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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2002311

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2002311

jeudi 1 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2002311
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantRODRIGUES DEVESAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 27 février 2020 et 11 mai 2020, M. E B, représenté par Me Rodrigues Devesas, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 26 septembre 2019 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) à Nantes a suspendu le bénéfice des conditions matérielles qui lui avait été accordé en tant que demandeur d'asile ;

2°) d'enjoindre à l'OFII de procéder au calcul de l'allocation pour demandeur d'asile depuis la suspension des conditions matérielles d'accueil dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de condamner l'OFII à lui verser le montant correspondant dans un délai de deux mois ou, à titre subsidiaire, de réexaminer ses droits aux conditions matérielles d'accueil dans un délai d'un mois et de condamner l'OFII à lui verser le montant correspondant dans un délai de deux mois ;

3°) de mettre à la charge de l'OFII, au bénéfice de son conseil, une somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle n'a pas été précédée d'un entretien relatif à sa vulnérabilité ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 avril 2020, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés pour M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nantes du 14 avril 2020.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2003/9/UE du Conseil du 27 janvier 2003 ;

- la directive 2013/32/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant guinéen né en 1981, est entré en France pour y solliciter l'asile à l'été 2018. Après avoir accepté, le 1er août 2018, les conditions matérielles d'accueil qui lui avaient été proposées par l'OFII, il a fait l'objet, en application du règlement Dublin III, d'une décision de transfert aux autorités espagnoles, responsables de l'examen de sa demande d'asile, qu'il a exécutée, selon ses déclarations, le 18 janvier 2019. En juillet 2019, il a présenté une nouvelle demande d'asile auprès des services de la préfecture de la Loire-Atlantique. Par décision du 26 septembre 2019 dont M. B demande l'annulation, la directrice territoriale de l'OFII à Nantes a suspendu le bénéfice des conditions matérielles qui avait été accordé à l'intéressé.

2. L'arrêté attaqué a été signé par Mme A C, directrice territoriale de l'OFII à Nantes, à laquelle le directeur général de l'office a, par arrêté du 1er janvier 2016, donné délégation de signature pour toutes les décisions se rapportant aux missions dévolues à la direction de Nantes. Le moyen tiré de l'incompétence doit, par suite, être écarté.

3. Contrairement à ce que soutient M. B, la décision attaquée, qui mentionne les textes dont l'OFII a entendu faire application et les considérations de fait sur lesquelles il s'est fondé, est suffisamment motivée.

4. Il ressort des pièces du dossier, notamment du compte-rendu d'entretien produit en défense sur lequel est apposée la signature de M. B et qui mentionne que l'intéressé, qui avait fait l'objet d'une première procédure " Dublin ", a de nouveau été placé en procédure " Dublin ", que la décision attaquée a été précédée d'un entretien destiné à évaluer la vulnérabilité du requérant. Si M. B soutient qu'il n'est pas établi que l'entretien aurait été mené par une personne formée pour ce faire et qu'il aurait bénéficié de l'assistance d'un interprète, il ne se prévaut d'aucune circonstance particulière, tenant au déroulement de cet entretien, de nature à démontrer qu'il ne se serait pas tenu dans des conditions régulières, alors qu'il ressort du compte-rendu produit en défense que M. B a pu faire état de problèmes de santé et préciser ses conditions de logement.

5. Aux termes de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction antérieure à l'entrée en vigueur de l'ordonnance n° 2020-1733 du 16 décembre 2020 : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil prévues à l'article L. 744-1 est subordonné : / 1° A l'acceptation par le demandeur de la proposition d'hébergement ou, le cas échéant, de la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 744-2. Ces propositions tiennent compte des besoins, de la situation personnelle et familiale de chaque demandeur au regard de l'évaluation prévue à l'article L. 744-6, des capacités d'hébergement disponibles et de la part des demandeurs d'asile accueillis dans chaque région ; / 2° Au respect des exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes. () ". Aux termes de l'article L. 744-8 du même code, dans sa rédaction antérieure à l'entrée en vigueur de l'ordonnance n° 2020-1733 du 16 décembre 2020 : " Outre les cas, mentionnés à l'article L. 744-7, dans lesquels il est immédiatement mis fin de plein droit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, le bénéfice de celles-ci peut être : / 1° Retiré si le demandeur d'asile a dissimulé ses ressources financières, a fourni des informations mensongères relatives à sa situation familiale ou a présenté plusieurs demandes d'asile sous des identités différentes, ou en cas de comportement violent ou de manquement grave au règlement du lieu d'hébergement ; / 2° Refusé si le demandeur présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ou s'il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° du III de l'article L. 723-2. ".

6. Par sa décision n° 428530, 428564 du 31 juillet 2019, le Conseil d'Etat, statuant au contentieux, a jugé que les dispositions de ces articles, qui créaient, dans leur rédaction issue de la loi du 10 septembre 2018 pour une immigration maîtrisée, un droit d'asile effectif et une intégration réussie, des cas de refus et de retrait de plein droit des conditions matérielles d'accueil sans appréciation des circonstances particulières et excluaient, en cas de retrait, toute possibilité de rétablissement de ces conditions, étaient incompatibles avec les objectifs de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 relative à des procédures communes pour l'octroi et le retrait de la protection internationale. Il a, par suite, annulé les dispositions réglementaires prises pour leur application. Toutefois, le Conseil d'Etat a, par la même décision, précisé les conditions dans lesquelles les autorités compétentes pouvaient, dans l'attente de la modification des articles L. 744-7 et L. 744-8 par le législateur, limiter ou supprimer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil aux demandeurs d'asile qui quittent leur lieu d'hébergement ou la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 744-2 du même code ou qui ne respectent pas les exigences des autorités chargées de l'asile. Ainsi, il reste possible à l'OFII de refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, après examen de sa situation particulière et par une décision motivée, au demandeur qui a refusé le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation. Il lui est également possible, dans les mêmes conditions et après avoir mis, sauf impossibilité, l'intéressé en mesure de présenter ses observations, de suspendre le bénéfice de ces conditions lorsque le demandeur a quitté le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation ou n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment de se rendre aux entretiens, de se présenter aux autorités et de fournir les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes. Enfin, si le bénéfice des conditions matérielles d'accueil a été suspendu, le demandeur d'asile peut en demander le rétablissement à l'OFII qui doit apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.

7. Il résulte de ces dispositions, ainsi que de celles de la directive du Conseil du 27 janvier 2003 relative à des normes minimales pour l'accueil des demandeurs d'asile dans les Etats membres qu'elles visent à transposer et qui ont notamment été interprétées par la décision de la Cour de justice de l'Union européenne du 27 septembre 2012 CIMADE et GISTI c-179/11, que lorsqu'un demandeur d'asile a été transféré vers l'Etat responsable de l'examen de sa demande, c'est à ce dernier de lui assurer les conditions matérielles d'accueil. En cas de retour de l'intéressé en France sans que la demande n'ait été examinée et de présentation d'une nouvelle demande, l'OFII peut refuser le bénéfice de ces droits, sauf si les autorités en charge de cette nouvelle demande décident de l'examiner ou si, compte tenu du refus de l'Etat responsable d'examiner la demande précédente, il leur revient de le faire.

8. Il ressort en l'espèce des pièces du dossier qu'en vertu des articles L. 744-9 et R. 744-34 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans leur rédaction antérieure à l'entrée en vigueur de l'ordonnance n° 2020-1733 du 16 décembre 2020, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil accordé à M. B a pris fin au moment de l'exécution de son transfert vers l'Espagne. Par suite, en prenant la décision attaquée, l'OFII doit être regardé comme ayant entendu refuser à M. B le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Il ressort, en outre, des pièces du dossier qu'à la suite de son retour sur le territoire français et du dépôt d'une nouvelle demande d'asile, M. B a une nouvelle fois été placé en procédure Dublin. Dès lors, et conformément à ce qui est dit aux points précédents, l'OFII n'a pas entaché sa décision d'erreur de droit en n'accordant pas les conditions matérielles d'accueil à M. B au motif qu'il n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile.

9. Si M. B soutient que l'Espagne a refusé sa demande d'asile, il n'apporte aucun élément sérieux susceptible d'établir que les autorités espagnoles auraient refusé d'examiner sa demande d'asile. Le requérant soutient, par ailleurs, qu'il ne dispose d'aucun moyen de subsistance et survit grâce à l'aide d'associations, et produit des documents médicaux faisant notamment état de douleurs cervico-dorsales, sans, toutefois, justifier de la réalité du problème de paralysie allégué. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, et en dépit de la grande précarité dont il se prévaut, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B puisse être regardé comme justifiant d'une situation de particulière vulnérabilité. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit ainsi être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision attaquée. Sa requête doit, par suite, être rejetée en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E B, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Rodrigues Devesas.

Délibéré après l'audience du 10 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mlle Wunderlich, présidente,

Mme Le Lay, première conseillère,

Mme Sainquain-Rigollé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er décembre 2022.

La rapporteure,

Y. DLa présidente,

A.-C. WUNDERLICHLa greffière,

L. BILLAUD

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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