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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2001993

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2001993

vendredi 16 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2001993
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème Chambre
Avocat requérantHASSID

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 février 2020, Mme B F E, représentée par Me Hassid, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 5 décembre 2019 par laquelle le ministre de l'intérieur a ajourné à deux ans sa demande de naturalisation ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de procéder à un nouvel examen de sa situation, dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision est entachée d'incompétence de son auteur ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, elle réside en France en 2004, n'a plus de contact avec sa famille demeurée en Arménie, ses enfants sont nés en France, elle a travaillé dès 2017 en qualité de surveillante augmentant progressivement le nombre d'heures de ses contrats d'engagement avant de signer un contrat de travail à durée indéterminée en août 2019 lui assurant un salaire de plus de 2 000 euros ; son compagnon justifie gagner un salaire de 1 200 euros par mois, ils sont propriétaires de leur appartement ; si ses enfants sont déclarés à la charge des deux parents, il s'agit d'une erreur d'enregistrement dont elle ne peut être tenue responsable et qui a au demeurant été rectifiée depuis ;

- la décision méconnaît les circulaires du 27 juillet 2010, 16 octobre 2012 et 21 juin 2013.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 septembre 2020, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme E ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code civil ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- et les observations de Me Pollono, substituant Me Hassid, avocat de Mme E.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B F E demande l'annulation de la décision du 5 décembre 2019 par laquelle le ministre de l'intérieur a ajourné à deux ans sa demande de naturalisation.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du ministre de l'intérieur du 5 décembre 2019 :

2. En premier lieu, par une décision du 30 août 2018 publiée au Journal officiel de la République française le 2 septembre 2018, la directrice de l'accueil, de l'accompagnement des étrangers et de la nationalité, compétente à cet effet en vertu de l'article 3 du décret du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du gouvernement, a donné délégation à M. D C, attaché d'administration d'Etat hors classe, chef du bureau des décrets et naturalisations, à l'effet de signer au nom du ministre de l'intérieur la décision attaquée. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". Aux termes de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993 susvisé : " () Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. Ce délai une fois expiré ou ces conditions réalisées, il appartient à l'intéressé, s'il le juge opportun, de déposer une nouvelle demande ".

4. L'autorité administrative dispose, en matière de naturalisation ou de réintégration dans la nationalité française, d'un large pouvoir d'appréciation. Elle peut, dans l'exercice de ce pouvoir, prendre en considération notamment, pour apprécier l'intérêt que présenterait l'octroi de la nationalité française, l'intégration de l'intéressé dans la société française, son insertion sociale et professionnelle et le fait qu'il dispose de ressources lui permettant de subvenir durablement à ses besoins en France.

5. Pour ajourner à deux ans sa demande de naturalisation, le ministre de l'intérieur a retenu d'une part, que l'examen du parcours professionnel de Mme B F E, examiné dans sa globalité ne permet pas de considérer qu'elle a réalisé pleinement son insertion professionnelle puisqu'elle ne dispose pas de ressources suffisamment stables. D'autre part, il a également relevé que son comportement fiscal est sujet à critique.

6. Le ministre reconnaît que le premier motif est entaché d'erreur de fait dès lors qu'à la date de sa décision, l'intéressée était titulaire d'un contrat de travail à durée indéterminée et de ressources stables et suffisantes.

7. Toutefois, il est constant que Mme E et son conjoint ont, chacun sur leurs avis respectifs d'imposition sur le revenu au titre des années 2016 à 2019, déclaré leurs trois enfants mineurs comme étant simultanément à leur charge. Si la requérante soutient qu'il s'agit d'une erreur involontaire et qu'elle a en conséquence procédé à la régularisation de sa situation, de telles erreurs, commises pendant plusieurs années consécutives, ne peuvent être regardées comme dénuées de toute gravité. Dans ces conditions, et eu égard au large pouvoir d'appréciation dont il dispose, le ministre de l'intérieur, qui pouvait se fonder sur le seul motif tiré de ce que le comportement fiscal de la postulante est sujet à critique, n'a pas entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation en ajournant à deux ans la demande de Mme E.

8. En troisième lieu, Mme E ne peut utilement invoquer les termes des circulaires du 27 juillet 2010, 16 octobre 2012 et 21 juin 2013, qui se bornent à énoncer des orientations générales que le ministre de l'intérieur a pu adresser aux préfets pour les éclairer dans l'examen des demandes d'accès à la nationalité française et ne comportent ainsi aucune interprétation d'une règle de droit positif ou description des procédures administratives au sens de l'article L. 312-3 du code des relations entre le public et l'administration.

9. En quatrième et dernier lieu, eu égard au motif qui la fonde, les circonstances invoquées par Mme E qu'elle réside en France en 2004, n'a plus de contact avec sa famille demeurée en Arménie, que ses enfants sont nés en France et qu'elle et son compagnon sont propriétaires de leur appartement, sont sans incidence sur la légalité de la décision attaquée.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme E doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme E, n'appelle aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte présentées par la requérante doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Mme E la somme que celle-ci réclame au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B F E et au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.

Délibéré après l'audience du 25 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Livenais, président,

Mme Rosemberg, première conseillère,

M. Huin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 décembre 2022.

Le rapporteur,

F. A

Le président,

Y. LIVENAIS

Le greffier,

E. LE LUDEC

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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