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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2003092

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2003092

jeudi 13 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2003092
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation12eme chambre
Avocat requérantOUERGHI-NEIFAR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 13 mars 2020, et 14 septembre 2022,

M. E D, représentée par Me Ouerghi-Neifar, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 janvier 2020 par lequel le maire de Saint-Nazaire a prononcé sa révocation ;

2°) d'enjoindre au maire de Saint-Nazaire, sous astreinte, de le réintégrer ;

3°) de condamner la commune de Saint-Nazaire à lui verser, en réparation des préjudices résultant, d'une part, de l'illégalité dont serait entaché l'arrêté attaqué et, d'autre part, du harcèlement moral dont il estime avoir fait l'objet, la somme globale de 28 603 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 2 janvier 2020 et de la capitalisation de ces intérêts ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Nazaire le versement d'une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- la matérialité des faits qui lui sont reprochés n'est pas établie ;

- la sanction de révocation est disproportionnée ;

- l'illégalité de la sanction litigieuse et le harcèlement moral dont il estime avoir été victime constituent des fautes de nature à engager la responsabilité de la commune de Saint-Nazaire, dont ont résulté des préjudices qu'il évalue à la somme globale de 28 603 euros.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 7 avril 2021 et 12 décembre 2023, la commune de Saint-Nazaire, représentée par Me Bernot, conclut au rejet de la requête et, en outre, à ce que M. D lui verse une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Cordrie,

- les conclusions de Mme Malingue, rapporteure publique,

- les observations de Me Ouerghi-Neifar, représentant M. D, et celles de

Me William, substituant Me Bernot, représentant la commune de Saint-Nazaire.

Considérant ce qui suit :

1. M. D,adjoint technique territorial recruté par la commune de Saint-Nazaire, a exercé, à compter de 2017, les fonctions de receveur placier au sein de l'unité des halles et marchés de la commune. A la suite d'un incident survenu le 29 septembre entre M. D et son collègue, M. C, alors que tous deux se trouvaient en service sur le marché de Saint-Nazaire, une procédure disciplinaire a été engagée à son encontre. Par courrier du 8 novembre 2019, il a été convoqué devant le conseil de discipline. Celui-ci, réuni le 6 décembre 2019, a préconisé une sanction d'exclusion temporaire de deux ans. Par un arrêté du 2 janvier 2020, dont M. D demande l'annulation, le maire de Saint-Nazaire a prononcé sa révocation. Par un courrier du

25 mars 2020, M. D a demandé à la commune de l'indemniser des préjudices résultant de l'illégalité dont serait entachée la sanction et du harcèlement moral dans le cadre duquel elle s'inscrirait.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué énonce avec une précision suffisante les dispositions sur lesquelles il est fondé, et détaille les manquements reprochés à M. D. Il satisfait dès lors aux obligations mises à la charge de l'administration par l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En second lieu, aux termes de l'article 29 de la loi du 13 juillet 1983, en vigueur à la date à laquelle l'arrêté attaqué a été pris : " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire () ". Et aux termes de l'article 89 de la loi 26 janvier 1984 : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes : / Premier groupe : / l'avertissement ; / le blâme ; / l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée maximale de trois jours ; / Deuxième groupe : / la radiation du tableau d'avancement ; / l'abaissement d'échelon à l'échelon immédiatement inférieur à celui détenu par l'agent ; / l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de quatre à quinze jours ; / Troisième groupe : / la rétrogradation au grade immédiatement inférieur et à un échelon correspondant à un indice égal ou immédiatement inférieur à celui détenu par l'agent ; / l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de seize jours à deux ans ; / Quatrième groupe : / la mise à la retraite d'office ; la révocation. / () ".

4. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

5. Pour prononcer la sanction de révocation à l'encontre de M. D, le maire de Saint-Nazaire s'est fondé sur les circonstances qu'il aurait tenu des propos insultants, menaçants et diffamants à l'égard de l'un de ses collègues et aurait fait preuve de favoritisme à l'égard de certains commerçants en s'abstenant délibérément d'encaisser leurs droits de place et en biaisant en leur faveur le tirage au sort de l'attribution des places sur les marchés.

En ce qui concerne la matérialité des faits :

6. Il ressort du rapport établi le 10 octobre 2019 par le responsable hiérarchique de

M. D, M. B, sur le fondement des déclarations concordantes des agents de l'unité des halles et marchés de la commune de Saint-Nazaire, que le 29 septembre 2019 en début de matinée, alors que le requérant venait de commencer son service sur le marché de Saint-Nazaire avec un collègue, M. C, un différend est survenu entre les deux agents à propos, notamment, du tirage au sort d'une place attribuée à l'un des commerçants et de la disposition des véhicules stationnés sur le marché arrêtée par M. D. A la suite de ce différend, ce dernier a, tout au long de la matinée, régulièrement invectivé son collègue en lui tenant des propos agressifs et menaçants, tels que : " tu vas tomber en dépression et je vais t'y aider ", " suicide-toi ", " je sais plein de choses sur toi, cela va se savoir ". Il a par ailleurs tenu des propos diffamatoires concernant M. C devant des commerçants en le qualifiant de raciste et en l'accusant de faire preuve de discrimination dans le contrôle des documents des commerçants. Ces éléments précis et circonstanciés, relatés par M. C dans son témoignage consigné dans le rapport de M. B, son corroborés par les déclarations de M. A, également agent de l'unité des halles et marchés, qui a passé une partie de la journée du 29 septembre 2019 au marché de Saint-Nazaire après l'appel à l'aide que M. C lui a adressé au vu du comportement agressif de M. D. La matérialité de ces faits ne saurait être remise en cause par les attestations produites par le requérant, qui présentent un caractère général et sont dépourvues de lien avec les faits en cause. Dès lors, le comportement de M. D à l'égard de son collègue le 29 septembre 2019 doit être tenu pour établi et constitue un manquement disciplinaire de nature à justifier le prononcé d'une sanction.

7. Il ressort par ailleurs du courriel adressé le 8 octobre 2019 par le responsable de l'unité des halles et jardins à sa hiérarchie, annexé au rapport du 10 octobre 2019, que ce dernier, alerté par M. A sur la circonstance que M. D a, le 4 octobre 2019, délibérément omis d'encaisser le droit de place d'une commerçante, a procédé à une vérification sur le logiciel métier et effectivement constaté un manquement. Cette circonstance doit ainsi être regardée comme établie, et constitue un manquement aux obligations de probité et de neutralité. En revanche, en l'absence de pièces permettant de l'étayer, il ne saurait être tenu pour établi que M. D aurait commis ce manquement de manière répétée.

8. Enfin, s'agissant du grief tiré du favoritisme à l'égard de certains commerçants dans l'attribution des places de marché, le rapport du 10 octobre 2019 ne fait état que de suspicions non étayées ou de propos rapportés par des commerçants, de sorte que ce grief ne pouvait légalement fonder la sanction litigieuse.

En ce qui concerne la proportionnalité de la sanction :

9. Si M. D soutient que la sanction de révocation présente un caractère disproportionné dès lors qu'aucune sanction antérieure ne figurait dans son dossier et que le conseil de discipline n'avait préconisé qu'une sanction du troisième groupe, les agressions verbales relevées à l'égard de son collègue ont été d'une particulière violence. Par ailleurs, les accusations de racisme et de discrimination qu'il a proférées à son encontre devant des commerçants, ont été de nature à porter une atteinte grave à l'image des services municipaux et à jeter le discrédit sur ceux-ci. Il en va de même du défaut intentionnel d'encaissement du droit de place d'une commerçante, qui constitue un manquement grave à la probité et la neutralité. L'ensemble de ces éléments était de nature à entrainer la rupture définitive du lien de confiance entre la commune et son agent. Par suite, le maire de Saint-Nazaire n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en prononçant la sanction de révocation à l'encontre de M. D.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par

M. D doivent être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

11. En premier lieu, le présent jugement confirmant la légalité de la sanction de révocation infligée à M. D, celui-ci n'est pas fondé à invoquer l'illégalité fautive de cette sanction.

12. En second lieu, aux termes de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, applicable au litige : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel () ".

13. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

14. M. D, en se bornant à affirmer sans l'étayer qu'il a fait l'objet d'une machination de la part de ses collègues, n'apporte aucun élément susceptible de laisser présumer qu'il aurait été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral au sens des dispositions précitées de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983. Dès lors, il n'est pas fondé à soutenir que la responsabilité de la commune de Saint-Nazaire serait engagée à ce titre.

15. Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires présentées par

M. D doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Saint-Nazaire, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. D demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

17. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de

M. D le versement de la somme demandée par la commune de Saint-Nazaire au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Saint-Nazaire sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E D et à la commune de

Saint-Nazaire.

Délibéré après l'audience du 23 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Gourmelon, présidente,

Mme Milin, première conseillère,

M. Cordrie, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2024.

Le rapporteur,

A. CORDRIE

La présidente,

V. GOURMELONLa greffière,

S. LEGEAY

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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