mardi 15 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2003361 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SELARL LEXCAP RENNES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 20 mars 2020 et 25 juin 2021, M. et Mme B, représentés par Me Diversay, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite née le 29 janvier 2020 par laquelle le maire de la commune de Teillé a refusé de procéder l'abrogation du plan local d'urbanisme approuvé le 3 juillet 2018 en tant qu'il classe en zone agricole les parcelles cadastrées section ZY n°691 à 699 ;
2°) d'enjoindre au maire de la commune de saisir le conseil municipal de la demande d'abrogation du plan local d'urbanisme afin que celui-ci se prononce sur leur demande dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et ce sous astreinte 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la commune la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la décision attaquée de refus d'abrogation a été prise par une autorité incompétente ;
- le classement en zone agricole est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article R. 151-22 du code de l'urbanisme ;
- l'absence de classement des parcelles en cause en zone Uba est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 mai 2021, la commune de Teillé, représentée par Me Rouhaud, demande au tribunal :
1°) de rejeter la requête ;
2°) de mettre à la charge de M. et Mme B le versement de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code des relations entre le public et l'administration
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- les conclusions de M. Sarda, rapporteur public,
- les observations de Me Lefèvre, représentant M. et Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Par une délibération du 3 juillet 2018, le conseil municipal de Teillé a approuvé le plan local d'urbanisme (PLU) de cette commune. Ce plan classe en zone agricole le hameau de la Thuellière, où se trouvent les parcelles cadastrées section ZY n° 691 à 699 dont M. et Mme B sont propriétaires. Par une demande reçue le 29 novembre 2019, M. et Mme B ont demandé l'abrogation de ce plan local d'urbanisme en tant qu'il classe ces parcelles en zone agricole. Par la décision implicite de rejet née le 29 janvier 2020 dont M. et Mme B demandent au tribunal l'annulation, le maire a refusé de faire droit à leur demande.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Lorsqu'il est saisi de conclusions tendant à l'annulation d'un acte réglementaire, le juge de l'excès de pouvoir apprécie la légalité de cet acte à la date de son édiction. S'il le juge illégal, il en prononce l'annulation. La décision implicite de rejet attaquée est un acte réglementaire, dont par suite la légalité doit s'apprécier à la date du 29 janvier 2020. Il en résulte que la légalité du classement des parcelles des requérants mentionnées ci-dessus en zone agricole doit s'apprécier à cette date, conformément aux dispositions du premier alinéa de l'article L. 243-2 du code des relations entre le public et l'administration, selon lesquelles " L'administration est tenue d'abroger expressément un acte réglementaire illégal ou dépourvu d'objet, que cette situation existe depuis son édiction ou qu'elle résulte de circonstances de droit ou de fait postérieures, sauf à ce que l'illégalité ait cessé. ".
3. En premier lieu, en vertu de l'article L. 151-5 du code de l'urbanisme, le projet d'aménagement et de développement durables du plan local d'urbanisme définit notamment " Les orientations générales des politiques d'aménagement, d'équipement, d'urbanisme, de paysage, de protection des espaces naturels, agricoles et forestiers, et de préservation ou de remise en bon état des continuités écologiques ". En vertu de l'article L. 151-9 du même code : " Le règlement délimite les zones urbaines ou à urbaniser et les zones naturelles ou agricoles et forestières à protéger. / Il peut préciser l'affectation des sols selon les usages principaux qui peuvent en être faits ou la nature des activités qui peuvent y être exercées et également prévoir l'interdiction de construire. / Il peut définir, en fonction des situations locales, les règles concernant la destination et la nature des constructions autorisées ". Aux termes de l'article R. 151-22 du code de l'urbanisme : " Les zones agricoles sont dites " zones A ". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles ". L'article R. 151-23 du même code précise que " Peuvent être autorisées, en zone A : / 1° Les constructions et installations nécessaires à l'exploitation agricole ou au stockage et à l'entretien de matériel agricole par les coopératives d'utilisation de matériel agricole agréées au titre de l'article L. 525-1 du code rural et de la pêche maritime ; / 2° Les constructions, installations, extensions ou annexes aux bâtiments d'habitation, changements de destination et aménagements prévus par les articles L. 151-11, L. 151-12 et L. 151-13, dans les conditions fixées par ceux-ci. ".
4. Une zone agricole, dite " zone A ", du plan local d'urbanisme a vocation à couvrir, en cohérence avec les orientations générales et les objectifs du projet d'aménagement et de développement durables, un secteur, équipé ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles. Si, pour apprécier la légalité du classement d'une parcelle en zone A, le juge n'a pas à vérifier que la parcelle en cause présente, par elle-même, le caractère d'une terre agricole et peut se fonder sur la vocation du secteur auquel cette parcelle peut être rattachée, en tenant compte du parti urbanistique retenu ainsi que, le cas échéant, de la nature et de l'ampleur des aménagements ou constructions qu'elle supporte, ce classement doit être justifié par la préservation du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles de la collectivité concernée, à plus forte raison lorsque les parcelles en cause comportent des habitations voire présentent un caractère urbanisé.
5. Il est de la nature de toute réglementation d'urbanisme de distinguer des zones où les possibilités de construire sont différentes. Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par ce plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir mais sans être lié par les modalités existantes d'utilisation des sols, dont ils peuvent prévoir la modification dans l'intérêt de l'urbanisme, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. La légalité des dispositions du règlement d'un plan local d'urbanisme s'apprécie au regard du parti d'urbanisme retenu, défini notamment par les orientations générales et par les objectifs du projet d'aménagement et de développement durables. L'appréciation des auteurs du plan sur ces différents points ne peut être censurée par le juge administratif que si elle est fondée sur des faits matériellement inexacts ou entachée d'une erreur manifeste ou d'un détournement de pouvoir.
6. Il ressort des pièces du dossier que le projet d'aménagement et de développement durables (PADD) du PLU de Teillé est articulé autour de quatre orientations, parmi lesquelles celle consistant à " affirmer et renforcer la place de l'agglomération de Teillé par le développement harmonieux de l'habitat et des espaces d'intérêt collectif " et celle visant à " préserver et mettre en valeur les paysages, le patrimoine et l'environnement ". Au sein de cette dernière orientation, les auteurs du PLU se fixent pour objectif de " préserver les qualités paysagères et patrimoniales du territoire ", " préserver l'environnement, mettre en valeur les continuités écologiques " et " modérer la consommation d'espace par le développement urbain ". Le PADD prévoit ainsi de " modérer la consommation de l'espace agricole " en " limitant d'au moins 50% la consommation d'espace nécessaire au développement de l'habitat ". Plus particulier, à cette fin, les auteurs du plan local d'urbanisme a prévu la réduction du prélèvement d'espace agricole, en " concentrant l'essentiel de l'urbanisation sur le bourg ", seules quelques possibilités de création de logements étant envisagées dans certains hameaux, à l'exclusion de la Thuillère. Ce hameau, situé à 2 km du bourg environ, dont l'urbanisation est récente, diffuse et implantée sans cohérence particulière, s'insère dans un très vaste espace agricole cultivé et naturel. Si M. et Mme B font valoir que l'ensemble de ce hameau a été classé en zone agricole, les requérants, qui ne demandent l'abrogation du classement que de leurs parcelles, ne peuvent se prévaloir que de la situation et des caractéristiques de celles-ci. Ainsi, ils ne peuvent utilement se prévaloir de ce que le classement en zone agricole de parcelles bâties du hameau serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au soutien de leur demande d'abrogation du classement de leurs parcelles. Or, si ces terrains dont sont propriétaires les requérants sont bordées, pour une partie d'entre elles, par quelques constructions, ils ne supportent aucun bâti, sont constitués essentiellement de prairies, de bonne valeur agricole et facilement exploitables. Dans ces conditions, il n'est pas établi que ces parcelles seraient dépourvues de tout potentiel agronomique, biologique ou économique. S'il est vrai qu'elles ne font l'objet d'aucune exploitation agricole, la possibilité pour un plan local d'urbanisme de classer en secteur en zone agricole n'est, au demeurant, pas subordonnée à la condition que les parcelles en cause fassent effectivement l'objet d'une telle exploitation. Il en résulte que le classement en zone agricole des parcelles des requérants participe effectivement de la préservation du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles de la commune de Teillé. De surcroît, ces parcelles ne présentent pas, contrairement à ce qu'ils soutiennent, les caractéristiques d'une " dent creuse " à combler dans une enveloppe urbaine. Dans ces conditions, c'est sans erreur manifeste d'appréciation que, compte tenu du parti d'urbanisme qu'ils ont défini, les auteurs du plan local d'urbanisme les ont classées en zone agricole.
7. En deuxième lieu, si les requérants font valoir qu'un classement en zone U de leurs parcelles aurait été plus approprié, il ne ressort pas de l'office du juge de se prononcer sur la question de savoir si eût été légalement possible un autre classement que celui qu'ont choisi de retenir, sans erreur manifeste d'appréciation, les auteurs du plan local d'urbanisme, compte tenu de leurs partis d'aménagement et de la configuration des lieux.
8. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 153-19 du code de l'urbanisme : " L'abrogation d'un plan local d'urbanisme est prononcée par l'organe délibérant de l'établissement public de coopération intercommunale compétent ou par le conseil municipal après enquête publique menée dans les formes prévues par le chapitre III du titre II du livre Ier du code de l'environnement ". L'article L. 2121-10 du code général des collectivités territoriales, relatif à la convocation du conseil municipal, dispose que : " Toute convocation est faite par le maire. Elle indique les questions portées à l'ordre du jour () ".
9.Il résulte de la combinaison de ces dispositions que si le conseil municipal est seul compétent pour abroger tout ou partie du plan local d'urbanisme de la commune, c'est au maire qu'il revient d'inscrire cette question à l'ordre du jour d'une réunion du conseil municipal. Par suite, le maire a compétence pour rejeter une demande tendant à l'abrogation du plan local d'urbanisme ou de certaines de ses dispositions. Toutefois, il ne peut légalement prendre une telle décision que si les dispositions dont l'abrogation est sollicitée sont elles-mêmes légales. Dans l'hypothèse inverse, en effet, il est tenu d'inscrire la question à l'ordre du jour du conseil municipal, pour permettre à celui-ci, seul compétent pour ce faire, de prononcer l'abrogation des dispositions illégales. Par suite, les requérants ne peuvent soutenir que la décision attaquée portant refus d'abrogation du classement de leurs parcelles en zone agricole, qui n'est entaché d'aucune illégalité, serait entachée d'incompétence.
10.Il résulte de tout ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation de la décision implicite de rejet attaquée.
Sur les frais liés au litige :
11.Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qui soit mis sur ce fondement une somme à la charge de la commune, qui n'est pas la partie perdante dans cette instance. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par la commune de Teillé au titre de ces mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. et Mme B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la commune de Teillé présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme B et à la commune de Teillé.
Délibéré après l'audience du 8 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. A de Baleine, président,
Mme Thomas, première conseillère,
Mme Milin, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 novembre 2022.
La rapporteure,
S. C
Le président,
A. A DE BALEINE
La greffière,
L. LÉCUYER
La République mande et ordonne
au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui la concerne
ou à tous commissaires de justice à ce
requis en ce qui concerne les voies de droit commun
contre les parties privées, de pourvoir
à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
la greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026