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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2002780

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2002780

jeudi 11 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2002780
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantAARPI JASPER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, deux mémoires et des pièces complémentaires enregistrés les 10 mars et 1er décembre 2020 et les 1er mars et 28 novembre 2023, Mme A F et M. C F demandent au tribunal de condamner le centre hospitalier universitaire d'Angers à leur verser, en réparation des préjudices que leur père, B F, décédé le 4 juin 2019, a subis à la suite de sa prise en charge en août 2016, la somme globale d'un million d'euros.

Ils soutiennent que :

- le centre hospitalier universitaire d'Angers a commis des fautes dans la prise en charge de leur père de nature à engager la responsabilité de l'établissement de santé :

*en ce qui concerne l'opération du 2 août 2016 : elle n'était ni utile, ni urgente dès lors qu'il n'avait jamais souffert d'accident vasculaire cérébral mais qu'il était fragilisé par son âge et son diabète ainsi que par le quadruple pontage coronarien et la pose d'un pacemaker qu'il avait subis quelques années auparavant ; elle a été réalisée en l'absence de consentement B F et en dépit de l'opposition de son fils ; elle s'est déroulée dans de mauvaises conditions ; il n'a pas été informé des risques encourus du fait des différentes opérations qu'il a subies ; la chirurgienne qui l'a opéré, peu expérimentée, n'était pas encadrée ;

*les prothèses dentaires B F lui ont été volées à l'occasion de son hospitalisation, au cours de son séjour en post-réanimation, et il a dû, par conséquent, subir une nouvelle opération destinée à lui ôter sept dents ; à la suite de cette opération, seules six dents devaient lui être reposées ; les agents hospitaliers lui ayant proposé d'utiliser des prothèses qui ne lui appartenaient pas ont fait preuve d'un manque de respect à son encontre ;

- les préjudices suivants doivent être indemnisés :

En ce qui concerne le vol allégué des prothèses dentaires :

* les préjudices financier, moral, esthétique et fonctionnel liés au vol des prothèses dentaires de leur père ;

* les souffrances endurées liées au fait que sept dents ont dû être retirées à leur père à la suite du vol de ses prothèses et que seules six devaient lui être remises ;

En ce qui concerne la réalisation de l'opération à l'été 2017 :

* les préjudices moral, esthétique, fonctionnel et souffrances endurées.

- ils n'ont jamais sollicité l'appel à la cause de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 octobre 2020, le centre hospitalier universitaire d'Angers, représenté en dernier lieu par Me Meunier, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- à titre principal, la requête est irrecevable dès lors qu'en méconnaissance des dispositions de l'article R. 411-1 du code de justice administrative, elle est dépourvue de chiffrage et de fondement juridique ;

- à titre subsidiaire, la requête est infondée dès lors que :

* les requérants n'établissent l'existence ni d'une faute, ni de préjudices, ni d'un lien de causalité entre ces deux premiers éléments ;

*s'agissant du vol présumé des prothèses dentaires, les agents hospitaliers n'ont aucune obligation de veiller aux objets appartenant aux patients ; sa responsabilité ne peut, par conséquent, être engagée à ce sujet ;

* s'agissant de l'opération du 2 août 2016, aucune faute ne peut être retenue à son encontre: l'indication opératoire était légitime voire indiscutable car M. F souffrait d'une obstruction artérielle à 80 % à la suite de la survenance d'un accident ischémique transitoire et risquait une récidive de cet accident voire la survenance d'un accident vasculaire cérébral ; la complication qu'il a subie à la sixième heure en post-opératoire constitue un accident médical non fautif ; cette complication a été prise en charge sans délai.

Par un mémoire enregistré le 27 février 2023, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, représenté par Me Saumon conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis hors de cause.

Il soutient que :

- à titre principal, la requête est irrecevable dès lors qu'en méconnaissance des dispositions R. 411-1 du code de justice administrative, elle est dépourvue de chiffrage et de fondement juridique ;

- à titre subsidiaire, aucune demande n'est dirigée à son encontre par les requérants et aucun élément ne permet de soutenir qu'il devrait intervenir au titre de la solidarité nationale.

Par un mémoire enregistré le 24 novembre 2023, la caisse primaire d'assurance maladie de l'Artois, intervenant pour le compte de la caisse autonome nationale de sécurité sociale dans les mines, demande au tribunal de la recevoir en son intervention.

Elle soutient qu'elle souhaite solliciter le remboursement des débours engagés dans le cadre de l'accident dont a été victime M. B F à la suite de son opération du 2 août 2016 mais qu'elle ne peut, en l'état du dossier, déterminer le montant de ces débours.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Baufumé, rapporteure,

- les conclusions de Mme Le Lay, rapporteure publique,

- et les observations de Me Renauld, substituant Me Meunier et représentant le centre hospitalier universitaire d'Angers.

Une note en délibéré produite pour Mme A F et M. D F et enregistrée le 15 décembre 2023 n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. M. B F, né le 15 juin 1939, aurait subi, le 2 août 2016, au sein du centre hospitalier universitaire (CHU) d'Angers, une intervention chirurgicale, consistant en une endartériectomie carotidienne. Il aurait, dans la sixième heure de son suivi post opératoire, présenté une complication neurologique ayant nécessité une reprise chirurgicale ayant pris la forme d'un pontage carotidien. L'intéressé aurait, par ailleurs, au cours de l'année 2019, souffert d'un accident vasculaire cérébral ayant entraîné son décès le 4 juin 2019.

2. Estimant, d'une part, que la prise en charge de leur père au sein du centre hospitalier universitaire d'Angers à l'occasion de cette opération chirurgicale avait été défaillante et, d'autre part, que les prothèses dentaires de ce dernier lui avaient été dérobées à l'occasion de son séjour en post-réanimation à la suite de cette hospitalisation, M. C F et Mme A F ont, par courrier du 21 octobre 2019, adressé une demande indemnitaire préalable à l'établissement de santé. Par décision du 27 décembre 2019, l'établissement de santé a rejeté cette demande. Par la présente requête, M. C F et Mme A F demandent au tribunal de condamner le CHU d'Angers à leur verser la somme globale d'un million d'euros en réparation des préjudices qu'ils estiment que leur père a subis, d'une part, à la suite des fautes commises par l'établissement de santé au cours de sa prise en charge en août 2016 et, d'autre part, en raison du vol de ses prothèses dentaires au sein de ce même établissement de santé.

Sur les fins de non-recevoir opposées par le centre hospitalier universitaire d'Angers et par l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux :

3. Aux termes de l'article R. 411-1 du code de justice administrative : " La juridiction est saisie par requête. La requête indique les nom et domicile des parties. Elle contient l'exposé des faits et moyens, ainsi que l'énoncé des conclusions soumises au juge () ".

4. En premier lieu, il résulte de l'instruction que, contrairement à ce que soutiennent le centre hospitalier universitaire d'Angers et l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, M. et Mme F, aux termes de leur requête enregistrée le 10 mars 2020, entendent, nonobstant une présentation maladroite, d'une part, mettre en cause la responsabilité de l'établissement de santé en raison des fautes qu'il aurait commises dans la prise en charge de leur père au cours et au décours de l'opération chirurgicale du 2 août 2016, ainsi qu'à la suite du vol de ses prothèses dentaires au sein de cet établissement de santé et, d'autre part, obtenir la condamnation du centre hospitalier universitaire d'Angers à l'indemnisation des préjudices qu'ils allèguent que leur père a subis en lien avec ces fautes.

5. En second lieu, il résulte des termes mêmes de la requête du 10 mars 2020 que M. et Mme F demandent la condamnation du centre hospitalier universitaire d'Angers au versement d'une somme d'un million d'euros en réparation des préjudices subis par leur père.

6. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. et Mme F satisfait à l'exigence des conditions posées par l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Par suite, les fins de non-recevoir opposées par centre hospitalier universitaire d'Angers et l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux ne peuvent qu'être écartées.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne le vol allégué des prothèses dentaires :

7. D'une part, il ressort des dispositions des articles L. 1113-1 à L. 1113-4 du code de la santé publique, dans leur rédaction applicable au litige, que les établissements publics de santé sont responsables de plein droit du vol, de la perte ou de la détérioration des objets, dont la nature justifie la détention par la personne admise ou hébergée durant son séjour dans l'établissement, déposés entre les mains des préposés commis à cet effet ou d'un comptable public, par les personnes qui y sont admises ou hébergées, à l'exception de celles accueillies en consultation externe. Ces établissements ne sont responsables du vol, de la perte ou de la détérioration des objets non déposés alors que leurs détenteurs étaient en mesure de le faire, que dans le cas où une faute est établie à l'encontre des établissements ou à l'encontre des personnes dont ils doivent répondre.

8. D'autre part, pour l'application de ces dispositions, les articles R. 1113-1, R. 1113-3 et R. 1113-4 du même code, prévoient que l'intéressé doit être invité, lors de son entrée dans l'établissement, à effectuer ce dépôt et qu'à cette occasion, une information écrite et orale lui est donnée en ce qui concerne notamment l'exposé des règles relatives aux biens détenus par les personnes admises ou hébergées dans l'établissement, les principes gouvernant la responsabilité de celui-ci en cas de vol, perte ou détérioration de ces biens, selon qu'ils ont ou non été déposés. Ils précisent que la responsabilité de plein droit de l'établissement ne peut être engagée, lorsque l'intéressé décide de conserver, durant son séjour un ou plusieurs des objets susceptibles d'être déposés, sous réserve qu'il ne s'agisse pas de sommes d'argent, de titres ou valeurs mobilières, de moyens de règlement ou d'objets de valeur et que les formalités de dépôt ont été accomplies, que si le directeur d'établissement ou une personne habilitée a donné son accord à la conservation du ou des objets. Ils font obligation au dépositaire de remettre au déposant un reçu contenant l'inventaire contradictoire et la désignation des objets déposés et, le cas échéant, de ceux à la conservation desquels a été donné l'accord du directeur.

9. Par ailleurs, il résulte de la combinaison des dispositions de ces articles du code de la santé publique que, lorsqu'il n'a pas été procédé aux formalités de dépôt des biens par une personne qui n'était pas hors d'état de le faire et même en cas de disparition, constatée à l'issue de l'hospitalisation d'un patient dans un établissement public de santé, d'un objet dont la nature justifiait la détention par l'intéressé durant son séjour dans l'établissement et dont il est manifeste que la conservation par devers lui ne pouvait être refusée que pour des motifs médicaux, la responsabilité de l'établissement n'est pas, en principe, engagée de plein droit. Lorsque l'administration de l'établissement ne satisfait pas à son obligation d'inviter le patient à procéder au dépôt de ses biens en lui donnant toutes les informations utiles et ne le met pas, ainsi, à même de pouvoir se prévaloir de ce que l'établissement avait la qualité de dépositaire de ces biens, elle commet une faute de nature à engager la responsabilité de l'établissement.

10. Enfin, aux termes de l'article R. 621-1 du code de justice administrative : " La juridiction peut, soit d'office, soit sur la demande des parties ou de l'une d'elles, ordonner, avant dire droit, qu'il soit procédé à une expertise sur les points déterminés par sa décision () ". Une telle expertise n'est ordonnée, le cas échéant, que si le tribunal s'estime insuffisamment éclairé pour se prononcer sur les conclusions dont il est saisi. Il appartient ainsi au juge, saisi d'une demande d'expertise, d'apprécier son utilité au vu des pièces du dossier, notamment, le cas échéant, des rapports des expertises prescrites antérieurement s'ils existent, et au regard des motifs de droit et de fait qui justifient, selon le demandeur, la mesure sollicitée.

11. Il n'est pas contesté que les prothèses dentaires de M. F ont disparu au cours de son hospitalisation au sein du centre hospitalier universitaire d'Angers au mois d'août 2016. Toutefois, en l'absence d'éléments concernant l'état de santé de l'intéressé au moment de son admission au sein de l'établissement de santé, l'information qui lui a été délivrée concernant les formalités de dépôt de ses affaires personnelles ainsi que les conditions dans lesquelles il a été hospitalisé, le tribunal ne peut statuer de manière suffisamment éclairée, ni sur les circonstances dans lesquelles le père des requérants a pu garder auprès de lui ses prothèses dentaires ni sur l'existence d'éventuels manquements de la part du centre hospitalier universitaire d'Angers ayant pu aboutir à la disparition de ces prothèses. Il en résulte qu'il y a lieu d'ordonner, avant dire droit, une expertise médicale aux fins précisées ci-après.

En ce qui concerne la prise en charge de M. B F à l'occasion de l'intervention chirurgicale du 2 août 2016 :

12. Aux termes de l'article L. 1111-2 du code de la santé publique : " Toute personne a le droit d'être informée sur son état de santé. Cette information porte sur les différentes investigations, traitements ou actions de prévention qui sont proposés, leur utilité, leur urgence éventuelle, leurs conséquences, les risques fréquents ou graves normalement prévisibles qu'ils comportent ainsi que sur les autres solutions possibles et sur les conséquences prévisibles en cas de refus. () Cette information est délivrée au cours d'un entretien individuel. () En cas de litige, il appartient au professionnel ou à l'établissement de santé d'apporter la preuve que l'information a été délivrée à l'intéressé dans les conditions prévues au présent article. Cette preuve peut être apportée par tout moyen ". Toute personne a le droit de recevoir les traitements et les soins les plus appropriés à son état de santé sous réserve de son consentement libre et éclairé. La preuve du recueil du consentement du patient incombe à l'établissement hospitalier.

13. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. -Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. Les établissements, services et organismes susmentionnés sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère. / II. - Lorsque la responsabilité d'un professionnel, d'un établissement, service ou organisme mentionné au I ou d'un producteur de produits n'est pas engagée, un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ouvre droit à la réparation des préjudices du patient, et, en cas de décès, de ses ayants droit au titre de la solidarité nationale, lorsqu'ils sont directement imputables à des actes de prévention, de diagnostic ou de soins et qu'ils ont eu pour le patient des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci et présentent un caractère de gravité, fixé par décret, apprécié au regard de la perte de capacités fonctionnelles et des conséquences sur la vie privée et professionnelle mesurées en tenant notamment compte du taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique, de la durée de l'arrêt temporaire des activités professionnelles ou de celle du déficit fonctionnel temporaire. () ".

14. Il n'est pas contesté que, le 2 août 2016, M. B F a subi, au sein du centre hospitalier universitaire d'Angers, une intervention chirurgicale ayant consisté en une endartériectomie carotidienne, ni qu'il aurait, soit au cours de l'opération soit au décours de celle-ci dans la sixième heure de son suivi post opératoire, présenté une complication neurologique ayant nécessité une reprise chirurgicale ayant pris la forme d'un pontage carotidien. Il s'en suit que l'intervention chirurgicale subie par M. F le 2 août 2016 s'est traduite par des complications pour l'intéressé. Toutefois, aucun compte-rendu d'expertise contradictoire et détaillé n'ayant été produit par les parties, le tribunal ne peut statuer de manière suffisamment éclairée, ni sur l'existence d'éventuels manquements de la part du centre hospitalier universitaire d'Angers dans la réalisation des différentes interventions subies par le père des requérants, ni sur leur caractère fautif ou non fautif, ni sur le lien de causalité éventuel entre ces éventuels manquements et les différents préjudices subis par M. F ni, enfin, sur l'information apportée au patient avant la réalisation de ces différentes interventions.

15. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'ordonner, avant dire droit, une expertise médicale aux fins précisées ci-après.

DECIDE :

Article 1er : Il sera, avant de statuer sur la requête de Mme A F et de M. D F, procédé, par un expert spécialisé en chirurgie thoracique et vasculaire désigné par le président du tribunal administratif, à une expertise avec mission pour l'expert de :

1°) se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé et au dossier médical de M. B F au moment des faits litigieux, se rapportant notamment à sa prise en charge au sein du centre hospitalier universitaire d'Angers au cours et au décours de l'intervention chirurgicale du 2 août 2016 et à la disparition de ses prothèses dentaires ; convoquer et entendre les parties et tous sachants ; procéder à l'examen sur pièces des dossiers médicaux de M. F ;

2°) décrire l'état de santé de M. F avant son hospitalisation, en précisant notamment s'il était en mesure d'être informé de la possibilité de mettre en dépôt ses objets personnels et s'il avait subi un accident ischémique transitoire avant l'intervention du 2 août 2016 citée au point 1°), ainsi que les conditions dans lesquelles il a été pris en charge et soigné au sein du centre hospitalier universitaire d'Angers à l'occasion de cette hospitalisation ; donner son avis sur la manière dont se sont déroulées l'intervention du 2 août 2016 ainsi que celle de reprise chirurgicale ayant consisté en la réalisation d'un pontage carotidien, sur le diagnostic posé par l'équipe en charge de l'intéressé, sur la prise en compte par cette dernière du dossier médical de M. F et de ses antécédents médicaux, sur le choix des interventions réalisées (permettant notamment de savoir si ces interventions étaient légitimes ou non) et sur la manière dont elles ont été réalisées (permettant notamment de savoir si la chirurgienne l'ayant opéré avait l'expérience requise pour opérer seule) ;

3°) réunir tous les éléments devant permettre de déterminer si des manquements ont été commis au moment du diagnostic et de la réalisation des interventions précitées ainsi que dans le suivi postopératoire ; indiquer en particulier si les diagnostics établis et les traitements, interventions et soins prodigués ainsi que leur suivi ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science, et s'ils étaient adaptés à l'état de M. F et aux symptômes qu'il présentait ;

4°) réunir tous les éléments devant permettre de déterminer si des manquements ont été commis par le CHU d'Angers et ont pu entraîner la disparition des prothèses dentaires de M. F ;

5°) réunir tous les éléments devant permettre de déterminer si les séquelles dont a souffert M. F à la suite de cette hospitalisation au sein du CHU d'Angers sont en lien avec les manquements éventuellement retenus à l'encontre de l'établissement de santé, notamment l'accident vasculaire cérébral qui se serait produit au cours de l'année 2019 et qui aurait entraîné son décès le 4 juin 2019 ; se prononcer sur l'existence ou l'absence d'un tel lien de causalité ;

6°) dire si l'on est en présence de conséquences anormales à la suite de l'intervention du 2 août 2016 et, le cas échéant, si celles-ci étaient, au regard de l'état de la personne comme de l'évolution de cet état, probables, attendues ou encore redoutées ; indiquer quel est le pourcentage de risque que de telles séquelles apparaissent à la suite de la réalisation de l'intervention du 2 août 2016 en l'absence de tout manquement de la part du CHU d'Angers, d'un point de vue général et dans le cas précis de M. F ; indiquer notamment si d'autres pathologies ou facteurs liés à l'état de santé de M. F ont pu expliquer l'apparition de ces complications et séquelles et dans quelle mesure ; déterminer les conséquences probables de la pathologie initiale présentée par M. F en l'absence d'intervention ;

7°) donner son avis sur le point de savoir si le ou les manquements éventuellement constaté(s) ont fait perdre à M. F une chance de voir son état de santé s'améliorer ou d'éviter de le voir se dégrader ; dans cette hypothèse, quantifier l'éventuelle perte de chance (pourcentage) ;

8°) dire si le dossier médical et les informations recueillies permettent de savoir s'il a été procédé de façon complète à l'information de M. F, c'est-à-dire s'il a été informé, avant chacune des interventions chirurgicales litigieuses, de l'ensemble des risques fréquents et des risques graves, même rares, normalement prévisibles, qu'il encourait en donnant son consentement à l'acte en cause ; dans la négative, préciser si M. F a subi une perte de chance, exprimée en pourcentage, de se soustraire au risque en refusant l'acte de soins s'il en avait connu tous les dangers ;

9°) décrire la nature et l'étendue des séquelles gardées par M. F avant son décès en distinguant celles éventuellement liées à sa pathologie initiale et celles éventuellement liées aux manquements éventuellement retenus à l'encontre du CHU d'Angers, à un accident médical non fautif ou à une infection nosocomiale et évaluer le déficit fonctionnel temporaire et permanent en distinguant la part due à la pathologie initiale, de celle imputable, le cas échéant, à un manquement du centre hospitalier, à un accident médical non fautif ou à une infection nosocomiale ;

10°) dégager, en les spécifiant, les éléments propres à justifier une indemnisation au titre de la douleur et du préjudice esthétique (temporaire et/ou permanent), en les qualifiant selon l'échelle : très léger, léger, modéré, moyen, assez important, important ou très important ; distinguer, ce faisant, les préjudices éventuellement liés à la pathologie initiale, de ceux imputables, le cas échéant, à un manquement du centre hospitalier, à un accident médical non fautif ou à une infection nosocomiale ;

11°) se prononcer sur l'existence d'un préjudice d'agrément ; le cas échéant, évaluer son importance ; distinguer, ce faisant, le préjudice éventuellement lié à la pathologie initiale, de celui imputable, le cas échéant, à un manquement du centre hospitalier, à un accident médical non fautif ou à une infection nosocomiale ;

12°) se prononcer, le cas échéant, sur la nécessité d'avoir eu recours à une tierce personne, la qualification requise et la durée de l'intervention ; distinguer, ce faisant, les préjudices éventuellement liés à la pathologie initiale, de ceux imputables, le cas échéant, à un manquement du centre hospitalier, à un accident médical non fautif ou à une infection nosocomiale ;

13°) se prononcer sur la nécessité de soins médicaux, paramédicaux, d'appareillage ou de prothèse, après consolidation et avant le décès de M. F, qui auraient été destinés à éviter une aggravation de l'état séquellaire ; justifier l'imputabilité des soins aux complications en cause ; distinguer, ce faisant, les préjudices éventuellement liés à la pathologie initiale, de ceux imputables, le cas échéant, à un manquement du centre hospitalier, à un accident médical non fautif ou à une infection nosocomiale ;

14°) de manière générale, donner toute information utile à la solution du litige.

Article 2 : L'expert, pour l'accomplissement de sa mission, pourra entendre tout responsable et membre du personnel du service hospitalier ayant prescrit ou donné des soins à l'intéressé.

Article 3 : L'expert accomplira la mission définie à l'article 1er dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il pourra, au besoin, se faire assister par un sapiteur préalablement désigné par le juge des référés.

Article 4 : L'expert avertira les parties conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.

Article 5 : L'expert déposera au greffe un exemplaire papier et un exemplaire par voie dématérialisée avant le 30 juin 2024, accompagnés de l'état de ses vacations, frais et débours. Il en notifiera copie aux personnes intéressées, notification qui pourra s'opérer sous forme électronique avec l'accord desdites parties, à laquelle il joindra copie de l'état de ses vacations, frais et débours.

Article 6 : Les frais et honoraires dus à l'expert seront taxés ultérieurement par le président du tribunal conformément aux dispositions de l'article R. 621-13 du code de justice administrative.

Article 7 : Tous droits et moyens des parties, sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement, sont réservés jusqu'en fin d'instance.

Article 8 : Le présent jugement sera notifié à Mme A F, à M. D F, au centre hospitalier universitaire d'Angers, à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Artois, à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales et à la mutualité sociale agricole de Maine-et-Loire.

Délibéré après l'audience du 14 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Béria-Guillaumie, présidente,

M. Hannoyer, premier conseiller,

Mme Baufumé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 janvier 2024.

La rapporteure,

A. BAUFUME La présidente,

M. BERIA-GUILLAUMIE

La greffière,

Y. BOUBEKEUR

La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de la prévention

en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis

en ce qui concerne les voies de droit commun

contre les parties privées, de pourvoir

à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

1

N°2002780

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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