mercredi 30 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2002425 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | GEFFROY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 2 mars 2020, Mme A B épouse D, représentée par Me Geoffroy, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 7 novembre 2019 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande de regroupement familial en faveur de son conjoint ;
2°) d'annuler la décision du 28 janvier 2020 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté son recours gracieux formé contre la décision du 7 novembre 2019 ;
3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et de l'Outre-mer de faire droit à sa demande de regroupement familial et de délivrer à son époux un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
4°) à défaut, d'enjoindre au ministre de l'intérieur et de l'Outre-mer de réexaminer sa demande de regroupement familial dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de
1 800 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve pour ce dernier de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat.
Elle soutient que :
- la décision est entachée d'un vice de procédure dès lors que le préfet n'a pas sollicité l'avis du maire de sa commune de résidence en méconnaissance des dispositions de l'article
L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle dispose de ressources stables et suffisantes dont le montant l'empêche de bénéficier de l'allocation adulte handicapée, laquelle la dispenserait de toute condition de ressources pour obtenir le regroupement familial sollicité ; son invalidité ne lui permet pas d'exercer une activité professionnelle ; ses ressources ne pourront dès lors connaître aucune progression ;
- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle a pour conséquence de la séparer durablement de son mari et porte une atteinte excessive à son droit de mener une vie privée et familiale normale ; la requérante fait valoir qu'elle a besoin du soutien de son mari pour l'accompagner dans son suivi médical et que celui-ci lui apportera, ainsi qu'à sa fille de neuf ans, un soutien matériel notamment en exerçant une activité de peintre en bâtiment en France.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 septembre 2022, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués par Mme B épouse D ne sont pas fondés.
Par une décision du 10 février 2021, le bureau de l'aide juridictionnelle près le Tribunal judiciaire de Nantes (section administrative) a admis Mme B épouse D au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1967 modifié ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version alors applicable ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B épouse D, ressortissante algérienne, née le 17 mai 1981 à Akbou Bejaia (Algérie), est entrée en France le 26 février 2000 sans justifier d'une entrée régulière. Elle a sollicité un titre de séjour en qualité de " salarié " et a obtenu des titres de séjour d'un an, renouvelés, entre le 18 septembre 2000 et le 17 août 2006. Depuis 2006, elle est titulaire de cartes de résident valables dix ans et toujours renouvelées. De son union avec un ressortissant français, une fille est née le 5 août 2010. Mme B épouse D s'est séparée de son époux et, le 27 février 2019, s'est mariée avec M. E, de nationalité algérienne. Le 1er avril 2019, elle a sollicité auprès des services de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) le bénéfice du regroupement familial pour son époux. Par décision du 7 novembre 2019, le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de faire droit à sa demande. Mme B épouse D a déposé un recours gracieux auprès le
11 décembre 2019, complété par un courrier du 28 janvier 2020. Par une décision du même jour, dont l'intéressée demande au tribunal l'annulation, le préfet a rejeté ce recours et a décidé de maintenir sa décision de refus de regroupement familial concernant son époux. La requérante a saisi le défenseur des droits d'une réclamation relative à sa demande de regroupement familial. Par courrier du 11 octobre 2021, le préfet de la Loire-Atlantique a informé le défenseur des droits qu'il avait décidé de maintenir ma décision de refus de regroupement familial,
Mme B épouse D n'apportant aucun élément nouveau.
Sur les conclusions aux fins d'annulation:
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " l'autorisation d'entrer en France dans le cadre de la procédure du regroupement familial est donnée par l'autorité administrative compétente après vérification des conditions de logement et de ressources par le maire de la commune de résidence de l'étranger ou le maire de la commune où il envisage de s'établir. Le maire, saisi par l'autorité administrative, peut émettre un avis sur la condition mentionnée au 3° de l'article L. 411-5. Cet avis est réputé rendu à l'expiration d'un délai de deux mois à compter de la communication du dossier par l'autorité administrative. ". En l'espèce, il ressort du relevé d'enquête établi par l'OFII le 23 juillet 2019 que le maire de la commune de résidence a rendu un avis favorable implicite. Le moyen tiré du vice de procédure manque en fait et doit par conséquent être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 4 de l'accord franco-algérien du
27 décembre 1968 : " Les membres de la famille qui s'établissent en France sont mis en possession d'un certificat de résidence de même durée de validité que celui de la personne qu'ils rejoignent. Sans préjudice des dispositions de l'article 9, l'admission sur le territoire français en vue de l'établissement des membres de famille d'un ressortissant algérien titulaire d'un certificat de résidence d'une durée de validité d'au moins un an, présent en France depuis au moins un an sauf cas de force majeure, et l'octroi du certificat de résidence sont subordonnés à la délivrance de l'autorisation de regroupement familial par l'autorité française compétente. Le regroupement familial ne peut être refusé que pour l'un des motifs suivants : 1 - le demandeur ne justifie pas de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille. Sont pris en compte toutes les ressources du demandeur et de son conjoint indépendamment des prestations familiales. L'insuffisance des ressources ne peut motiver un refus si celles-ci sont égales ou supérieures au salaire minimum interprofessionnel de croissance ; 2 - le demandeur ne dispose ou ne disposera pas à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant en France. () ".
4. Il ressort des pièces du dossier que les ressources de la requérante, pour la période de référence d'avril 2018 à mars 2019, s'élevaient à 1004,10 euros bruts mensuels, somme inférieure au salaire minimum interprofessionnel de croissance au 1er janvier 2019, qui s'élevait à 1 521,22 euros brut. Or, Mme B épouse D a un enfant à charge. Il est constant qu'elle ne perçoit que l'allocation d'aide au retour à l'emploi et une pension d'invalidité. Si l'intéressée fait valoir que sa pathologie l'empêche de travailler et qu'elle est reconnue travailleur handicapé par la MDPH, avec un taux d'invalidité entre 50% et 70%, il est constant que son niveau de ressources ne lui permet pas de percevoir l'allocation adulte handicapé, qui peut, à l'exclusion des autres prestations, être prise en compte dans le calcul des ressources dans le cadre d'un regroupement familial. Enfin, en tout état de cause, il n'est pas établi que son mari, titulaire d'une formation de peintre en bâtiment en Algérie, serait à même d'être embauché en France. Dès lors, le préfet de la Loire-Atlantique a pu à bon droit considérer que la requérante ne disposait pas de ressources suffisamment stables et pérennes sur la période de référence au sens des stipulations de l'article 4 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et refuser pour ce motif d'autoriser le regroupement familial sollicité.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
6. Si l'intéressée se prévaut de ce que la présence de son mari en France lui apporterait, ainsi qu'à sa fille, l'aide et le soutien dont elle a besoin, elle n'établit pas, par le seul certificat médical du 14 mars 2019 qu'elle produit, que la présence en France de M. D serait indispensable eu égard à son état de santé. Si elle soutient que son mari dispose d'une formation de peintre en bâtiment/ plaquiste et pourra trouver facilement du travail en France, elle ne l'établit pas. Enfin, si elle fait valoir que la décision attaquée l'empêche de mener une vie privée et familiale normale, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressée ne pourra pas rendre visite à son époux en Algérie, ni qu'il soit impossible pour son époux de venir lui rendre visite en France. Dans ces conditions, Mme B épouse D n'est pas fondée à soutenir qu'en prenant la décision attaquée, le préfet aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et aurait commis une erreur d'appréciation.
7. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B épouse D n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions du 7 novembre 2019 rejetant sa demande de regroupement familial et du 28 janvier 2020 rejetant son recours gracieux. Sa requête doit, par conséquent, être rejetée en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B épouse D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B épouse D, à
Me Emmanuel Geoffroy et au préfet de la Loire-Atlantique.
Délibéré après l'audience du 9 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Loirat, présidente,
M. Gauthier, premier conseiller,
M. Marowski, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 novembre 2022.
Le rapporteur,
Y. C
La présidente,
C. LOIRAT
La greffière,
P. LABOUREL
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Rouen — N° TA76-2602914
Le tribunal administratif de Rouen, statuant en urgence, a rejeté les demandes de M. A... B..., ressortissant tunisien, visant à l’annulation d’un arrêté préfectoral du 8 mai 2026 l’obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec interdiction de retour de deux ans, et d’un arrêté du 12 mai 2026 l’assignant à résidence. Le juge a estimé que les moyens soulevés, tirés notamment de l’incompétence de l’auteur de l’acte, du défaut de motivation, de la méconnaissance des articles 8 de la Convention européenne des droits de l’homme et 3-1 de la Convention internationale des droits de l’enfant, n’étaient pas fondés. La solution retenue confirme la légalité des décisions contestées, en application des dispositions du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Rouen — N° TA76-2602912
Le Tribunal administratif de Rouen, statuant en urgence, a rejeté la requête de M. B... contre l'arrêté préfectoral du 5 mai 2026 lui interdisant le retour sur le territoire français pour un an. Le tribunal a jugé que la décision était suffisamment motivée et ne révélait pas de défaut d'examen particulier de sa situation. Il a estimé que l'interdiction de retour, fondée sur les articles L. 612-7 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne méconnaissait pas l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et n'était pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Rouen — N° TA76-2602898
Le Tribunal administratif de Rouen, statuant en référé, a rejeté la demande de M. C... visant à suspendre l'arrêté préfectoral du 23 février 2026 suspendant son permis de conduire pour six mois, ainsi que le refus d'aménagement par un éthylotest antidémarrage. Le juge a estimé qu'aucun des moyens soulevés (incompétence, défaut de motivation, erreur d'appréciation, méconnaissance de l'article R. 224-6 du code de la route) n'était de nature à créer un doute sérieux sur la légalité des décisions. La condition d'urgence n'a pas été examinée. La requête a été rejetée sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Rouen — N° TA76-2602803
Le Tribunal Administratif de Rouen, statuant en urgence, était saisi par M. B... d’un recours en excès de pouvoir contre des arrêtés du 6 mai 2026 du préfet de la Seine-Maritime portant obligation de quitter le territoire français, interdiction de retour et assignation à résidence. Le préfet a toutefois retiré ces arrêtés par un arrêté du 22 mai 2026, rendant la requête sans objet. En conséquence, le tribunal a constaté qu’il n’y avait plus lieu de statuer sur les conclusions principales de M. B.... Il a néanmoins admis l’intéressé au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire et a rejeté sa demande de frais de justice, faute de justificatifs.
01/06/2026