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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2002349

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2002349

vendredi 9 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2002349
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème Chambre
Avocat requérantGOUACHE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 février 2020, M. B A, représenté par Me Gouache, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 12 mars 2019 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande de naturalisation ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros au profit de Me Gouache, qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'est pas établi que la décision préfectorale a été signée par une autorité compétente ;

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure, faute pour le ministre de l'intérieur de démontrer qu'elle a été précédée d'un entretien préalable en application de l'article 41 du décret du 30 décembre 1993 ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation en droit ;

- elle est entachée d'erreur de droit dès lors que l'acquisition de la nationalité française n'est pas conditionnée à un critère de ressources minimales ;

- elle méconnaît la circulaire n° 2000-254 du 12 mai 2000 et celle du 27 juillet 2010 ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans la mesure où il réside en France depuis plus de quarante-et-un ans, y a effectué toute sa carrière professionnelle et dispose de pensions et d'aides mensuelles s'élevant à la somme globale de 869 euros, suffisante pour subvenir à ses besoins ; en outre, toutes ses filles sont françaises ; il répond à l'ensemble des conditions de bonnes vie et mœurs permettant de prétendre à l'acquisition de la nationalité française.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 avril 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, en dernier lieu par une décision du 27 décembre 2019.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Thierry a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant algérien, a sollicité sa réintégration dans la nationalité française. Par une décision du 12 mars 2019, le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté cette demande. M. A a formé un recours contre cette décision devant le ministre de l'intérieur. Le silence gardé par le ministre de l'intérieur sur ce recours a fait naître une décision implicite de rejet à l'expiration du délai de quatre mois prévu à l'article 45 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993. Dans ces conditions, M. A doit être regardé comme demandant au tribunal l'annulation la décision implicite de rejet de ministre de l'intérieur qui s'est substituée à la décision préfectorale.

2. En premier lieu, en vertu des dispositions de l'article 45 du décret du 30 décembre 1993 instituant un recours administratif obligatoire préalable à la saisine du juge, la décision du ministre de l'intérieur s'est substituée à celle du préfet de Maine-et-Loire du 12 mars 2019. Il en résulte que les moyens invoqués contre cette dernière décision doivent être écartés comme inopérants.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 27 du code civil : " Toute décision déclarant irrecevable, ajournant ou rejetant une demande d'acquisition, de naturalisation ou de réintégration par décret ainsi qu'une autorisation de perdre la nationalité française doit être motivée ". Aux termes de l'article 49 du décret du 30 décembre 1993 : " Toute décision déclarant irrecevable, ajournant ou rejetant une demande de naturalisation ou de réintégration dans la nationalité française prise en application du présent décret est motivée conformément à l'article 27 de la loi n° 98-170 du 16 mars 1998 relative à la nationalité ". Et aux termes de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration : " La motivation () doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Et aux termes de l'article L. 232-4 de ce code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. () ".

4. A supposer que le requérant ait entendu invoquer ce moyen à l'encontre de la décision implicite de rejet du ministre, il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier que M. A aurait demandé communication des motifs de la décision ministérielle rejetant implicitement son recours préalable obligatoire. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 41 du décret du 30 décembre 1993 : " Le postulant se présente en personne devant un agent désigné nominativement par l'autorité administrative chargée de recevoir la demande. / () / Font () l'objet d'un entretien individuel destiné à connaître leur niveau linguistique les postulants qui produisent une attestation justifiant d'un niveau inférieur à celui défini à l'article 37. L'autorité administrative peut se fonder sur le déroulement de cet entretien pour conclure que le postulant possède le niveau linguistique requis. ".

6. Il ressort des pièces du dossier que, le 19 septembre 2018, M. A a été convoqué à l'entretien individuel prévu aux dispositions précitées de l'article 41 du décret du 30 décembre 1993 à la préfecture de Maine-et-Loire, ainsi qu'il ressort des termes du compte-rendu d'entretien d'assimilation des candidats à l'acquisition de la nationalité française par décret, produit par le ministre de l'intérieur en défense. Par suite, le moyen tiré de ce qu'il n'est pas établi qu'il a été convoqué à l'entretien prévu par l'article 41 du décret du 30 décembre 1993 doit être écarté comme manquant en fait.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 24 du code civil : " La réintégration dans la nationalité française des personnes qui établissent avoir possédé la qualité de Français résulte d'un décret ou d'une déclaration suivant les distinctions fixées aux articles ci-après. ". Et aux termes de l'article 24-1 du même code : " La réintégration par décret peut être obtenue à tout âge et sans condition de stage. Elle est soumise, pour le surplus, aux conditions et aux règles de la naturalisation. ".

8. En outre, aux termes de l'article 21-15 du code civil : " Hors le cas prévu à l'article 21-14-1, l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". Aux termes de l'article 48 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 : " () / Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration sollicitée, il prononce le rejet de la demande. () ". En vertu de ces dispositions, il appartient au ministre chargé des naturalisations de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la nationalité française à l'étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, il peut légalement prendre en compte, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, le degré d'autonomie matérielle du postulant, ainsi que le caractère suffisant et durable des ressources lui permettant de demeurer en France.

9. Pour rejeter la demande de naturalisation présentée par M. A, le ministre de l'intérieur, qui s'est approprié les motifs de la décision du préfet de Maine-et-Loire du 12 mars 2019, s'est fondé sur la circonstance que les revenus personnels de l'intéressé ne lui permettent pas de subvenir à ses besoins.

10. D'une part, il ressort des termes de la décision contestée que celle-ci a été prise en opportunité par le ministre de l'intérieur, sur le fondement des dispositions de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993 susvisé. Ainsi, le moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnaît les dispositions des articles 21-16 à 21-21 et 21-27 du code civil, lesquelles concernent l'appréciation de la recevabilité des demandes de naturalisation et de réintégration dans la nationalité française, ne peut être utilement invoqué. Par suite, le ministre de l'intérieur a pu, sans erreur de droit, se fonder sur le motif tiré de l'insuffisance des ressources du postulant pour subvenir à ses besoins, lequel n'est pas au nombre des conditions spécifiquement prévues par les dispositions du code civil relatives à la naturalisation et à la réintégration dans la nationalité française.

11. D'autre part, il est constant que M. A ne dispose, pour subvenir à ses besoins, que d'un revenu mensuel d'un montant de 869 euros, composé de pensions de retraite à hauteur de 418 euros et de l'allocation de solidarité aux personnes âgées à hauteur de 451 euros, laquelle constitue une prestation d'assistance sociale venant suppléer au défaut de ressources autonomes de son bénéficiaire. Si le requérant soutient qu'il réside en France depuis plus de quarante-et-un ans et y a effectué toute sa carrière professionnelle, cette circonstance est sans incidence sur l'absence de ressources propres dont il justifiait à la date de la décision attaquée. Dans ces conditions, quand bien même M. A a fixé le centre de ses intérêts personnels et familiaux en France et justifie d'une bonne intégration à la société française, le ministre a pu, eu égard au large pouvoir d'appréciation dont il dispose pour apprécier l'opportunité d'accorder la nationalité française à l'étranger qui la sollicite, rejeter sa demande de réintégration dans la nationalité française sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation.

12. En cinquième et dernier lieu, le requérant ne peut utilement se prévaloir du contenu des circulaires du 12 mai 2000 relative aux naturalisations, réintégrations dans la nationalité française et perte de la nationalité française et du 27 juillet 2010 relative à la déconcentration de la procédure d'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique, dès lors que leurs énonciations ne constituent pas des lignes directrices et sont dépourvues de caractère réglementaire.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Gouache et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 22 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Livenais, président,

M. Huin, premier conseiller,

Mme Thierry, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 juin 2023.

La rapporteure,

S. THIERRYLe président,

Y. LIVENAIS

Le greffier,

E. LE LUDEC

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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