été adressées à l'ensemble des conseillers communautaires, que l'ensemble du projet de plan local d'urbanisme intercommunal modifié a bien été mis à disposition des élus à la fois par voie dématérialisée et au siège de la communauté de communes et que les conseillers communautaires ont pu disposer d'un document de synthèse leur permettant de comprendre les enjeux de leur vote ;
- le dossier soumis à enquête publique était insuffisant, la commission d'enquête a insuffisamment analysé les observations du public, son avis final est incohérent avec le contenu du rapport ;
- le règlement du plan local d'urbanisme intercommunal, en ce qu'il classe la parcelle cadastrée section E n°1651 en zone agricole, est incohérent avec le projet d'aménagement et de développement durable dès lors qu'il s'agit d'une dent creuse non agricole, la dent creuse identifiée dans le plan au niveau du lotissement de la Comète ne peut constituer la réserve foncière nécessaire à la densification du hameau dès lors que ces parcelles sont en réalité déjà construites ;
- une erreur matérielle dans le projet de document graphique du plan local d'urbanisme intercommunal, concernant les parcelles cadastrées E n°s 2058 à 2062, a conduit à une appréciation erronée de la situation des parcelles cadastrées section E n°s 1651, 1753, 1895 et 1862 ;
- le classement de la parcelle cadastrée section E n°1651 en zone agricole relève d'une erreur manifeste d'appréciation ainsi que le classement de la parcelle cadastrée section E n°1753 qui, en tant que voie de desserte d'une partie du hameau, devrait être incluse dans son périmètre et donc classée en zone Uh.
Par un mémoire, enregistré le 15 décembre 2021, la communauté de communes Erdre et Gesvres, représentée par la SELARL Lexcap, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de la requérante sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de l'environnement ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- les conclusions de M. Sarda, rapporteur public,
- les observations de Me Jaud, avocate de Mme C ;
- les observations de Me Oueslati, substituant Me Rouhaud, ; avocat de la communauté de communes Erdre et Gesvres.
Considérant ce qui suit :
1. Par une délibération du 16 décembre 2015, le conseil communautaire de la communauté de communes Erdre et Gesvres a prescrit la révision du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi). Par une délibération du 28 novembre 2018, le conseil communautaire a arrêté le projet de plan local d'urbanisme intercommunal, qui a fait l'objet d'une enquête publique du 15 avril 2019 au 24 mai 2019. Par une délibération du 18 décembre 2019, la communauté de communes Erdre et Gesvres a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal, qui classe les parcelles cadastrées section E n°s 1651, 1753, 1895 et 1862, situées sur le territoire de la commune de Vigneux-de-Bretagne, en zone agricole, la parcelle E n°1651 appartenant à la requérante. Celle-ci demande au tribunal d'annuler la délibération du 18 décembre 2019.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 2121-12 du code général des collectivités territoriales, applicable en l'espèce en vertu de l'article L. 5211-1 du même code : " Dans les communes de 3 500 habitants et plus, une note explicative de synthèse sur les affaires soumises à délibération doit être adressée avec la convocation aux membres du conseil municipal. / Si la délibération concerne un contrat de service public, le projet de contrat ou de marché accompagné de l'ensemble des pièces peut, à sa demande, être consulté à la mairie par tout conseiller municipal dans les conditions fixées par le règlement intérieur. / Le délai de convocation est fixé à cinq jours francs. En cas d'urgence, le délai peut être abrégé par le maire sans pouvoir être toutefois inférieur à un jour franc. ". Il résulte de l'extrait du registre des délibérations du conseil communautaire d'Erdre et Gesvres que la convocation des membres de ce conseil à la réunion du 18 décembre 2019 leur a été adressée le 11 décembre 2019, le président de la communauté de communes attestant pour les besoins de la cause de l'envoi des convocations par voie postale le 11 décembre 2019, cette attestation faisant foi jusqu'à preuve du contraire. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que les conseillers communautaires se seraient plaint, au cours de cette séance à laquelle ils étaient tous présents à l'exception de trois d'entre eux, d'une absence de convocation ou de la tardiveté de celle-ci. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 2121-12 du code général des collectivités territoriales doit être écarté.
3. Aux termes de l'article L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales, applicable en l'espèce en vertu de l'article L. 5211-1 du même code : " Tout membre du conseil municipal a le droit, dans le cadre de sa fonction, d'être informé des affaires de la commune qui font l'objet d'une délibération. ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 2121-12 du code général des collectivités territoriales : " Dans les communes de 3 500 habitants et plus, une note explicative de synthèse sur les affaires soumises à délibération doit être adressée avec la convocation aux membres du conseil municipal ". Le défaut d'envoi, avec la convocation aux réunions du conseil municipal d'une commune de 3 500 habitants et plus, de la note explicative de synthèse portant sur chacun des points de l'ordre du jour prévue à cet article entache d'irrégularité les délibérations prises, à moins que le maire n'ait fait parvenir aux membres du conseil municipal, en même temps que la convocation, les documents leur permettant de disposer d'une information adéquate pour exercer utilement leur mandat. Cette obligation, qui doit être adaptée à la nature et à l'importance des affaires, doit permettre aux intéressés d'appréhender le contexte ainsi que de comprendre les motifs de fait et de droit des mesures envisagées et de mesurer les implications de leurs décisions. Elle n'impose pas de joindre à la convocation adressée aux intéressés une justification détaillée du bien-fondé des propositions qui leur sont soumises.
4. Il ressort des pièces du dossier que la convocation du 11 décembre 2019 adressée aux conseillers communautaires par le président de la communauté de communes d'Erdre et Gesvres était accompagnée d'une note de synthèse portant sur les points mis à l'ordre du jour du conseil communautaire du 18 décembre 2019. Cette note rappelle la procédure d'élaboration du PLUi et les partis d'urbanisme retenus en citant les axes du projet d'aménagement et de développement durable, fait état des avis des personnes publiques associées et consultées, du déroulement et du bilan de l'enquête publique, en insistant sur les principaux points soulevés dans le rapport et les conclusions, les modifications apportées au règlement écrit, au règlement graphique, aux orientations d'aménagement et de programmation, aux annexes, au rapport de présentation. Enfin, cette note de synthèse précise l'adresse du lien permettant de consulter l'ensemble des documents du PLUi par voie dématérialisée et que ces documents sont aussi consultables au siège de la communauté de communes. Par conséquent, le moyen tiré de ce que les conseillers communautaires auraient été insuffisamment informés de l'objet de la délibération attaquée avant la séance du conseil communautaire doit être écarté.
5. Pour soutenir que le plan local d'urbanisme intercommunal a été approuvé à l'issue d'une procédure irrégulière compte tenu des insuffisances du dossier d'enquête publique, la requérante se borne à citer des passages du rapport d'enquête critiquant la présentation de certains passages du dossier d'enquête et à faire état de ce que des personnes publiques associées ont émis des avis non seulement favorables avec réserves mais également défavorables et de ce que les plans mis à dispositions ne comprenaient pas les numéros de parcelle. Toutefois, les insuffisances du dossier d'enquête publique ne sont de nature à vicier la procédure et donc à entraîner l'illégalité de la décision prise à l'issue de l'enquête publique que si elle a pu avoir pour effet de nuire à la bonne information de l'ensemble des personnes intéressées par l'opération ou si elles ont été de nature à exercer une influence sur les résultats de l'enquête et, par suite, sur la décision de l'autorité administrative. Si la commission d'enquête a relevé une présentation inadéquate de certaines cartes, le report à des études en annexe de plusieurs informations, l'absence de présentations alternatives dans l'évaluation environnementale et l'absence de justification des différentes OAP, elle a toutefois relevé dans ses conclusions finales que " le projet de PLUi d'Erdre et Gesvres a respecté toutes les procédures en vigueur, toutes les mesures nécessaires ont été prises pour l'information du public, toutes les pièces du dossier comportaient des informations et des plans permettant au public d'avoir une bonne connaissance du projet mis à l'enquête publique, l'enquête publique s'est déroulée dans de bonnes conditions ". La requérante n'établit ni même n'allègue que le public aurait présenté des observations relatives aux carences du dossier d'enquête publique. D'ailleurs, si elle relève que les plans produits dans le cadre de cette enquête étaient dépourvus de références cadastrales, il ressort du contenu des observations répertoriées par la commission d'enquête que cette carence n'a pas fait obstacle à l'identification des terrains par le public, compte tenu du nombre de ces observations relatives au classement de terrains précis dans le projet de PLUi. Par ailleurs, si les documents graphiques du projet de PLUi soumis à enquête faisaient état de ce que les parcelles cadastrées E n°s 2058 à 2062 n'étaient pas bâties et constituaient une " dent creuse " au sein du hameau de la Bouvardière, alors qu'elles sont construites, non seulement cette erreur a été corrigée à l'issue de l'enquête publique mais en outre il n'est pas établi que cette erreur matérielle ait eu des conséquences, comme le soutient la requérante, sur le classement des parcelles cadastrées section E n°s 1651, 1753, 1895 et 1862 avoisinantes. Enfin, la circonstance que des personnes publiques associées aient émis des avis favorables avec réserve ou même défavorable n'est pas de nature à révéler par elle-même une insuffisance du dossier d'enquête publique, dès lors qu'il n'est pas même allégué que la teneur de ces avis tiendrait au caractère suffisant ou non du dossier d'enquête.
6. Il suit de là qu'il n'est pas établi que des insuffisances du dossier d'enquête publique aurait empêché la compréhension, par le public, des documents soumis à l'enquête. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la délibération attaquée est intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière.
7. Le commissaire enquêteur doit, d'une part, établir un rapport relatant le déroulement de l'enquête et procéder à un examen des observations recueillies lors de celle-ci, en résumant leur contenu et, d'autre part, indiquer dans un document séparé, au moins sommairement et en donnant son avis personnel, ses conclusions motivées sur l'opération, en tenant compte de ces observations mais sans être tenu de répondre à chacune d'elles.
8. Il ressort de pièces du dossier que la commission d'enquête a consigné l'ensemble des observations présentées au cours de l'enquête dans un tableau et les a synthétisées dans un procès-verbal des observations au sein de 9 thématiques. Sur chacune de ces thématiques, la commission d'enquête a rendu des conclusions motivées faisant état d'un avis personnel, et notamment, s'agissant de l'OAP A 53, d'un avis défavorable, et s'agissant de l'OAP A 51, d'un avis réservé. La requérante n'est ainsi pas fondée à soutenir que la commission d'enquête, qui n'est pas dans l'obligation de donner un avis sur chacune des observations formulées, se serait bornée à " enregistrer " ces observations. Dans ses conclusions finales, la commission d'enquête a considéré que le projet de PLUi, s'il n'était pas finalisé, était suffisamment abouti, que si des disparités de traitement existaient entre communes, le document avait tenu compte des spécificités communales tout en présentant une certaine uniformité et que si des ajustements s'avèrent nécessaires, ils pourront avoir lieu avant l'approbation du PLUi, ou ultérieurement. La commission d'enquête, après avoir constaté que la procédure d'élaboration du PLUi avait bien été respectée et que le document était d'intérêt général, a donné un avis favorable sans réserve au projet. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'avis de la commission d'enquête ne serait pas suffisamment motivé ou que cet avis serait incohérent, les conclusions défavorables relevées ci-dessous n'entraînant pas nécessairement un avis défavorable ou un avis favorable avec réservés dès lors que la commission d'enquête a estimé qu'il pouvait être pallié aux insuffisances du projet.
9. Aux termes de l'article L. 142-1 du code de l'urbanisme : " Sont compatibles avec le document d'orientation et d'objectifs du schéma de cohérence territoriale :
1° Les plans locaux d'urbanisme prévus au titre V du présent livre ; (). ". Pour apprécier la compatibilité d'un PLU avec un SCOT, il appartient au juge administratif de rechercher, dans le cadre d'une analyse globale le conduisant à se placer à l'échelle de l'ensemble du territoire couvert en prenant en compte l'ensemble des prescriptions du document supérieur, si le plan ne contrarie pas les objectifs qu'impose le schéma, compte tenu des orientations adoptées et de leur degré de précision, sans rechercher l'adéquation du plan à chaque disposition ou objectif particulier.
10. Le document d'orientations et d'objectifs du schéma de cohérence territoriale (Scot) de Nantes - Saint-Nazaire prévoit de " contenir les villages et hameaux dans la limite de leur enveloppe urbaine " : " L'enveloppe urbaine correspond au périmètre à l'intérieur duquel le tissu bâti existant est en continuité et forme un ensemble morphologique cohérent. Elle tient compte de différents critères, notamment l'occupation du sol, les formes urbaines, la présence d'éléments paysagers et naturels, Ces espaces urbanisés concernent les espaces artificialisés à vocation résidentielle, économique ou commerciale ainsi que les villages et hameaux. Ils ne concernent pas les écarts et bâtis isolés. Le tracé de l'enveloppe urbaine respecte le parcellaire existant mais il doit parfois s'en libérer, par exemple, un fond de terrain situé clairement en dehors du tissu urbain. C'est au sein de cette enveloppe qu'est étudiée la capacité de densification et de mutation de l'ensemble des espaces bâtis. ". Le Scot prévoit ainsi de limiter le tracé de l'enveloppe urbaine au tissu bâti existant, la délimitation de ce tissu s'effectuant sur le fondement de différents critères, comme les limites parcellaires de parcelles bâties ou la prise en compte d'éléments naturels ou de la configuration des lieux. Il ressort du rapport de présentation et du règlement du PLUi que les auteurs de celui-ci ont décidé, en zone agricole, de tracer l'enveloppe urbaine au plus près du bâti existant, notamment en fixant, dans les hameaux et villages, une zone tampon de 25 mètres autour de ce bâti, en cohérence avec le PADD du Scot prévoit de " réduire fortement la consommation d'espaces agricoles, naturels et forestiers en extension de l'enveloppe urbaine " en, notamment " conten[ant] les villages et hameaux dans la limite de leur enveloppe urbaine ". Ces dispositions du PLUi ne présentent pas d'incompatibilité avec les orientations précitées du schéma de cohérence territoriale de Nantes - Saint-Nazaire. En tout état de cause, la parcelle E n°1651 de la requérante n'est pas bâtie et n'a pas été exclue de l'enveloppe urbaine en application de cette zone tampon. Compte tenu de ses caractéristiques et de la configuration du terrain au regard des parcelles bâties avoisinantes, notamment celles du hameau de la Bouvardière mais également celles des parcelles E n°s 1895 et 1862 situées à l'est, qui se situent également en zone agricole, l'exclusion de la parcelle n°1651 de l'enveloppe urbaine du hameau de la Bouvardière ne caractérise pas une incompatibilité du règlement du PLUi avec le Scot de Nantes - Saint - Nazaire.
11. Aux termes de l'article L. 151-8 du code de l'urbanisme : " Le règlement fixe, en cohérence avec le projet d'aménagement et de développement durables, les règles générales et les servitudes d'utilisation des sols permettant d'atteindre les objectifs mentionnés aux articles L. 101-1 à L. 101-3. ".
12. Aux termes de l'article R. 151-17 du code de l'urbanisme : " Le règlement délimite, sur le ou les documents graphiques, les zones urbaines, les zones à urbaniser, les zones agricoles, les zones naturelles et forestières. / Il fixe les règles applicables à l'intérieur de chacune de ces zones dans les conditions prévues par la présente section. ". L'article R. 151-22 du même code dispose que : " Les zones agricoles sont dites " zones A ". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles. ".
13. D'une part, pour apprécier la cohérence exigée au sein du plan local d'urbanisme entre le règlement et le projet d'aménagement et de développement durables (PADD), il appartient au juge administratif de rechercher, dans le cadre d'une analyse globale le conduisant à se placer à l'échelle du territoire couvert par le document d'urbanisme, si le règlement ne contrarie pas les orientations générales et objectifs que les auteurs du document ont définis dans le projet d'aménagement et de développement durables, compte tenu de leur degré de précision. Par suite, l'inadéquation d'une disposition du règlement du plan local d'urbanisme à une orientation ou à un objectif du PADD ne suffit pas nécessairement, compte tenu de l'existence d'autres orientations ou objectifs au sein de ce projet, à caractériser une incohérence entre ce règlement et ce projet.
14. D'autre part, il résulte des dispositions précédemment citées qu'une zone agricole, dite " zone A ", du plan local d'urbanisme a vocation à couvrir, en cohérence avec les orientations générales et les objectifs du projet d'aménagement et de développement durables, un secteur, équipé ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles. Si, pour apprécier la légalité du classement d'une parcelle en zone A, le juge n'a pas à vérifier que la parcelle en cause présente, par elle-même, le caractère d'une terre agricole et peut se fonder sur la vocation du secteur auquel cette parcelle peut être rattachée, en tenant compte du parti urbanistique retenu ainsi que, le cas échéant, de la nature et de l'ampleur des aménagements ou constructions qu'elle supporte, ce classement doit cependant être justifié par la préservation du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles de la collectivité concernée, à plus forte raison lorsque les parcelles en cause comportent des habitations voire présentent un caractère urbanisé.
15. Il est de la nature de toute réglementation d'urbanisme de distinguer des zones où les possibilités de construire sont différentes. Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par ce plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir mais sans être lié par les modalités existantes d'utilisation des sols, dont ils peuvent prévoir la modification dans l'intérêt de l'urbanisme, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. La légalité des dispositions du règlement d'un plan local d'urbanisme s'apprécie au regard du parti d'urbanisme retenu, défini notamment par les orientations générales et par les objectifs du projet d'aménagement et de développement durables. L'appréciation des auteurs du plan sur ces différents points ne peut être censurée par le juge administratif que si elle est fondée sur des faits matériellement inexacts ou entachée d'une erreur manifeste ou d'un détournement de pouvoir.
16. Aux termes du projet d'aménagement et de développement durable du PLUi d'Erdre et Gesvres : " Axe 1 : ménager un socle agricole et naturel en forte évolution, en adoptant un modèle de développement respectueux de l'environnement. / 1.1 Favoriser le développement d'Erdre et Gesvres vers des solutions moins consommatrices en espaces agricoles et naturels. / ) Modérer la consommation des terres agricoles à travers un urbanisme raisonné et économe en espace dans le respect des lois et documents supra-communaux en vigueur, et notamment : / - réduire la consommation des espaces agricoles, naturels et forestiers d'environ 35% par rapport à la consommation d'espace constatée sur la période précédente, / - permettre l'accueil a minima de 30% des objectifs de production de logements au sein de l'enveloppe urbaine en privilégiant le renouvellement urbain, l'utilisation des " dents creuses " et la densification des tissus bâtis, / - limiter les impacts sur l'activité agricole en privilégiant le développement où le contexte urbain est le plus opportun, / (). 4. Encadrer l'évolution des hameaux, écarts et sites d'activités isolés en définissant des marges d'évolution adaptées aux besoins et au contexte. / 4.1 Distinguer à l'échelle d'Erdre et Gesvres les hameaux constitués, pouvant accueillir un développement endogène, des écarts à limiter à une évolution du bâti existant. / ) En dehors des bourgs et des deux villages identifiés au SCoT (la Paquelais à Vigneux-de-Bretagne et la Ménardais à Treillières), limiter le développement aux espaces compris à l'intérieur des enveloppes urbaines. / ) Permettre une densification adaptée des hameaux constitués les plus importants, dans le respect des sensibilités environnementales et agricoles (risques, nuisances sonores, etc.) (). ".
17. Aux termes du rapport de présentation du PLUi d'Erdre et Gesvres : " Partie 2 : Justification des choix pour établir le PADD : / Encadrer l'évolution des hameaux, écarts et sites d'activités isolés en définissant des marges d'évolution adaptées aux besoins et au contexte. / La communauté de communes est constituée de très nombreux groupement bâtis ou bâtis isolés sur l'ensemble du territoire. Il s'agit, à travers le PLUi, de distinguer les hameaux constitués pouvant accueillir un développement endogène, des écarts à limiter à une évolution du bâti existant. / () Ainsi, au sein de ces hameaux constitués, les nouvelles habitations de tiers seront autorisées, mais le développement sera limité aux espaces compris à l'intérieur des enveloppes urbaines, contrairement aux bourgs et villages. Concernant les écarts, habitations isolées, etc., les possibilités d'évolution du bâti seront limitées et les nouvelles habitations de tiers ne seront pas autorisées. / () Partie 3 : Motifs de la délimitation des zones du PLUi : () Enveloppe urbaine des hameaux : méthodologie / () Dans le respect des objectifs du SCoT, le PLUi doit permettre de " contenir les villages et hameaux dans la limite de leur enveloppe urbaine ". Pour cela, l'enveloppe urbaine a été tracée au plus près du bâti existant, à partir d'une zone tampon de 25 mètres strict autour de chaque bâti (hors bâtiments légers de type hangar, abris de jardin, etc.). Deux cas distingués : / - Les unités foncières comprises entièrement au sein de cette zone tampon sont intégrées à l'enveloppe urbaine en suivant les limites parcellaires. / - Pour les unités foncières non comprises entièrement au sein de cette zone tampon (ex : parcelles en lanière), seule la partie située dans la zone tampon de 25 mètres est intégrée à l'enveloppe urbaine. / () Objectifs poursuivis par le règlement relatif aux hameaux et habitations isolés en zone A / La zone A () doit s'entendre comme étant une entité globale dont la vocation principale est agricole, ce qui explique que l'on puisse y trouver de l'habitat, des équipementsdès lors que le secteur présente principalement un caractère et des enjeux agricoles et que ces constructions ne remettent pas en cause l'exercice de l'activité agricole. / Le classement en zone A des écarts et bâtis isolés permet ainsi de mettre en avant le caractère agricole et rural de ces entités qui se situent toutes au sein de vastes zones agricoles et naturelles, et de mettre un terme au mitage de ces espaces. Ce classement ne se limite donc pas uniquement à une analyse du caractère agricole spécifique à la parcelle ou de son potentiel agronomique. / () Confirmer le caractère rural et agricole de ces entités bâties en limitant leur développement permet également de maîtriser des problématiques d'aménagement importantes liés au mitage. /".
18. La requérante soutient que le règlement du PLUi, en tant qu'il classe la parcelle E n°1651 dont elle est propriétaire en zone agricole et non en zone constructible Uh, n'est pas compatible avec ces orientations du PADD, dès lors que cette parcelle fait partie du hameau de la Bouvardière, dont elle constitue une dent creuse, source de réserve foncière permettant la densification du hameau. Toutefois, si le hameau de la Bouvardière a bien été identifié comme un hameau constitué par les auteurs du PLUi, de sorte qu'il peut faire l'objet d'une densification, la parcelle E n°1651 n'a pas été intégrée à l'enveloppe urbaine de ce hameau compte tenu de ce qu'elle est non bâtie, de ce que sa taille de 5 000 m² l'expose à plusieurs divisions, et de ce qu'elle ne jouxte que sur ses côtés ouest et nord un espace urbanisé alors qu'elle s'ouvre sur ses autres bords sur un espace naturel et agricole, seule la parcelle E 1862 située plus à l'est étant bâtie, et en tout état de cause classée en zone agricole au titre des bâtis et écarts isolés. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier, notamment des plans cadastraux et des photographiques versés à l'instance, que la parcelle E n°1651 serait inaccessible aux véhicules y compris aux engins agricoles, ni que cette parcelle, de vastes dimensions et intégralement végétalisée, serait dépourvue de tout potentiel agricole.
19. Si, comme il a été dit, les documents graphiques du projet de PLUi faisaient état de ce que les parcelles cadastrées E n°s 2058 à 2062 n'étaient pas bâties et constituaient une " dent creuse " au sein du hameau de la Bouvardière, alors qu'elles sont construites, la correction ultérieure de cette erreur n'avait pas mécaniquement pour effet d'inclure la parcelle E n°1651, les parcelles n°s 1895 et 1862 et la parcelle n°1753, qui constituerait selon la requérante le pendant indispensable de la parcelle n°1651, au sein de l'enveloppe bâtie du hameau de la Bouvardière, les parcelles E n°s 2058 à 2062 étant quant à elles situées au sein de ce hameau, à l'ouest des parcelles susmentionnées. Par ailleurs, si ces parcelles E n°s 2058 à 2062 ne sont plus considérées comme des " dents creuses " à combler, le hameau de la Bouvardière n'est pas pour autant, tel qu'il a été délimité, dépourvu de potentiel de densification, dès lors que d'autres parcelles de ce hameau ont été identifiées comme des dents creuses, de sorte qu'il n'y avait pas lieu d'intégrer les parcelles n°s 1651, 1753, 1895 et 1862 au sein de l'enveloppe urbaine de ce hameau afin d'y reconstituer un potentiel de densification, la configuration de ces parcelles faisant en tout état de cause obstacle à une telle intégration compte tenu du parti d'urbanisme présidant à la délimitation de l'enveloppe urbaine dans les hameaux évoquée ci-dessus.
20. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de la délibération du 18 décembre 2019 approuvant le plan local d'urbanisme intercommunal d'Erdre et Gesvres.
Sur les frais liés au litige :
21. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la communauté de communes, qui n'a pas dans la présente instance la qualité de partie perdante, le versement d'une somme sur ce fondement. Il n'y a pas lieu dans les circonstances de l'espèce de faire droit aux conclusions que la communauté de communes présente également à ce titre.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la communauté de communes Erdre et Gesvres présentées sur le fondement de l'article L. 761-1du code de l'urbanisme sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C et à la communauté de communes Erdre et Gesvres.
Délibéré après l'audience du 31 juillet 2023, à laquelle siégeaient :
M. A de Baleine, président,
Mme Thomas, première conseillère,
Mme Milin, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 février 2023.
La rapporteure,
C. BLe président,
A. A DE BALEINE
La greffière,
L. LÉCUYER
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique, en ce qui le concerne
ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun
contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
N°2001908
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026