vendredi 8 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2002785 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | NERAUDAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 5 mars 2020, M. E A, représenté par Me Neraudau, demande au tribunal:
1°) d'annuler la décision du 23 juillet 2019 par laquelle le directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi des Pays de la Loire a rejeté sa demande d'autorisation de travail au titre d'un changement de statut de son droit au séjour ;
2°) d'enjoindre au directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi des Pays de la Loire de procéder au réexamen de sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 700 euros qui devra être versée à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 34 et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, moyennant la renonciation dudit avocat à percevoir la contribution versée par l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- il n'est pas établi que la décision ait été signée par une autorité compétente ;
- la décision n'est pas suffisamment motivée ;
-elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur de droit, en ce qu'à la date de la décision attaquée, il était titulaire d'un titre de séjour et non d'un récépissé de demande de titre de séjour, de sorte que le motif tiré du défaut de détention d'un titre de séjour opposé à son changement de statut ne pouvait lui être légalement opposé ;
-elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle, notamment en ce qui concerne le bien-fondé de la liste de non-opposabilité à l'emploi visée par l'arrêté du 18 janvier 2008 ainsi que la nature du contrat de travail qui lui est proposé ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 avril 2021, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- il y a lieu de neutraliser le motif, manquant en fait comme le soutient le requérant, selon lequel il n'était pas titulaire d'un titre de séjour à la date de la décision attaquée, les deux autres motifs de la décision attaquée pouvant fonder à eux seuls cette dernière ;
- les autres moyens invoqués ne sont pas fondés.
M. A a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 septembre 2020.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et son décret d'application n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- l'arrêté interministériel du 18 janvier 2008 relatif à la délivrance, sans opposition de la situation de l'emploi, des autorisations de travail aux étrangers non ressortissants d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Livenais, président rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. E A, ressortissant guinéen né le 2 février 1990, déclare être entré irrégulièrement en France le 15 décembre 2014. Sa demande de reconnaissance du statut de réfugié a été rejetée par une décision du 23 décembre 2015 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmée par une décision du 19 septembre 2016 de la Cour nationale du droit d'asile. Il a, par la suite, sollicité du préfet de la Loire-Atlantique la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade. Par un arrêté du 2 novembre 2016, le préfet a refusé de faire droit à sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office. Par une décision du 24 mai 2017, le Tribunal a annulé cette décision et a enjoint au préfet de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Le requérant a ainsi bénéficié d'un titre de séjour valable jusqu'au 5 juin 2018. Il a, par la suite, sollicité du préfet de la Loire-Atlantique le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement des dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 24 mai 2019, le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de faire droit à sa demande de renouvellement de titre de séjour en qualité d'étranger malade et proposé à l'intéressé de procéder à un changement de statut en réexaminant sa situation sur le fondement des dispositions du 1° de l'article L. 313-10 en vue de la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié ". Cependant, par une décision du 23 juillet 2019, le directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi des Pays de la Loire a refusé de délivrer à M. A une autorisation de travail dans le cadre d'un tel changement de statut au regard du droit au séjour. M. A demande au tribunal d'annuler cette décision.
Sur la légalité de la décision attaquée :
2. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par M. C, directeur régional adjoint de la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi des Pays de la Loire. Il ressort des pièces du dossier que le préfet de la Loire-Atlantique a, par un arrêté du 29 novembre 2018, régulièrement publié même au recueil des actes administratifs de la préfecture du département, donné délégation à M. F D, directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi des Pays de la Loire, à l'effet de signer, dans le cadre des attributions dévolues à la partie de son service placée sous l'autorité du préfet de la Loire-Atlantique, toutes correspondances administratives et décisions à l'exception d'actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions relatives aux autorisations de travail aux ressortissants étrangers. M. D a, par un arrêté du 22 mai 2019, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Loire-Atlantique du 24 mai 2019, subdélégué cette compétence à son adjoint, M. B, directeur du travail, responsable de l'unité départementale de la Loire-Atlantique de la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi et, en cas d'empêchement de celui-ci, à M. C. Il n'est pas soutenu que M. B n'aurait pas été absent ou empêché. Par suite le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée manque en fait.
3. En deuxième lieu, M. A ne peut utilement se prévaloir des dispositions de la loi du 11 juillet 1979 relative à la motivation des actes administratifs et à l'amélioration des relations entre l'administration et le public, qui ont été abrogées à compter du 1er janvier 2016. En tout état de cause, la décision attaquée, prise au visa, notamment, des articles R. 5221-3, R. 5221-6, R. 5221-20, R. 5221-21 et R. 5221-23 du travail, indiqué les dispositions légales et réglementaires dont elle fait application ainsi que les motifs tirés du respect du droit du travail et de la situation de l'emploi justifiant le rejet de la demande de l'intéressé. Elle est, ainsi, suffisamment motivée.
4. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 5221-2 du code du travail : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : () / 2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail ". L'article R. 5221-6 du même code dispose : " Sous réserve des dispositions de l'article R. 5221-22, le contrat de travail conclu dans le cadre de dispositifs en faveur de l'emploi prévus au livre I de la cinquième partie ou dans le cadre de la formation professionnelle tout au long de la vie prévue à la sixième partie du présent code ne permet pas la délivrance de l'une des autorisations de travail mentionnées aux 2°, 4°, au deuxième alinéa du 5°, aux 8°, 9°, 13 et 14° de l'article R. 5221-3 du présent code et ne peuvent être conclus par les titulaires des documents de séjour mentionnés aux 7°, 15° et 17° de l'article R. 5221-3 du même code. ". En application de l'article R. 5221-11 en vigueur à la date de la décision attaquée, la demande d'autorisation de travail est faite par l'employeur. Aux termes de l'article R. 5221-17 du même code dans sa rédaction applicable à l'espèce : " La décision relative à la demande d'autorisation de travail mentionnée à l'article R. 5221-11 est prise par le préfet. Elle est notifiée à l'employeur ou au mandataire qui a présenté la demande, ainsi qu'à l'étranger. ". Par ailleurs, aux termes de l'article R. 5221-20 du code du travail : " Pour accorder ou refuser l'une des autorisations de travail mentionnées à l'article R. 5221-11, le préfet prend en compte les éléments d'appréciation suivants : 1° La situation de l'emploi dans la profession et dans la zone géographique pour lesquelles la demande est formulée, compte tenu des spécificités requises pour le poste de travail considéré, et les recherches déjà accomplies par l'employeur auprès des organismes concourant au service public de l'emploi pour recruter un candidat déjà présent sur le marché du travail ; / () ". Enfin, aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 18 janvier 2008 susvisé : " La situation de l'emploi ou l'absence de recherche préalable de candidats déjà présents sur le marché du travail n'est pas opposable à une demande d'autorisation de travail présentée pour un étranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse souhaitant exercer une activité professionnelle dans un métier et une zone géographique caractérisés par des difficultés de recrutement et figurant sur la liste annexée au présent arrêté. ".
5. Pour rejeter la demande d'autorisation de travail en cause, l'administration s'est fondée sur le triple motif tiré de ce que l'intéressé était titulaire d'un simple récépissé de demande de titre de séjour à la date de la décision attaquée, que la demande d'autorisation de travail introduite par son employeur concernait un emploi de coffreur-brancheur ne figurant pas sur la liste annexée à l'arrêté du 18 janvier 2008 et que le contrat proposé par la société Siti Intérim à M. A, en l'espèce un contrat à durée déterminée d'insertion, n'était pas au nombre de ceux permettant la délivrance d'une autorisation de travail.
6. Il est constant que le premier des trois motifs rappelés au point précédent est entaché d'erreur de fait comme l'admet d'ailleurs le préfet de la Loire-Atlantique dans son mémoire en défense, M. A étant toujours détenteur d'un titre de séjour en cours de validité à la date de la décision attaquée.
7. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, d'une part que l'emploi de coffreur-brancheur auquel était destiné M. A par la société ayant introduit à son profit la demande d'autorisation de travail en cause ne figurait pas au nombre des métiers pour lesquels, en ce qui concerne la région pays de la Loire, la situation de l'emploi n'était pas opposable à une demande d'autorisation de travail aux termes de l'annexe de l'arrêté du 18 janvier 2008 susvisée. M. A, en se référant à divers articles de la presse quotidienne régionale relatifs à la situation de l'emploi de la Loire-Atlantique, n'établit pas qu'ainsi qu'il l'affirme, la liste des métiers ouverts aux étrangers non ressortissants d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse en Pays de la Loire aurait été frappée d'obsolescence et qu'il y aurait eu lieu, pour ce motif, d'y déroger en ce qui concerne l'emploi auquel il postulait. D'autre part, il ressort également des pièces du dossier que la société Siti Intérim est une entreprise de travail temporaire d'insertion, qui est au nombre des dispositifs participant à la politique de l'emploi prévus, en l'espèce, au titre III du Livre 1er de la cinquième partie de la partie réglementaire du code du travail. Dans ces conditions, conformément aux articles R. 5221-6 et du 8° de l'article R. 5221-3 du code du travail, le contrat de travail de M. A dans le cadre d'un dispositif en faveur de l'emploi ne permet pas la délivrance d'une autorisation de travail permettant l'octroi d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", le requérant ne pouvant utilement se prévaloir des termes d'un contrat de travail postérieur à la décision attaquée et conclu avec une autre entreprise que celle ayant déposé la demande d'autorisation de travail dont la délivrance a été refusée par la décision litigieuse. Il ressort enfin des pièces du dossier que l'administration aurait pris la même décision à l'encontre de M. A si elle s'était fondée sur ces deux derniers motifs. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'erreur de droit ou d'erreur manifeste d'appréciation.
8. il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. A ne peuvent qu'être rejetées, ainsi par voie de conséquence que ses conclusions aux fins d'injonction et sa demande présentée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E A, à Me Neraudau et au préfet de la Loire-Atlantique.
Délibéré après l'audience du 3 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Livenais, président,
Mme Rosemberg, première conseillère,
M. Huin, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2022.
Le président-rapporteur,
Y. LIVENAIS
L'assesseure la plus ancienne
dans l'ordre du tableau,
V. ROSEMBERG
Le greffier,
Y. LECLERC
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique
en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis
en ce qui concerne les voies de droit commun
contre les parties privées, de pourvoir
à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
lt
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026