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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2002579

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2002579

vendredi 21 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2002579
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSELARL BS2A (BESCOU & SABATIER)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 février 2020, Mme A C épouse B, représentée par Me Sabatier, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours à l'encontre de la décision du 20 août 2019 du préfet du Rhône ayant déclaré irrecevable sa demande de naturalisation ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui accorder la nationalité française ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur de fait dès lors que l'obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre de son époux, sur laquelle le préfet s'est fondé pour estimer qu'elle n'avait pas fixé le centre de ses intérêts en France, a été annulée par le tribunal administratif de Lyon ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que sa famille réside régulièrement en France, ses deux enfants nés d'une union antérieure étant de nationalité française, et qu'elle bénéficie d'une parfaite intégration, maîtrise la langue française et n'a jamais troublé l'ordre public.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 octobre 2020, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les conclusions de la requête doivent être regardées comme dirigées contre la décision expresse du 12 mars 2020 par laquelle il a ajourné à deux ans sa demande de naturalisation ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés ;

- si une injonction devait être prononcée, le délai imposé pour procéder au réexamen de la demande de naturalisation ne saurait être inférieur à neuf mois.

Par une décision du 11 février 2021, Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme E.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 20 août 2019, le préfet du Rhône a déclaré irrecevable la demande de naturalisation de Mme C, ressortissante tunisienne née le 3 novembre 1984. Le silence gardé par le ministre de l'intérieur sur le recours à l'encontre de la décision préfectorale a fait naître une décision implicite de rejet. Par une décision expresse du 12 mars 2020, le ministre a expressément rejeté ce recours et substitué à la décision préfectorale une décision d'ajournement à deux ans de la demande de naturalisation de Mme C.

2. Aux termes de l'article 45 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française : " Dans les deux mois suivant leur notification, les décisions prises en application des articles 43 et 44 peuvent faire l'objet d'un recours auprès du ministre chargé des naturalisations, à l'exclusion de tout autre recours administratif. Ce recours, pour lequel le demandeur peut se faire assister ou être représenté par toute personne de son choix, doit exposer les raisons pour lesquelles le réexamen de la demande est sollicité. Il constitue un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux, à peine d'irrecevabilité de ce dernier. () ". Il résulte de ces dispositions que la décision du ministre de l'intérieur du 12 mars 2020, qui s'est implicitement mais nécessairement substituée à la décision implicite initiale, s'est également substituée à la décision préfectorale du 20 août 2019. Par suite, les conclusions à fin d'annulation doivent être regardées comme dirigées contre la seule décision ministérielle du 20 août 2019.

3. En premier lieu, il résulte de ce qui vient d'être dit au point 2 que les moyens tirés des erreurs de droit et de fait dont seraient entaché le motif opposé initialement par le préfet du Rhône, et sur lequel ne s'est pas fondé le ministre de l'intérieur, sont inopérants.

4. En second lieu, aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger. ". En outre, aux termes de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française : " () Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. () ". En vertu de ces dispositions, il appartient au ministre chargé des naturalisations de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la naturalisation à l'étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, il peut légalement prendre en compte le degré d'insertion professionnelle du postulant ainsi que le niveau et la stabilité de ses ressources. Pour rejeter une demande de naturalisation ou de réintégration dans la nationalité française, l'autorité administrative ne peut se fonder ni sur l'existence d'une maladie ou d'un handicap ni, par suite, sur l'insuffisance des ressources de l'intéressé lorsqu'elle résulte directement d'une maladie ou d'un handicap.

5. Le ministre de l'intérieur a ajourné à deux ans la demande de naturalisation de Mme C au motif que l'examen du parcours professionnel de l'intéressée, apprécié dans sa globalité depuis son entrée en France, ne permet pas de considérer qu'elle a réalisé pleinement son insertion professionnelle puisqu'elle ne dispose pas de ressources suffisantes.

6. Il ressort des pièces du dossier que Mme C travaille en qualité d'agent de service depuis le 27 novembre 2009 dans le cadre d'un contrat de travail à durée indéterminée pour un volume horaire s'élevant à environ 62 heures par mois depuis le 4 juin 2014. Elle a perçu à ce titre des salaires d'un montant de 1 907 euros en 2017, 5 976 euros en 2016 et 5 962 euros en 2015. Il n'est pas contesté qu'elle a été placée en congé parental en partie en 2017 et 2018. Mme C percevait en 2019 un salaire mensuel d'environ 500 euros alors que son foyer percevait des prestations sociales, n'étant pas liées à une situation de handicap, pour un montant total d'environ 600 euros. Dans ces conditions et en dépit de la nationalité française des deux enfants de la postulante, le ministre de l'intérieur n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en ajournant à deux ans la demande de naturalisation de Mme C.

7. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C épouse B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 12 mars 2020 par laquelle le ministre de l'intérieur a ajourné à deux ans sa demande de naturalisation. Par suite, sa requête, y compris les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doit être rejetée.

D É C I D E :

Article 1er : La requête présentée par Mme C épouse B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C épouse B, au ministre de l'intérieur et à Me Sabatier.

Délibéré après l'audience du 22 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mlle Wunderlich, présidente,

Mme Le Lay, première conseillère,

Mme Sainquain-Rigollé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 octobre 2022.

La rapporteure,

H. ELa présidente,

A.-C. WUNDERLICHLa greffière,

L. BILLAUD

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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