mercredi 29 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2003299 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP SOREL & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance n° 20NT00521 du 19 mars 2020 prise sur le fondement de l'article
R. 351-3 du code de justice administrative, le président de la cour administrative d'appel de Nantes a transmis au tribunal administratif de Nantes le dossier de la requête présentée par
M. C A.
Par cette requête, enregistrée le 12 février 2020, ainsi que par un mémoire, enregistré le 16 août 2021, M. A, représenté par Me Franck Silvestre, demande, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 5 août 2019 par laquelle le ministre de l'intérieur a ajourné à 2 ans sa demande d'acquisition de la nationalité française par la voie de la naturalisation, ainsi que la décision du ministre de l'intérieur du 8 novembre 2019 rejetant son recours gracieux ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui accorder la nationalité française dans un délai d'1 mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte d'un montant de 100 euros par jour de retard, à défaut, de prendre, dans ce délai et sous la même astreinte, une nouvelle décision statuant sur sa demande ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à Me Silvestre en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- la décision expresse prise par le ministre procède au retrait d'une décision implicite d'acceptation qui est intervenue en dehors de toute mise en œuvre d'une procédure contradictoire préalable ;
- les décisions attaquées sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 12 novembre 2020 et 23 août 2021, le ministre de l'intérieur demande au tribunal de rejeter les conclusions présentées par M. A.
Il soutient que :
- le vice de procédure invoqué n'est pas recevable dès lors qu'il a été soulevé après l'expiration du délai de recours contentieux ; ce moyen n'est au demeurant pas fondé ;
- l'autre moyen soulevé n'est pas fondé ;
- les circonstances, extérieures au motif de la décision attaquée, invoquées par le requérant sont sans incidence sur la légalité de cette décision.
- à titre subsidiaire, s'agissant des conclusions à fin d'injonction, il n'appartient pas au juge de substituer sa décision à celle de l'administration et le délai à l'issue duquel devra intervenir la nouvelle décision en cas d'annulation de celle en litige devra être fixé à au moins neuf mois.
L'aide juridictionnelle totale a été accordée à M. A par une décision du 19 avril 2021 de la section du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nantes en charge de l'examen des demandes relatives aux affaires portées devant le tribunal administratif.
La clôture de l'instruction est intervenue trois jours francs avant l'audience en application du premier alinéa de l'article R. 613-2 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de procédure pénale ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;
- le code de justice administrative ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.
Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 3 novembre 2023 à 14h15.
Considérant ce qui suit :
1. M. C A est un ressortissant guinéen. Il a présenté, le 16 janvier 2018, auprès des services de la préfecture du Cher, département dans lequel il est domicilié, une demande tendant à l'acquisition de la nationalité française par la voie de la naturalisation. Estimant que cette demande était recevable et qu'il y avait lieu de lui accorder la naturalisation, l'autorité préfectorale a émis une proposition en ce sens, qu'elle a transmise au ministre de l'intérieur. Toutefois, cette autorité a, par une décision du 5 août 2019, ajourné à 2 ans cette demande. L'intéressé demande au tribunal l'annulation de cette décision et de celle du 8 novembre 2019 rejetant son recours gracieux.
2. En premier lieu, en application de l'article L. 231-1 du code des relations entre le public et l'administration, le silence gardé pendant deux mois par l'administration sur une demande vaut décision d'acceptation. L'article D. 231-2 du même code précise que les procédures pour lesquelles le silence gardé sur une demande à l'issue d'un certain délai vaut décision d'acceptation sont inscrites sur une liste qui est publiée sur un site internet relevant du Premier ministre. Or, la procédure d'acquisition de la nationalité par la voie de la naturalisation ne figure pas sur cette liste. Par ailleurs, l'article 21-25 du code civil prévoit que la réponse de l'autorité publique à une demande d'acquisition de la nationalité française par naturalisation doit intervenir au plus tard dix-huit mois à compter de la date de délivrance du récépissé de dépôt du dossier de demande complet. Dès lors, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée procéderait au retrait d'une décision tacite d'acquisition de la nationalité française par la voie de la naturalisation à l'issue du délai prévu à l'article 21-25-1 du code civil, et qu'elle aurait dû ainsi être prise après la mise en œuvre de la procédure contradictoire prévue aux articles L. 122-1 et L. 122-2 du code des relations entre le public et l'administration.
3. En deuxième lieu, pour ajourner à 2 ans la demande de naturalisation présentée par
M. A, le ministre de l'intérieur a relevé qu'il avait fait l'objet le 17 juin 2013 de poursuites pénales pour des faits de faux ou usage d'un faux document administratif ayant donné lieu à un rappel à la loi le 5 novembre 2013.
4. Aux termes de l'article 21-15 du code civil : " L'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". Selon l'article 48 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 : " () Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation () sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. (). Ce délai une fois expiré (), il appartient à l'intéressé, s'il le juge opportun, de déposer une nouvelle demande. ".
5. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient au ministre de l'intérieur de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la naturalisation à la personne qui la sollicite et qu'il dispose, en cette matière, d'un large pouvoir d'appréciation. Dans le cadre de cet examen, il peut légalement prendre en compte des renseignements défavorables recueillis concernant le comportement de l'intéressé.
6. Il n'est pas contesté par le ministre de l'intérieur que l'administration était déjà informée des faits opposés par la décision attaquée, lorsqu'elle a décidé, le 5 août 2015, d'ajourner à deux ans la première demande de naturalisation présentée par M. A en se fondant uniquement sur son absence d'autonomie matérielle. Cependant, aucune disposition législative ou réglementaire, ni aucun principe général du droit, ne fait obstacle à ce que le ministre de l'intérieur puisse, à l'occasion de l'examen d'une nouvelle demande de naturalisation, motiver la décision ajournant cette demande par des faits dont elle avait connaissance au moment où elle avait pris une première décision de même nature, dès lors que ces faits sont eux-mêmes de nature à justifier l'ajournement de la nouvelle demande dont elle a ensuite été saisie.
7. Le rappel à la loi évoqué dans la décision attaquée, auquel il a été procédé par le procureur de la République, procède de la mise en œuvre des dispositions de l'article 41-1 du code de procédure pénale, dans sa rédaction alors applicable, en vertu desquelles une telle mesure est prise à l'encontre de l'auteur des faits lorsqu'elle est susceptible d'assurer la réparation du dommage causé à la victime, de mettre fin au trouble résultant de l'infraction ou de contribuer au reclassement de la personne l'ayant causé. Dans ces conditions, les faits opposés par la décision attaquée doivent être regardés comme établis, ce que ne conteste d'ailleurs pas l'intéressé, qui se borne à alléguer l'ignorance dans laquelle il s'est trouvé de l'absence de caractère authentique du permis de conduire guinéen qui était alors en sa possession. M. A allègue que l'autorité judiciaire n'a pas retenu, lorsqu'elle a procédé à un rappel à la loi, les faits d'usage de faux mais il ne produit pas la copie de la décision prise par cette autorité. Eu égard à la nature des seuls faits évoqués dans la décision attaquée qui n'ont été commis qu'environ six années avant cette décision, le ministre de l'intérieur, compte tenu du large pouvoir d'appréciation dont il dispose lorsqu'il apprécie l'intérêt d'accorder la nationalité française, pouvait, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation, ajourner à deux ans la nouvelle demande de naturalisation présentée par M. A.
8. En dernier lieu, le requérant fait valoir des éléments de sa situation, relatifs notamment à sa situation familiale, à son intégration professionnelle par l'exercice d'une activité d'agent de service au sein d'un établissement public hospitalier spécialisé en santé mentale, et à son implication pendant la période d'état d'urgence sanitaire lié à la propagation de la Covid-19. Cependant, la décision attaquée est fondée sur un motif qui permet à lui seul de légalement la justifier. En conséquence, même s'ils sont dignes d'intérêt, les éléments précités sont sans incidence sur la légalité de cette décision, notamment quant à l'absence d'erreur manifeste d'appréciation relevée au point précédent.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation des décisions des 5 août et 8 novembre 2019 ajournant à deux ans à compter du 5 août 2019 la demande de naturalisation présentée par M. A doivent être rejetées. Par voie de conséquence,
ses conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint de lui accorder la nationalité française doivent, en tout état de cause, être rejetées. Il en va de même des conclusions à fin d'injonction de procéder à un nouvel examen de sa demande de naturalisation. Doivent enfin être rejetées les conclusions qu'il présente sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
10. Le présent jugement ne fait pas obstacle à ce que M. A présente une nouvelle demande de naturalisation, le délai d'ajournement étant au demeurant expiré depuis le 5 août 2021.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, au ministre de l'intérieur et des outre-mer ainsi qu'à Me Franck Silvestre.
Délibéré après l'audience du 3 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Luc Martin, président,
M. David Labouysse, premier conseiller,
Mme Justine-Kozue Kubota, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 novembre 2023.
Le rapporteur,
D. B
Le président,
L. MARTIN
La greffière,
V. MALINGRE
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
V. MALINGRE
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026