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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2002669

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2002669

mercredi 9 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2002669
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantRODRIGUES DEVESAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 8 mars et 11 mai 2020,

M. E B, représenté par Me Rodrigues Devesas, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire;

2°) d'annuler la décision du 9 janvier 2020 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a suspendu le bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'OFII de procéder au calcul de l'allocation pour demandeurs d'asile depuis la suspension de ses conditions matérielles d'accueil dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision, et de condamner l'OFII à lui verser le montant correspondant dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision à intervenir ;

4°) A titre subsidiaire, d'enjoindre à l'OFII de réexaminer ses droits aux conditions matérielles d'accueil dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision, et condamner l'OFII à lui verser le montant correspondant dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision à intervenir ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il n'est pas établi qu'il a bénéficié d'un entretien relatif à sa vulnérabilité et que cet entretien a été mené par un agent formé à cette fin ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que l'OFII ne pouvait pas édicter une mesure de suspension sur le fondement des dispositions de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, inapplicables en l'espèce ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il était placé sous procédure " Dublin " ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions des article L. 744-7 et L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il est en situation de vulnérabilité.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 avril 2020, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

La clôture immédiate de l'instruction a été prononcée par une ordonnance du

11 juillet 2022, en application des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative.

M. B a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 avril 2020.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la directive 2003/9/UE du Conseil du 27 janvier 2003;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version alors applicable;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. D a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, né le 1er janvier 1979, de nationalité érythréenne, a présenté une demande d'asile enregistrée en guichet unique le 7 août 2019. En application du règlement " Dublin III ", l'intéressé a été transféré vers la Suisse, responsable du traitement de sa demande d'asile. Le requérant est revenu en France et s'est présenté en préfecture le 16 décembre 2019, où il a de nouveau été placé en procédure Dublin. Le même jour, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) l'a informé de son intention de suspendre ses conditions matérielles d'accueil. Par une décision en date du 9 janvier 2020 dont l'intéressé sollicite du tribunal l'annulation, l'OFII a suspendu ses conditions matérielles d'accueil.

Sur les conclusions tendant à l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Par décision du 7 avril 2020 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nantes, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Les conclusions tendant à ce que le requérant soit provisoirement admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle sont ainsi devenues sans objet. Il n'y a donc plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions aux fins d'annulation:

3. En premier lieu, la décision attaquée précise le motif de suspension des conditions matérielles d'accueil et notamment qu'elle tire les conséquences du retour en France du requérant après son transfert vers la Suisse. La décision précise également les dispositions légales applicables en l'espèce. Elle est, par suite, suffisamment motivée en droit et en fait.

4. En deuxième lieu, la décision de suspension des conditions matérielles d'accueil a été signée par Mme A C, directrice territoriale de l'OFII de Nantes à laquelle le directeur général de l'OFII lui a donné délégation, par une décision en date du 1er janvier 2016, à l'effet de signer les décisions relevant du champ de compétence de la direction territoriale de Nantes. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision manque en fait.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin. () ". Il ressort des pièces du dossier que le requérant a pu bénéficier d'une évaluation de sa vulnérabilité lors de l'entretien réalisé en préfecture à l'occasion de l'enregistrement de sa demande d'asile. Cette évaluation a été réitérée préalablement à la décision attaquée. En l'espèce, M. B, âgé de 41 ans, célibataire et seul présent en France au moment de la décision attaquée, ne se trouvait dans aucune des situations envisagées par l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il n'a sollicité aucun avis médical auprès des services de l'OFII. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil prévues à l'article L. 744-1 est subordonné : 1° A l'acceptation par le demandeur de la proposition d'hébergement ou, le cas échéant, de la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 744-2. Ces propositions tiennent compte des besoins, de la situation personnelle et familiale de chaque demandeur au regard de l'évaluation prévue à l'article L. 744-6, des capacités d'hébergement disponibles et de la part des demandeurs d'asile accueillis dans chaque région ; 2° Au respect des exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes. Le demandeur est préalablement informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le fait de refuser ou de quitter le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation mentionnés au 1° du présent article ainsi que le non-respect des exigences des autorités chargées de l'asile prévues au 2° entraîne de plein droit le refus ou, le cas échéant, le retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. ". Aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être : () 3° Refusé si le demandeur présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ". Aux termes de l'article D. 744-34 du même code : " Le versement de l'allocation prend fin, sur demande de l'Office français de l'immigration et de l'intégration : () 2° A compter de la date du transfert effectif à destination de l'Etat responsable de l'examen de la demande d'asile ".

7. Par sa décision n° 428530, 428564 du 31 juillet 2019, le Conseil d'Etat, statuant au contentieux, a jugé que les dispositions des articles L. 744-7 et L.744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui créaient, dans leur rédaction issue de la loi du 10 septembre 2018 pour une immigration maîtrisée, un droit d'asile effectif et une intégration réussie, des cas de refus et de retrait de plein droit des conditions matérielles d'accueil sans appréciation des circonstances particulières et excluaient, en cas de retrait, toute possibilité de rétablissement de ces conditions, étaient incompatibles avec les objectifs de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 relative à des procédures communes pour l'octroi et le retrait de la protection internationale. Il a, par suite, annulé les dispositions réglementaires prises pour leur application. Toutefois, le Conseil d'Etat a, par la même décision, précisé les conditions dans lesquelles les autorités compétentes pouvaient, dans l'attente de la modification des articles L. 744-7 et L. 744-8 par le législateur, limiter ou supprimer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil aux demandeurs d'asile qui quittent leur lieu d'hébergement ou la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 744-2 du même code ou qui ne respectent pas les exigences des autorités chargées de l'asile. Ainsi, il reste possible à l'OFII de refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, après examen de sa situation particulière et par une décision motivée, au demandeur qui a refusé le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation. Il lui est également possible, dans les mêmes conditions et après avoir mis, sauf impossibilité, l'intéressé en mesure de présenter ses observations, de suspendre le bénéfice de ces conditions lorsque le demandeur a quitté le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation ou n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment de se rendre aux entretiens, de se présenter aux autorités et de fournir les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes. Enfin, si le bénéfice des conditions matérielles d'accueil a été suspendu, le demandeur d'asile peut en demander le rétablissement à l'OFII qui doit apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.

8. D'une part, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que la décision de suspension des conditions matérielles d'accueil du requérant au motif qu'il avait présenté une nouvelle demande d'asile lors de son retour en France après son transfert vers la Suisse, responsable du traitement de sa demande d'asile, prise par l'OFII n'est pas entachée d'un défaut de base légale.

9. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. B, qui a fait l'objet d'un transfert vers la Suisse, responsable du traitement de sa demande d'asile, et a de nouveau sollicité l'asile en France sans attendre l'examen de sa demande par les autorités suisses, n'établit ni même n'allègue avoir été empêché de former sa demande d'asile en Suisse ni que les autorités suisses auraient refusé de l'examiner. Dans ces conditions, et alors qu'ainsi qu'il résulte du point 5, le requérant ne justifie pas d'une particulière vulnérabilité, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée de l'OFII refusant de lui rétablir les conditions matérielles d'accueil serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision qu'il conteste et que ses conclusions aux fins d'annulation et d'injonction doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de M. B tendant à l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E B, à Me Stéphanie Rodrigues Devesas et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 19 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Loirat, présidente,

M. Gauthier, premier conseiller,

M. Marowski, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe 9 novembre 2022.

Le rapporteur,

Y. D

La présidente,

C. LOIRAT

La greffière,

P. LABOUREL

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2002669

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