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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2002187

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2002187

mercredi 30 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2002187
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSELARL GOMOT JOSSET HERMOUET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 février 2020, M. A D B, représenté par Me Gomot, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 17 décembre 2019 par laquelle le préfet de la Vendée a refusé de lui délivrer une carte de séjour temporaire en qualité d'étranger malade ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Vendée de lui délivrer une carte de séjour temporaire d'une durée d'un an dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir sous astreinte de

100 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de condamner l'Etat à verser à son conseil une somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le signataire de la décision attaquée était incompétent pour ce faire ;

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure, dès lors que le préfet n'a pas saisi pour avis le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- la décision attaquée est entachée d'insuffisance de motivation ;

- la décision attaquée a été prise en violation du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 juin 2020, le préfet de la Vendée conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués par le requérant n'est fondé.

Un mémoire, présenté pour M. D B, a été enregistré le 3 novembre 2022.

M. D B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 février 2021.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- et les observations de Me Hermouet, substituant Me Gomot, avocat de M. D B.

Considérant ce qui suit :

1. M. D B, ressortissant congolais (République démocratique du Congo) né le 8 août 1994, est entré sur le territoire français sous couvert d'un visa de court séjour délivré par les autorités portugaises. Le 7 mai 2018, il a déposé une demande d'asile, laquelle a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 28 septembre 2018 puis par la Cour nationale du droit d'asile le 16 juillet 2019. Par arrêté du 1er août 2019, le préfet de la Vendée l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par sa requête, M. D B demande au tribunal d'annuler la décision du 17 décembre 2019 par laquelle ce même préfet a refusé de lui délivrer une carte de séjour temporaire en qualité d'étranger malade.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article R. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable : " Tout étranger, âgé de plus de dix-huit ans ou qui sollicite un titre de séjour () est tenu de se présenter () à la préfecture ou à la sous-préfecture, pour y souscrire une demande de titre de séjour du type correspondant à la catégorie à laquelle il appartient () ". Aux termes de l'article R. 311-4 du même code : " Il est remis à tout étranger admis à souscrire une demande de première délivrance ou de renouvellement de titre de séjour un récépissé qui autorise la présence de l'intéressé sur le territoire pour la durée qu'il précise () ".

3. En dehors du cas d'une demande à caractère abusif ou dilatoire, l'autorité administrative chargée d'instruire une première demande de titre de séjour ou de renouvellement ne peut refuser de l'enregistrer, et de délivrer le récépissé y afférent, que si le dossier présenté à l'appui de cette demande est incomplet. En revanche, lorsqu'un étranger a fait l'objet d'une décision de refus de titre de séjour assortie d'une mesure d'éloignement qu'il n'a pas exécutée, cette circonstance s'oppose à ce qu'un nouveau récépissé lui soit délivré, sauf si des éléments nouveaux conduisent l'autorité préfectorale à l'autoriser à former une nouvelle demande.

4. En premier lieu, la décision attaquée mentionne que, dans la mesure où la demande de titre de séjour de M. D B intervient après la notification d'une mesure d'éloignement, celle-ci doit être considérée comme ayant pour objet d'y faire obstacle. Cette décision qui se fonde sur la faculté dont le préfet dispose même sans texte de refuser d'instruire une demande de titre de séjour lorsqu'il estime que celle-ci présente un caractère abusif, mentionne ainsi de manière suffisamment précise et circonstanciée les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté comme manquant en fait.

5. En deuxième lieu, il ressort de l'arrêté de délégation de signature du 22 août 2019, régulièrement publié au recueil spécial des actes administratifs n°2019-54 de la préfecture de la Vendée le 23 août 2019, que M. François-Claude Plaisant, secrétaire général de la préfecture de la Vendée, était compétent pour signer tous arrêtés et décisions afférents aux attributions de l'Etat dans le département de la Vendée, à certaines exceptions au nombre desquelles ne figurent pas les décisions portant refus de titre de séjour. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée manque en fait et sera par conséquent écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version alors applicable : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit () / 11° A l'étranger résidant habituellement en France, si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La condition prévue à l'article L. 313-2 n'est pas exigée. La décision de délivrer la carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".

7. Il ressort des pièces du dossier que M. D B a fait l'objet le 1er août 2019 d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Vendée après que sa demande d'asile a été définitivement rejetée le 16 juillet 2019. Le recours contre cet arrêté du

1er août 2019 a été rejeté par jugement du magistrat désigné du tribunal administratif du

28 novembre 2019 sans que le requérant n'invoque aucun élément relatif à son état de santé. Par ailleurs, à l'occasion de sa demande de titre de séjour déposée le 29 novembre 2019, soit le lendemain de la date du jugement rejetant le recours dirigé contre la décision d'éloignement dont il faisait l'objet, M. D B s'est borné à indiquer à l'administration pour la première fois que son état de santé nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sans apporter à ce stade davantage de précision. Dans ces conditions, le préfet a pu estimer que la demande de l'intéressé avait été présentée dans le seul but de faire obstacle à la mesure d'éloignement prise à son encontre et rejeter celle-ci pour ce motif sans procéder à la saisine du collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure allégué doit être écarté comme manquant en fait.

8. En dernier lieu, eu égard au motif de la décision attaquée, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 11° de l'article L. 313-11 doit être écarté comme inopérant.

9. Il résulte de tout ce qui précède, que les conclusions de M. D B à fin d'annulation de la décision attaquée ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre des frais d'instance doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D B, à Me Gomot et au préfet de la Vendée.

Délibéré après l'audience du 9 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Loirat, présidente,

M. Gauthier, premier conseiller,

M. Simon, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 novembre 2022

Le rapporteur,

P-E. C

La présidente,

C. LOIRAT

La greffière,

P. LABOUREL

La République mande et ordonne au préfet de la Vendée en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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