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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2003232

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2003232

mardi 30 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2003232
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSELARL CARADEUX CONSULTANT

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête et un mémoire, enregistrés sous le n° 2003232, le 13 mars 2020 et le 2 décembre 2022, M. et Mme E D ainsi que M. et Mme C B, représentés par Me Tertrais, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 janvier 2020 par lequel le maire de la commune de La Roche-sur-Yon a délivré à M. A F un permis de construire une maison individuelle sur la parcelle cadastrée 191 BX n°172 ;

2°) de mettre à la charge de la commune de La Roche-sur-Yon une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- le dossier de permis de construire est incomplet en méconnaissance des articles L. 431-2, R. 431-8 et R. 431-10 du code de l'urbanisme ;

- l'arrêté attaqué porte atteinte aux espaces communs du lotissement " Les Vergers du Bourg " et méconnaît les articles L. 442-10 et L. 442-11 du code de l'urbanisme ;

- il méconnaît l'article UB 3 du règlement du plan local d'urbanisme et l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ;

- il méconnaît l'article UB 12 du règlement du plan local d'urbanisme.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 octobre 2021, la commune de La Roche-sur-Yon, représentée par Me Caradeux, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge des requérants.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable en l'absence de notification au titre de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme ;

- les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés.

Par un mémoire enregistré le 24 novembre 2020, M. A F conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

II. Par une requête et des mémoires, enregistrés sous le n° 2105303, le 11 mai 2021, le 2 décembre 2022 et le 25 avril 2023, M. et Mme E D ainsi que M. et Mme C B, représentés par Me Tertrais, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 novembre 2020 par lequel le maire de la commune de La Roche-sur-Yon a délivré à M. A F un permis de construire modificatif du permis de construire du 14 janvier 2020 une maison individuelle sur la parcelle cadastrée 191 BX n°172 située 3 impasse Fernand Guillet, ensemble la décision de rejet de leur recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de La Roche-sur-Yon une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- le dossier de permis de construire modificatif ne permet pas d'apprécier les modifications apportées au projet ;

- le dossier de permis de construire modificatif est entaché de fraude ;

- l'arrêté attaqué méconnaît l'article UB 3 du règlement du plan local d'urbanisme et l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ;

- il porte atteinte aux espaces communs du lotissement " Les Vergers du Bourg " et méconnaît les articles L. 442-10 et L. 442-11 du code de l'urbanisme.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 5 janvier 2022 et le 27 mars 2023, la commune de La Roche-sur-Yon, représentée par Me Caradeux, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge des requérants.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable en l'absence de notification au titre de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme ;

- les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Thomas, première conseillère,

- les conclusions de M. Sarda, rapporteur public,

- les observations de Me Gobé, substituant Me Tertrais, avocat des requérants,

- les observations de Me Noury, substituant Me Caradeux, avocat de la commune de La Roche-sur-Yon ;

- les observations de M. F.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 14 janvier 2020, le maire de La Roche-sur-Yon a délivré à M. F un permis de construire une maison d'habitation sur la parcelle cadastrée 191 BX n°172, classée en zone UB par le règlement du plan local d'urbanisme de la commune. Par un arrêté du 18 novembre 2020, le maire de La Roche-sur-Yon a délivré à M. F un permis de construire modificatif. Les requérants demandent au tribunal d'annuler l'arrêté du 14 janvier 2020 modifié par l'arrêté du 18 novembre 2020 portant permis de construire modificatif, ainsi que la décision implicite portant rejet de leur recours gracieux.

Sur la jonction :

2. Les requêtes enregistrées sous les numéros 2003232 et 2105303 présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un même jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la complétude des dossiers de demandes de permis de construire et de permis de construire modificatif :

3. Aux termes de l'article R. 431-4 du code de l'urbanisme : " La demande de permis de construire comprend : / a) Les informations mentionnées aux articles R. 31-5 à R. 431-12 ; / b) Les pièces complémentaires mentionnées aux articles R. 431-13 à R. 431-33-1 ; / c) Les informations prévues aux articles R. 431-34 et R. 431-34-1. / Pour l'application des articles R. 423-19 à R. 423-22, le dossier est réputé complet lorsqu'il comprend les informations mentionnées au a et au b ci-dessus. / Aucune autre information ou pièce ne peut être exigée par l'autorité compétente ". Aux termes de l'article R. 431-8 du même code: " Le projet architectural comprend une notice précisant : / 1° L'état initial du terrain et de ses abords indiquant, s'il y a lieu, les constructions, la végétation et les éléments paysagers existants ; / 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet : / a) L'aménagement du terrain, en indiquant ce qui est modifié ou supprimé ; / b) L'implantation, l'organisation, la composition et le volume des constructions nouvelles, notamment par rapport aux constructions ou paysages avoisinants ; / c) Le traitement des constructions, clôtures, végétations ou aménagements situés en limite de terrain ; / d) Les matériaux et les couleurs des constructions ; / e) Le traitement des espaces libres, notamment les plantations à conserver ou à créer ; / f) L'organisation et l'aménagement des accès au terrain, aux constructions et aux aires de stationnement ". Aux termes de l'article R. 431-10 de ce code : " Le projet architectural comprend également : / a) Le plan des façades et des toitures ; lorsque le projet a pour effet de modifier les façades ou les toitures d'un bâtiment existant, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur ; / () / c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ; / d) Deux documents photographiques permettant de situer le terrain respectivement dans l'environnement proche et, sauf si le demandeur justifie qu'aucune photographie de loin n'est possible, dans le paysage lointain. Les points et les angles des prises de vue sont reportés sur le plan de situation et le plan de masse ". La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

4. D'une part, il ressort des pièces du dossier qu'une notice descriptive était jointe au dossier de demande de permis de construire, décrivant de façon suffisante l'état initial du terrain, les conditions de desserte et d'accès du projet, ainsi que leur aménagement. En particulier, le dernier état du projet tel qu'autorisé par le permis de construire modificatif du 18 novembre 2020 mentionne que seul un accès piétonnier devra être réalisé au fond de l'impasse Fernand Guillet et il ressort des plans fournis que l'accès des véhicules devra se faire par le chemin Armand Thouzeau situé au sud-ouest du terrain d'assiette. Dans ces conditions, la circonstance que le dossier de permis de construire mentionne que la numérotation du projet et la domiciliation postale du requérant reste le 3 impasse Fernand Guillet ne suffit pas à créer une confusion quant à la nature et aux conditions de l'accès au projet par cette impasse. En outre, les photographies et les documents graphiques produits permettent d'apprécier de façon suffisamment complète l'insertion du projet par rapport aux constructions avoisinantes. Il en résulte que l'administration a disposé des éléments utiles pour porter une appréciation en toute connaissance de cause sur le projet qui lui était soumis.

5. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que le dossier de demande de permis de construire modificatif comporte un plan de masse et une notice architecturale détaillant de façon suffisamment précise les modifications apportées au projet, tenant notamment dans l'élargissement d'une fenêtre côté Nord-Ouest, la représentation d'un capteur pour l'eau chaude sanitaire et l'indication de l'entrée piétonne de la parcelle par l'impasse Fernand Guillet. Ces documents permettent d'apprécier la nature et la portée des modifications apportées par le pétitionnaire au projet initial. Les requérants ne sont ainsi pas fondés à soutenir que le dossier de demande de permis de construire modificatif aurait été incomplet.

6. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées des articles R. 431-4, R. 431-8 et R. 431-9 du code de l'urbanisme doit être écarté en toutes ses branches.

En ce qui concerne la fraude :

7. Si les requérants soutiennent que le dossier de demande de permis de construire modificatif serait insincère en ce qu'il dissimulerait l'accès à un garage par l'impasse Fernand Guillet, les pièces du dossier, au regard notamment de l'exécution de travaux tenant à la réalisation d'une seule porte-fenêtre et d'un portillon au fond de cette impasse et alors que le projet dans son dernier état autorisé par le permis de construire modificatif ne comporte au fond de cette impasse qu'une entrée piétonne, ne révèlent pas l'existence d'une telle fraude. Si les requérants se prévalent de la numérotation de l'adresse du projet et de la domiciliation du pétitionnaire ainsi que la pose d'un interphone et d'une boite aux lettres au fond de cette impasse, ces seuls éléments relatifs au numérotage des voies en application des pouvoirs de police générale du maire sur le fondement de l'article L. 2213-28 du code général des collectivités territoriales, ne sont pas de nature à établir l'existence d'une manœuvre frauduleuse du pétitionnaire. En outre, l'arrêté du 18 novembre 2020 portant permis de construire modificatif est assorti d'une prescription selon laquelle " aucun accès motorisé n'est autorisé par l'impasse Fernand Guillet ", prescription à laquelle le pétitionnaire est tenu. De surcroît, compte tenu de l'accès au projet pour les véhicules motorisés par le chemin Armand Thouzeau, la numérotation de la construction et de l'adresse du requérant ont été modifiées, ainsi qu'en atteste un certificat de numérotage du 5 janvier 2021. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le permis de construire modifié aurait été délivré à la faveur d'une manœuvre frauduleuse ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré de l'atteinte aux espaces communs du lotissement et de la méconnaissance des articles L. 442-10 et L. 442-11 du code de l'urbanisme :

8. Les requérants font valoir que l'accès piéton au projet, la pose d'une boîte aux lettres et d'une porte fenêtre sur la façade sud-est de la construction ferait obstacle à l'utilisation de deux places de stationnement situées au fond de l'impasse Fernand Guillet dont l'usage serait détourné à des fins personnelles par le pétitionnaire. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que ces deux places de stationnement ont été supprimées par une décision du 20 février 2019, devenue définitive. Dans ces conditions, les requérants ne peuvent utilement soutenir que le projet dans son dernier état, tel qu'autorisé par le permis de construire modificatif du 18 novembre 2020, porterait atteinte aux espaces communs du lotissement et par suite méconnaîtrait les articles L. 442-10 et L. 442-11 du code de l'urbanisme.

En ce qui concerne les dispositions du plan local d'urbanisme :

9. En premier lieu, aux termes de l'article UB 3 du règlement du plan local d'urbanisme : " Les accès et voies doivent présenter des caractéristiques permettant de satisfaire aux exigences de la sécurité, de la défense contre l'incendie, de la protection civile ". Aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ".

10. D'une part, il ressort des pièces du dossier que l'accès au projet de M. F par les véhicules doit se faire uniquement par le chemin Armand Thouzeau. Compte tenu du nombre de nouveaux véhicules correspondant au projet, de sa largeur de 5 mètres, et de son caractère carrossable, ce chemin, dont il n'est pas démontré qu'il ne serait pas accessible par des véhicules de lutte contre l'incendie, présente des conditions de sécurité suffisantes tant pour les véhicules que pour les piétons, quand bien même il n'est pas bitumé et qu'il est dépourvu de trottoirs. Il présente, ainsi, des caractéristiques permettant de satisfaire aux exigences de la sécurité, de la défense contre l'incendie et de la protection civile. D'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'accès piéton à la construction autorisée au fond de l'impasse Fernand Guillet, où les deux places de stationnement ont été supprimées, présenterait un risque pour la situation des usagers de cette voie. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article UB3 du règlement du plan local d'urbanisme et de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme doit être écarté.

11. En second lieu, aux termes de l'article UB 12 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de La Roche-sur-Yon applicable à la zone UB au sein de laquelle a été classé le terrain d'assiette du projet : " Le stationnement des véhicules correspondant aux besoins des constructions devra être assuré en dehors des voies publiques et réalisé dans les conditions normales d'utilisation. () / Pour les voitures : / Pour les constructions à usage d'habitation, il est exigé : 1 place de stationnement minimum pour 60 m² de surface de plancher () / La quantité de places de stationnement calculée comme indiqué ci - dessus devra être arrondie au nombre supérieur () ". Cet article prévoit également que " Les aires de stationnement doivent s'intégrer dans le paysage et être accompagnées de plantations arbustives et arborées ".

12. Il ressort des pièces du dossier que le projet prévoit deux places de stationnement accessibles par le chemin Armand Thouzeau. Au regard de la configuration des lieux, ces places de stationnement pourront être utilisées dans des conditions normales d'utilisation. Il ressort des pièces du dossier de la demande de permis de construire initial que la partie sud du terrain sera " aménagé avec des arbres décoratifs complétant les arbres fruitiers conservés ". Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UB 12 du règlement du plan local d'urbanisme doit être écarté en ses deux branches.

13. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation de l'arrêté du 14 janvier 2020, modifié par l'arrêté du 18 novembre 2020.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soi mise à la charge la commune de La Roche-sur-Yon, qui n'a pas, dans la présente instance, la qualité de partie perdante, la somme que les requérants demandent au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge des requérants la somme que la commune de La Roche-sur-Yon demande à ce même titre.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. et Mme D et de M. et Mme B sont rejetées.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de La Roche-sur-Yon au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme E D, à M. et Mme C B, à la commune de La Roche-sur-Yon et à M. A F.

Délibéré après l'audience du 2 mai 2023 à laquelle siégeaient :

M. Durup de Baleine, président,

Mme Thomas, première conseillère,

Mme Milin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2023.

La rapporteure

S. THOMAS

Le président,

A. DURUP DE BALEINE La greffière,

L. LÉCUYER

La République mande et ordonne au préfet de la Vendée en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N°s 2003232 et 2105303

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