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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2002118

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2002118

vendredi 21 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2002118
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSIDOBRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 20 février 2020 et 11 mars 2021, Mme A B, représentée par Me Sidobre, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté le recours à l'encontre de la décision du 12 août 2019 du préfet de la Seine-Saint-Denis ayant déclaré irrecevable sa demande de naturalisation, ainsi que cette dernière décision ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de procéder au réexamen de sa demande dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision préfectorale et la décision implicite du ministre de l'intérieur sont entachées d'un défaut de motivation ;

- elles sont entachées d'une erreur de droit au regard de l'article 21-16 du code civil et d'une erreur d'appréciation dès lors qu'elle travaille non pas en tant qu'agent consulaire au sein du consulat du Mali mais en tant que personnel administratif de droit local français, son contrat ne prévoyant pas de clause attributive aux juridictions maliennes ni d'exonération de charges sociales et patronales et d'impôts, et qu'elle dispose de ses attaches personnelles et familiales en France ;

- la décision expresse du ministre de l'intérieur du 11 février 2020 est insuffisamment motivée ;

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle occupe des fonctions de standardiste de statut local au sein du consulat du Mali qui ne sont pas incompatibles avec l'allégeance à la France ni susceptibles de remettre en cause son loyalisme ;

- elle constitue une rupture d'égalité devant les charges publiques dès lors que d'autres membres du personnel du consulat du Mali ont obtenu la nationalité française en se trouvant dans une situation exactement identique à la sienne.

Par des mémoires en défense enregistrés les 23 octobre 2020 et 23 mars 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les conclusions de la requête doivent être regardées comme dirigées contre la décision expresse du 11 février 2020 par laquelle un ajournement à deux ans de la demande de naturalisation a été substitué à l'irrecevabilité initialement opposée par le préfet ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés ;

- à supposer qu'une injonction soit prononcée, le délai qui lui serait imposé pour procéder au réexamen de la demande de Mme B ne saurait être inférieur à neuf mois.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- et les observations de Me Largy, substituant Me Sidorbe, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 12 août 2019, le préfet de la Seine-Saint-Denis a déclaré irrecevable la demande de naturalisation de Mme B, ressortissante malienne née le 13 septembre 1972. Le silence gardé par le ministre de l'intérieur sur le recours formé par l'intéressée contre de cette décision a fait naître une décision implicite de rejet. Par une décision expresse du 11 février 2020, le ministre a rejeté ce recours et substitué à la décision préfectorale une décision d'ajournement à deux ans de la demande de naturalisation de Mme B.

2. Aux termes de l'article 45 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française : " Dans les deux mois suivant leur notification, les décisions prises en application des articles 43 et 44 peuvent faire l'objet d'un recours auprès du ministre chargé des naturalisations, à l'exclusion de tout autre recours administratif. Ce recours, pour lequel le demandeur peut se faire assister ou être représenté par toute personne de son choix, doit exposer les raisons pour lesquelles le réexamen de la demande est sollicité. Il constitue un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux, à peine d'irrecevabilité de ce dernier. () ". Il résulte de ces dispositions que la décision expresse du ministre de l'intérieur du 11 février 2020, qui s'est implicitement mais nécessairement substituée à la décision implicite, s'est également substituée à la décision préfectorale du 12 août 2019. Par suite, les conclusions à fin d'annulation doivent être regardées comme dirigées contre la seule décision ministérielle du 11 février 2020, les moyens dirigés contre les deux autres décisions étant par ailleurs inopérants.

3. En premier lieu, la décision attaquée précise que le ministre de l'intérieur a ajourné à deux ans la demande de naturalisation de Mme B sur le fondement de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993 au motif que l'activité professionnelle de standardiste qu'elle exerce depuis 2009 au sein du consulat général du Mali en France révèle un lien particulier l'unissant à son pays d'origine, lequel est incompatible avec l'allégeance à la France. Dans ces conditions, cette décision comprend les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de sa motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger. ". En outre, aux termes de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993 : " () Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. () ". En vertu de ces dispositions, il appartient au ministre chargé des naturalisations de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la naturalisation à l'étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, il peut légalement prendre en compte les liens unissant le postulant à un Etat ou une autorité publique étrangère.

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme B a été recrutée le 31 juillet 2009 en qualité de standardiste au consulat général du Mali en France puis a conclu un contrat de travail à durée indéterminée en cette qualité le 23 novembre 2017 pour une durée hebdomadaire de travail de 39 heures et un salaire mensuel de 2 028,05 euros. Cette activité professionnelle implique que ses revenus proviennent de l'Etat malien alors même qu'ils seraient imposés en France. Eu égard à l'existence de ce lien particulier unissant encore l'intéressée à l'Etat de son pays d'origine et en dépit de ses attaches familiales et personnelles en France, le ministre a pu, sans erreur manifeste d'appréciation, estimer qu'il n'était pas opportun d'accéder à la demande de Mme B et ajourner à deux ans sa demande de naturalisation.

6. En troisième et dernier lieu, l'accès à la nationalité française ne constituant pas un droit pour l'étranger qui la sollicite, le refus d'accorder la naturalisation à Mme B n'est pas constitutif d'une rupture d'égalité, alors même que deux membres du personnel administratif du consulat général du Mali en France, dont il n'est pas établi qu'ils se seraient d'ailleurs trouvés dans une situation identique, auraient obtenu la réintégration dans la nationalité française en 1988 pour l'un et la naturalisation par décret en 2004 pour l'autre.

7. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 11 février 2020 par laquelle le ministre de l'intérieur a ajourné à deux ans sa demande de naturalisation. Par suite, sa requête, y compris les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doit être rejetée.

D É C I D E :

Article 1er : La requête présentée par Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 22 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mlle Wunderlich, présidente,

Mme Le Lay, première conseillère,

Mme Sainquain-Rigollé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 octobre 2022.

La rapporteure,

H. CLa présidente,

A.-C. WUNDERLICHLa greffière,

L. BILLAUD

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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