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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2002264

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2002264

jeudi 11 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2002264
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSCP HAUTEMAINE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 février 2020, M. D C et Mme B C, représentés par la SCP d'avocats Pavet-Benoist-Dupuy-Renu, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet, née le 24 décembre 2019, par laquelle la commission départementale d'aménagement foncier de la Sarthe a rejeté leur demande préalable tendant à la rectification des limites de leur parcelle cadastrée section WB n° 0019 telles qu'elles ont été approuvées par le procès-verbal d'aménagement foncier agricole du 27 octobre 2014 ;

2°) d'enjoindre à la commission départementale d'aménagement foncier de la Sarthe de rectifier les limites de cette parcelle, à défaut, de les indemniser à hauteur de la perte de sa valeur dont le montant devra être déterminé dans le cadre d'une expertise ;

3°) de mettre à la charge du département de la Sarthe la somme de 2 000 euros à leur verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 123-16 du code rural et de la pêche maritime ;

- elle méconnait celles du premier alinéa de l'article L. 123-4 du même code.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 juillet 2021, le département de la Sarthe demande au tribunal de rejeter les conclusions présentées par M. et Mme C.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de la période au cours de laquelle l'affaire serait susceptible d'être appelée à l'audience et de la date, fixée au 28 juillet 2022, à partir de laquelle une clôture d'instruction à effet immédiat pourrait intervenir.

La clôture de l'instruction à effet immédiat est intervenue le 29 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code rural et de la pêche maritime ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 13 avril 2023 à partir de 14h45 :

- le rapport de M. E,

- et les conclusions de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. D C et Mme B C sont propriétaires, sur le territoire de la commune d'Auvers-le-Hamon (Sarthe), d'un terrain sur lequel sont édifiés plusieurs bâtiments, notamment leur maison d'habitation et un hangar. Ce terrain a été inclus dans le périmètre des opérations d'aménagement foncier liées à la réalisation de la ligne à grande vitesse Bretagne-Pays de la Loire. Le procès-verbal de ces opérations, établi par le président de la commission intercommunale d'aménagement foncier, a été publié au service de la publicité foncière le 27 octobre 2014. Avant ces opérations, le terrain appartenant aux époux C correspondait à la parcelle cadastrée section ZW n° 0032. Ce terrain était d'une surface d'1 hectare 92 ares et 50 centiares. A l'issue de ces opérations, leur terrain est d'une superficie d'1 hectare 87 ares 90 centiares et est cadastré section WB n° 0019. La réduction de cette superficie s'est notamment concrétisée par l'attribution, à un propriétaire voisin, d'une bande de terre longeant l'arrière du hangar précité. Les époux C ont été rendus destinataires du procès-verbal des opérations d'aménagement foncier concernant leur terrain par courrier du 6 février 2015. M. et Mme C ont entendu revendiquer le bénéfice de l'article L. 123-16 du code rural et de la pêche maritime, lequel confie à la commission départementale d'aménagement foncier le pouvoir de rectifier les documents de l'aménagement foncier, agricole et forestier ou, en cas d'impossibilité d'y procéder, d'accorder une indemnisation compensatrice. Leur courrier formalisant cette demande a été reçu le 24 octobre 2019. Du silence gardé par la commission départementale d'aménagement foncier de la Sarthe, pendant plus de deux mois à compter de cette réception, est née une décision implicite de rejet dont les intéressés demandent au tribunal l'annulation.

2. Aux termes de l'article L. 121-1 du code rural et de la pêche maritime : " L'aménagement foncier rural a pour but d'améliorer les conditions d'exploitation des propriétés rurales agricoles ou forestières, d'assurer la mise en valeur des espaces naturels ruraux et de contribuer à l'aménagement du territoire communal ou intercommunal défini dans les plans locaux d'urbanisme, les cartes communales ou les documents en tenant lieu, dans le respect des objectifs mentionnés aux articles L. 111-1 et L. 111-2. / Les différents modes d'aménagement foncier rural sont les suivants : 1° L'aménagement foncier agricole et forestier régi par les articles L. 123-1 à L. 123-35 ; () / Les procédures sont conduites par des commissions communales, intercommunales ou départementales d'aménagement foncier, sous la responsabilité du département. ".

3. Selon le premier alinéa de l'article L. 123-16 du code rural et de la pêche maritime : " Sous réserve des droits des tiers, tout propriétaire ou titulaire de droits réels, évincé du fait qu'il n'a pas été tenu compte de ses droits sur des parcelles peut, pendant une période de cinq années à compter de l'affichage en mairie prévu à l'article L. 121-12, saisir la commission départementale d'aménagement foncier aux fins de rectification des documents de l'aménagement foncier agricole et forestier. ". Selon le second alinéa de cet article L. 123-16 : " Si la commission estime impossible de procéder à ladite rectification, elle attribue à l'intéressé une indemnité correspondant à l'intégralité du préjudice subi par lui. () ".

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. () ".

5. À supposer même que la décision rejetant une demande présentée sur le fondement de l'article L. 123-16 du code rural et de la pêche maritime serait au nombre des décisions devant être motivées, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. et Mme C auraient, à la suite de la naissance de la décision implicite de rejet en litige, saisi la commission départementale d'aménagement foncier de la Sarthe, d'une demande tendant à obtenir la communication des motifs de cette décision. Par suite, le moyen tiré de l'absence de motivation de la décision attaquée doit, en tout état de cause, être écarté.

6. En deuxième lieu, le propriétaire ou titulaire de droits réels évincé, au sens de l'article L. 123-16, doit être regardé comme celui qui, à raison, soit d'une erreur matérielle, soit d'une omission ou inexactitude dans les documents utilisés pour élaborer le projet d'aménagement foncier, n'a pas été invité à présenter ses observations dans le cadre de l'enquête publique prévue par les dispositions de l'article R. 121-21 du code rural et de la pêche maritime et non de celui qui, averti de cette enquête, n'y a pas présenté ses observations ou de celui qui, l'ayant fait, n'a pas obtenu satisfaction. Il ressort des pièces du dossier que les époux C ont été régulièrement avertis le 19 juillet 2013 du déroulement de l'enquête publique organisée sur le projet d'aménagement foncier incluant leur parcelle et de la possibilité de se présenter en mairie d'Auvers-le-Hamon pour consulter les documents de cette enquête, ce qui leur aurait permis, le cas échéant, de présenter des observations sur ce projet, dont il n'est pas contesté qu'il intégrait l'attribution de la bande de terrain mentionnée au point 1 à leur voisin. En tout état de cause, ne relèvent pas du champ d'action d'un propriétaire, revendiquant les dispositions de l'article L. 123-16 du code rural et de la pêche maritime, les réclamations relatives à une rectification de limites de propriété ou à une modification des attributions d'un propriétaire. Or, la demande des requérants, laquelle a pour objet la restitution, dans leurs attributions, de la bande de terrain en cause, revient à solliciter une modification des attributions d'un propriétaire et, au surplus, une rectification des limites de propriété entre leur parcelle et celle de leur voisin. Dans ces conditions, et alors au demeurant que l'impossibilité pour les époux C d'utiliser cette bande de terrain pour procéder à l'entretien de la façade arrière de leur hangar procède, non pas directement de la décision prise par la commission intercommunale d'aménagement foncier, mais du refus de leur voisin de leur accorder le bénéfice du "tour d'échelle", refus qu'il leur est loisible de contester devant la juridiction judiciaire, les dispositions de l'article L. 123-16 du code rural et de la pêche maritime ne peuvent être utilement invoquées par les requérants.

7. En dernier lieu, selon les dispositions du premier alinéa de l'article L. 123-4 du code rural et de la pêche maritime : " Chaque propriétaire doit recevoir, par la nouvelle distribution, une superficie globale équivalente, en valeur de productivité réelle, à celle des terrains qu'il a apportés, déduction faite de la surface nécessaire aux ouvrages collectifs mentionnés à l'article L. 123-8 et compte tenu des servitudes maintenues ou créées. ".

8. Les époux C soutiennent que ces dispositions ont été méconnues par la décision de la commission intercommunale d'aménagement foncier approuvant leurs attributions résultant des opérations d'aménagement foncier dès lors qu'ils ont perdu une superficie de 460 m². Toutefois, comme cela a été rappelé au point 6, les réclamations relatives à une modification des attributions d'un propriétaire afin de la rendre conforme au principe de l'équivalence énoncé au premier alinéa de l'article L. 123-4 du code rural et de la pêche maritime ne relèvent pas du champ d'action d'un propriétaire revendiquant les dispositions de l'article L. 123-16 du code rural et de la pêche maritime. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions citées au point 7 ne peut être utilement invoqué.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite de rejet, par la commission départementale d'aménagement foncier de la Sarthe, de la demande présentée par les époux C sur le fondement de l'article L. 123-16 du code rural et de la pêche maritime doivent être rejetées. Par voie de conséquence, doivent être également rejetées leurs conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. et Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D et Mme B C ainsi qu'au département de la Sarthe.

Délibéré après l'audience du 13 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Luc Martin, président,

M. David Labouysse, premier conseiller,

Mme Nathalie Caro, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 mai 2023.

Le rapporteur,

D. E

Le président,

L. MARTIN

La greffière,

V. MALINGRE

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

V. MALINGRE

No 2002264

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