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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2002655

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2002655

mardi 17 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2002655
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantTHIEULART

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 mars 2020, M. B A, représenté par Me Thieulart, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 15 octobre 2019 en ce que la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Rennes a refusé de reconnaître comme étant imputable au service son arrêt de travail pour maladie pour la période du 27 octobre 2018 au 5 novembre 2019 ;

2°) de condamner l'Etat lui verser, à titre de dommages et intérêts, une somme correspondant à la différence entre le traitement qu'il aurait dû continuer à percevoir et celui effectivement versé, outre la retenue opérée, ainsi qu'une somme de 7 000 euros en réparation de son préjudice moral ;

3°) d'enjoindre au ministre de la justice de reconnaître l'imputabilité au service de la pathologie dont il souffre sans discontinuer depuis le 28 mars 2018, dans un délai qu'il conviendra de fixer à compter du jugement à intervenir, sous astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée n'a pas été régulièrement notifiée ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que sa pathologie justifiant son arrêt de travail après le 27 octobre 2018 est imputable à l'accident de service du 28 mars 2018 ;

- le refus de l'administration de reconnaître l'imputabilité au service de ses arrêts de travail postérieurement au 27 octobre 2018 lui a causé un préjudice tant financier que moral.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 août 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les conclusions indemnitaires sont irrecevables dès lors qu'elles n'ont pas été précédées d'une demande de nature à lier le contentieux ;

- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Martel,

- et les conclusions de M. Vauterin, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, surveillant pénitentiaire au grade de brigadier, affecté à la maison d'arrêt Le Mans-Les Croisettes, a été victime le 28 mars 2018 d'un accident reconnu imputable au service. Par une décision du 15 octobre 2019 prise sur avis de la commission de réforme du 7 octobre 2018, la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Rennes a, d'une part, reconnu que les absences de l'agent du 28 mars 2018 au 26 octobre 2018 inclus sont à prendre en compte au titre de cet accident de service et, d'autre part, décidé que les absences du 27 octobre 2018 au 5 novembre 2019 relèvent de la maladie ordinaire. Par un courrier du 18 novembre 2019, M. A a formé un recours gracieux contre cette décision, lequel a été rejeté par une décision du 26 décembre 2019. Il demande au tribunal d'annuler la décision du 15 octobre 2019 en ce qu'elle refuse de prendre en charge au titre de l'accident de service ses arrêts pour maladie pour la période du 27 octobre 2018 au 5 novembre 2019 et de condamner l'Etat à réparer les préjudices en résultant.

Sur la légalité de la mesure contestée :

2. Aux termes de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat, applicable au litige : " Le fonctionnaire en activité a droit : / () / 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. () / Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite, à l'exception des blessures ou des maladies contractées ou aggravées en service, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident () "

3. Il résulte de ces dispositions que le droit de conserver l'intégralité du traitement est soumis à la condition que la pathologie mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'accomplir son service soit en lien direct, mais non nécessairement exclusif, avec un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de ses fonctions.

4. Il ressort des pièces du dossier que, pour refuser l'imputabilité au service des arrêts de travail de M. A pour la période du 27 octobre 2018 au 5 novembre 2019, l'administration s'est fondée sur la circonstance que, selon le rapport en date du 2 février 2019 du médecin psychiatre ayant examiné l'intéressé, l'anxiété de fond présentée par l'agent n'avait pas de lien direct et certain avec l'accident de service.

5. Il ressort cependant des mêmes pièces qu'à la suite de l'accident de service du 28 mars 2018, lors duquel M. A, en ramassant deux sacs appartenant à de nouveaux arrivants, a ressenti une forte douleur au bas du dos du côté gauche, l'intéressé a, sur la base d'un certificat médical du même jour faisant état d'une lombalgie, été placé en arrêt maladie jusqu'au 31 mars 2018. Son arrêt pour maladie a été régulièrement renouvelé par la suite, sans discontinuer, jusqu'au 5 novembre 2019, pour la même pathologie. Si, à compter du 27 octobre 2019, il est en outre évoqué une pathologie dépressive justifiant, selon son médecin traitant, des sorties sans restriction d'horaire, cette seconde pathologie n'apparaît pas comme justifiant l'arrêt de travail pour maladie. Par suite, il ressort des pièces du dossier, d'une part, que les arrêts de travail de M. A pour la période du 31 mars 2018 au 5 novembre 2019 sont tous en lien avec une lombalgie et, d'autre part, qu'aucun élément ne permet d'écarter le lien direct entre cette pathologie et l'accident de service du 28 mars 2018 qui doit par conséquent être regardé comme établi avec certitude. Ainsi, en refusant de prendre en charge, au titre de l'accident de service en cause, l'arrêt pour maladie pour la période du 27 octobre 2018 au 5 novembre 2019, la directrice interrégionale de l'administration pénitentiaire a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

6. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, la décision du 15 octobre 2019 doit être annulée en ce qu'elle refuse de prendre en charge, au titre de l'accident de service du 28 mars 2018, les arrêts de maladie de M. A pour la période du 27 octobre 2018 au 5 novembre 2019 inclus.

Sur les conclusions indemnitaires :

7. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'à l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. " Il résulte de ces dispositions qu'en l'absence, à la date où le juge statue, d'une décision de l'administration rejetant une demande indemnitaire formée devant elle par le requérant ou pour son compte, une requête tendant au versement d'une somme d'argent est irrecevable et peut être rejetée pour ce motif.

8. En l'espèce, ainsi que le soutient le ministre de la justice, M. A n'établit pas avoir présenté à l'administration une demande préalable, de nature à lier le contentieux. Par suite, ses conclusions à fin d'indemnisation sont irrecevables et doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. L'exécution du présent jugement implique nécessairement, eu égard aux motifs énoncés au point 5, que l'administration reconnaisse comme étant imputable à l'accident de service du 28 mars 2018 l'arrêt de travail pour la période du 27 octobre 2018 au 5 novembre 2019 et régularise en conséquence la situation de M. A. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'enjoindre à l'autorité chargée de la gestion administrative de l'agent d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à M. A à ce titre.

D E C I D E :

Article 1er : La décision de la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Rennes du 15 octobre 2019 est annulée en ce qu'elle refuse de reconnaître comme étant imputable à l'accident de service du 28 mars 2018 l'arrêt de travail pour maladie de M. A pour la période du 27 octobre 2018 au 5 novembre 2019.

Article 2 : Il est enjoint à l'autorité chargée de la gestion administrative de M. A de reconnaître l'imputabilité à l'accident de service du 28 mars 2018 de ses arrêts de travail pour la période du 27 octobre 2018 au 5 novembre 2019 et de régulariser, en conséquence, sa situation, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. A la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 26 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Cantié, président,

Mme Martel, première conseillère,

M. Delohen, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2023.

La rapporteure,

C. MARTEL

Le président,

C. CANTIELa greffière,

F. MERLET

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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