mardi 28 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2002690 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | ROCHEFORT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 9 mars 2020 et 30 septembre 2022, Mme B A, représentée par Me Rochefort, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 16 juillet 2019 par laquelle le préfet de l'Essonne a ajourné à deux ans sa demande de naturalisation et la décision en date du 17 mars 2020 du ministre de l'intérieur portant rejet du recours formé contre cette mesure ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre des articles L.'761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la requête est recevable ;
- l'exclusion de la possibilité de solliciter l'aide juridictionnelle en vue de former le recours administratif préalable qui doit obligatoirement être formé contre une décision d'ajournement d'une demande de naturalisation et d'obtenir la suspension corrélative du délai de recours est contraire aux stipulations de l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- les décisions en litige sont entachées d'erreur de droit, d'erreur de fait et d'erreur manifeste d'appréciation.
Par des mémoires en défense enregistrés les 28 octobre 2020 et 31 octobre 2023, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable, en raison de la tardiveté du recours préalable obligatoire formé par Mme A et dès lors que la décision préfectorale, à laquelle s'est substituée la décision ministérielle, ne peut plus être contestée devant le juge ;
- à supposer erroné le motif de la décision, le motif tiré du caractère incomplet de l'insertion professionnelle et du défaut d'autonomie matérielle de l'intéressée doit y être substitué.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 décembre 2019.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code civil ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Cantié a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante turque née le 30 août 1970, ayant obtenu le 5 avril 2016 le statut de réfugiée à raison de ses origines arméniennes, a sollicité l'acquisition de la nationalité française par naturalisation. Par une décision du 16 juillet 2019, le préfet de l'Essonne a ajourné à deux ans sa demande. Saisi le 6 mars 2020 du recours préalable obligatoire prescrit par le décret du 30 décembre 1993, le ministre de l'intérieur a implicitement rejeté ce recours.
Sur l'objet du litige :
2. Postérieurement à l'enregistrement de la requête de Mme A, le ministre de l'intérieur a confirmé son rejet du recours préalable de l'intéressée, par une décision du 17 mars 2020, au motif de la tardiveté de ce recours. Dans le dernier état de ses écritures, Mme A demande l'annulation de cette décision qui s'est substituée à la décision implicite de rejet née le 6 juillet 2020. Si la requérante demande également l'annulation de la décision en date du 16 juillet 2019 du préfet de l'Essonne, il résulte des dispositions de l'article 45 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française que les décisions par lesquelles le ministre en charge des naturalisations statue sur les recours préalables obligatoires se substituent à celles prises par le préfet. Dès lors, Mme A n'est pas recevable à demander l'annulation de la décision préfectorale.
Sur la légalité de la décision ministérielle :
3. Aux termes de l'article 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Les personnes physiques dont les ressources sont insuffisantes pour faire valoir leurs droits en justice peuvent bénéficier d'une aide juridictionnelle. Cette aide est totale ou partielle. () ". Aux termes de l'article 10 de cette loi : " L'aide juridictionnelle est accordée en matière gracieuse ou contentieuse, en demande ou en défense devant toute juridiction () ". Aux termes de l'article 7 de la même loi : " L'aide juridictionnelle est accordée à la personne dont l'action n'apparaît pas, manifestement, irrecevable ou dénuée de fondement () ".
4. Aux termes de l'article 43 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi précitée : " () lorsqu'une action en justice ou un recours doit être intenté avant l'expiration d'un délai devant les juridictions de première instance ou d'appel, l'action ou le recours est réputé avoir été intenté dans le délai si la demande d'aide juridictionnelle s'y rapportant est adressée ou déposée au bureau d'aide juridictionnelle avant l'expiration dudit délai et si la demande en justice ou le recours est introduit dans un nouveau délai de même durée à compter : 1° De la notification de la décision d'admission provisoire ;/ 2° De la notification de la décision constatant la caducité de la demande ; / 3° De la date à laquelle le demandeur de l'aide juridictionnelle ne peut plus contester la décision d'admission ou de rejet de sa demande en application du premier alinéa de l'article 69 et de l'article 70 ou, en cas de recours de ce demandeur, de la date à laquelle la décision relative à ce recours lui a été notifiée ;/ 4° Ou, en cas d'admission, de la date, si elle est plus tardive, à laquelle un auxiliaire de justice a été désigné. ".
5. Aux termes de l'article 45 du décret du 30 décembre 1993 mentionné ci-dessus : " Dans les deux mois suivant leur notification, les décisions prises en application des articles 43 et 44 peuvent faire l'objet d'un recours auprès du ministre chargé des naturalisations, à l'exclusion de tout autre recours administratif. / Ce recours, pour lequel le demandeur peut se faire assister ou être représenté par toute personne de son choix, doit exposer les raisons pour lesquelles le réexamen de la demande est sollicité. Il constitue un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux, à peine d'irrecevabilité de ce dernier. ".
6. Il résulte de ces dispositions qu'un recours administratif préalable obligatoire contre une décision préfectorale déclarant irrecevable, ajournant ou rejetant une demande de naturalisation ne peut avoir pour effet d'ouvrir un délai de recours contentieux contre la décision du ministre de l'intérieur prise sur ce recours administratif préalable obligatoire qu'à la condition d'avoir été formé dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision préfectorale.
7. Contrairement à ce que soutient la requérante, il résulte de la combinaison des dispositions citées aux points 3 et 4 que l'introduction d'une demande d'aide juridictionnelle à l'intérieur du délai pour effectuer le recours administratif préalable obligatoire ne conduit pas à suspendre ce délai dès lors que ce recours, qui ne revêt pas le caractère d'une procédure juridictionnelle au sens de ces dispositions, n'entre pas dans leur champ d'application.
8. Toutefois, s'il ressort des pièces du dossier que la décision du préfet de l'Essonne en date du 16 juillet 2019 a été régulièrement notifiée par voie postale à Mme A le 27 juillet 2019, il n'est pas établi que la notification de cette décision était assortie de l'indication des voies et délais de recours. Or, en vertu de l'article R. 421-5 du code de justice administrative, les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision. Dès lors, le délai de deux mois prévu par les dispositions précitées de l'article 45 du décret du 30 décembre 1993 n'a pu en l'espèce commencer à courir, en sorte que le ministre ne pouvait légalement opposer à Mme A la circonstance qu'elle n'avait exercé son recours administratif préalable obligatoire que le 6 mars 2020 et que celui-ci était tardif.
9. Dans ses dernières écritures, le ministre demande que soit substitué à ce motif erroné celui tiré de ce que l'examen de l'ensemble du parcours professionnel de Mme A ne révélait pas une insertion professionnelle suffisante.
10. L'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
11. Aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". Le dernier alinéa de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française dispose : " Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation () sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai (). Ce délai une fois expiré (), il appartient à l'intéressé, s'il le juge opportun, de déposer une nouvelle demande ". En vertu de ces dispositions, il appartient au ministre de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la nationalité française au ressortissant étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, il peut légalement prendre en compte les renseignements défavorables recueillis sur le comportement du postulant ainsi que le niveau et la stabilité de ses ressources.
12. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée, Mme A occupait un emploi à temps partiel sur la base d'un contrat à durée déterminée lui procurant des ressources annuelles inférieures au SMIC. En l'absence de circonstances particulières, le parcours professionnel de l'intéressée ne peut être regardé, à cette date, comme révélant une insertion suffisante. Dans ces conditions, le nouveau motif invoqué par le ministre, qui dispose d'un large pouvoir d'appréciation pour apprécier l'opportunité d'accorder la nationalité française à l'étranger qui la sollicite, est de nature à justifier légalement l'ajournement à deux ans de la demande de Mme A. Dès lors, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision ministérielle serait entachée d'erreur de droit, d'erreur de fait, ni d'erreur manifeste d'appréciation.
13. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision qu'elle conteste. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre des articles L.'761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Rochefort et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 14 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Cantié, président,
Mme Martel, première conseillère,
M. Delohen, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 novembre 2023.
Le président-rapporteur,
C. CANTIÉ L'assesseure la plus ancienne
dans l'ordre du tableau,
C. MARTEL
La greffière,
C. DUMONTEIL
La République mande et ordonne au ministre l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
C. DUMONTEIL
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026