jeudi 29 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2003540 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | OUEST AVOCATS CONSEILS |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête enregistrée, sous le numéro 2003540, le 25 mars 2020 ainsi qu'un mémoire enregistré le 20 juillet 2021, le GAEC les Fiefs Bio, représenté par Me Dubreil, demande au Tribunal :
1°) d'annuler la décision du 24 janvier 2020 par laquelle la présidente du conseil régional des Pays de la Loire a prononcé la déchéance totale de ses droits à l'aide attribuée par la convention du 22 décembre 2015, au titre de la mesure d'aide aux investissements du plan de compétitivité et d'adaptation des exploitations agricoles (PCAE), volet élevage, dans le cadre du Fonds européen agricole pour le développement rural (FEADER) 2014-2020, d'un montant de 48 740,74 euros, lui a demandé de rembourser les aides perçues pour un montant total de
38 992,59 euros et l'a informé de son exclusion du bénéfice d'une mesure identique pendant l'année civile concernée et pendant l'année civile suivante ;
2°) d'enjoindre à l'administration d'appliquer les décisions d'octroi des aides à l'investissement portant sur la construction et la rénovation d'un bâtiment d'élevage ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision contestée est entachée d'un vice d'incompétence ;
- la décision litigieuse, prise au motif d'une fausse déclaration faite délibérément, est entachée d'une insuffisance de motivation ; en particulier, il n'y a aucune explication sur la modulation éventuelle de la sanction ;
- elle est entachée d'un vice de procédure en ce qu'elle n'a pas été précédée d'une procédure contradictoire ; le rapport de contrôle comprenant le détail de l'anomalie retenue ne lui ayant pas été notifié, il n'a pas été mis à même de produire ses observations avant l'édiction de la décision litigieuse ;
- la décision de retrait présente un caractère tardif dès lors qu'elle n'a pas été effectuée dans un délai de quatre mois, prévu par les dispositions des articles L. 242-1 et L. 242-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle est entachée d'une violation de la loi, dès lors que la fraude ou la falsification de document qui lui est reproché n'est pas caractérisée ; il n'est pas à l'origine de l'édiction de la facture ; le dépôt de plainte effectué à son encontre a été classé sans suite par le procureur de la République de la Roche-sur-Yon le 18 novembre 2019 ;
- il n'y avait de sa part aucune intentionnalité de méconnaître ses obligations et celles-ci n'ont été méconnues que pour une faible part du montant total des droits ; la facture litigieuse porte sur des travaux de construction réalisés par le bénéficiaire (auto-construction) qui n'étaient pas éligibles ;
- la direction départementale des territoires et de la mer (DDTM) n'avait pas pour rôle de contrôler la véracité des pièces communiquées par ses soins au soutien de sa demande de subvention, cette mission incombant exclusivement à l'agence de services et de paiement ;
- la déchéance totale de ses droits a été prise en méconnaissance des articles D. 615-58 et suivants du code rural et de la pêche maritime ;
- la décision de retrait présente un caractère irrégulier dans la mesure ou la subvention attribuée a été utilisée conformément aux textes applicables ;
- la suppression intégrale des aides à titre de sanction est disproportionnée au regard de l'irrégularité constatée ;
- la décision de rejet de sa demande de subvention déposée en juin 2017 relative à la rénovation d'un bâtiment existant s'analyse en une décision de retrait d'une décision créatrice de droit, dès lors que la subvention sollicitée doit être considérée comme lui ayant été accordée tacitement ; cette décision de retrait aurait dû être précédée de la procédure légale permettant au pétitionnaire de s'exprimer sur ce retrait ; en outre, en application de l'article 35-6 du règlement européen n°640/2014 du 11 mars 2014, à supposer même qu'une fraude caractérisée ait pu être constatée lors du contrôle, une décision de rejet sur ce motif ne pouvait intervenir qu'en 2017 ou en 2018 mais, en aucun cas en 2020.
Par des mémoires en défense enregistrés les 1er juillet 2020 et 15 septembre 2021, la région des Pays de la Loire, représentée par sa présidente, Mme B A, conclut au rejet de la requête.
Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés par le GAEC Les Fiefs Bio n'est fondé.
II. Par une requête, enregistrée sous le n° 2003541, le 25 mars 2020, et un mémoire, enregistré le 21 juillet 2021, le GAEC les Fiefs Bio, représenté par Me Dubreil, demande au Tribunal :
1°) d'annuler la décision du 24 janvier 2020 par laquelle la présidente du conseil régional des Pays de la Loire a rejeté sa demande d'aide aux investissements du plan de compétitivité et d'adaptation des exploitations agricoles (PCAE), volet élevage, dans le cadre du Fonds européen agricole pour le développement rural (FEADER) 2014-2020, au titre de la rénovation d'un bâtiment avicole existant ;
2°) d'enjoindre à l'administration d'appliquer sa décision tacite d'octroi de l'aide à l'investissement portant sur la rénovation d'un bâtiment d'élevage ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision contestée est entachée d'un vice d'incompétence ;
- la décision litigieuse, prise au motif d'une fausse déclaration faite délibérément, est entachée d'une insuffisance de motivation ; en particulier, il n'y a aucune explication sur la modulation éventuelle de la sanction ;
- elle est entachée d'un vice de procédure en ce qu'elle n'a pas été précédée d'une procédure contradictoire ; le rapport de contrôle comprenant le détail de l'anomalie retenue ne lui ayant pas été notifié, il n'a pas été mis à même de produire ses observations avant l'édiction de la décision litigieuse ;
- la décision attaquée procède au retrait irrégulier d'une décision créatrice de droits dès lors qu'elle n'a pas été effectuée dans un délai de quatre mois, prévu par les dispositions des articles L. 242-1 et L. 242-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle est entachée d'une violation de la loi, dès lors que la fraude ou la falsification de document qui lui est reproché n'est pas caractérisée ; il n'est pas à l'origine de l'édiction de la facture ; le dépôt de plainte effectué à son encontre a été classé sans suite par le procureur de la République de la Roche-sur-Yon le 18 novembre 2019 ;
- il n'y avait aucune intentionnalité de méconnaître ses obligations et celles-ci n'ont été méconnues que pour une faible part du montant total des droits ; en outre, ainsi que le mentionne le rapport de contrôle, la facture litigieuse porte sur des travaux de construction réalisés par le bénéficiaire (auto-construction) qui n'étaient pas éligibles ;
- la direction départementale des territoires et de la mer (DDTM) n'avait pas pour rôle de contrôler la véracité des pièces communiquées par ses soins au soutien de sa demande de subvention, cette mission incombant exclusivement à l'agence de services et de paiement ;
- la déchéance totale de ses droits a été prise en méconnaissance des articles D. 615-58 et suivants du code rural et de la pêche maritime ;
- la décision de retrait présente un caractère irrégulier dans la mesure ou la subvention attribuée a été utilisée conformément aux textes applicables ;
- la suppression intégrale des aides à titre de sanction est disproportionnée au regard de l'irrégularité constatée ;
- la décision de rejet de la demande de subvention déposée en juin 2017 relative à la rénovation d'un bâtiment existant s'analyse en une décision de retrait d'une décision créatrice de droits, dès lors que la subvention sollicitée doit être considérée comme ayant été accordée tacitement ; cette décision aurait dû être précédée de la procédure légale permettant au pétitionnaire de s'exprimer sur ce retrait ; en outre, en application de l'article 35-6 du règlement européen n°640/2014 du 11 mars 2014, à supposer même qu'une fraude caractérisée ait pu être constatée lors du contrôle, une décision de rejet sur ce motif ne pouvait intervenir qu'en 2017 ou en 2018 mais, en aucun cas en 2020.
Par des mémoires en défense enregistrés les 1er juillet 2020 et 15 septembre 2021, la région des Pays de la Loire, représentée par sa présidente, Mme B A, conclut au rejet de la requête.
Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés par le GAEC Les Fiefs Bio n'est fondé.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le règlement (UE) n°1305-2013 du Parlement européen et du Conseil en date du 17 décembre 2013, relatif au soutien au développement rural par le Fonds européen agricole pour le développement rural ;
- le règlement délégué (UE) n° 640/2014 de la Commission du 11 mars 2014 ;
- le règlement (UE) n°702/2014 du 25 juin 2014 et notamment ses articles 6 et 7 ;
- la décision d'exécution de la Commission européenne C (2015) 6093 du 28 août 2015 portant approbation du programme de développement rural de la région des Pays de la Loire en vue d'un soutien du Fonds européen agricole pour le développement rural modifié ;
- le code rural et de la pêche maritime ;
- le décret n° 2014-580 du 3 juin 2014 relatif à la gestion de tout ou partie des fonds européens pour la période 2014-2020 ;
- le décret n° 2015-445 du 16 avril 2015 relatif à la mise en œuvre des programmes de développement rural régionaux pour la période 2014-2020 ;
- l'arrêté du 26 août 2015 relatif au plan de compétitivité et d'adaptation des exploitations agricoles mis en œuvre dans le cadre des programmes de développement rural ;
- le décret n° 99-1060 du 16 décembre 1999 modifié relatif aux subventions d'Etat pour des projets d'investissement ;
- le décret n° 2009-1452 du 24 novembre 2009 fixant les règles d'éligibilité des dépenses des programmes de développement rural ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Caro ;
- les conclusions de M. Gave, rapporteur public ;
- les observations de Me Dubreil, représentant le GAEC Les Fiefs Bio ;
- et les observations de M. C, représentant de la région Pays de la Loire.
Considérant ce qui suit :
1. L'EARL Les Fiefs Bio, devenue par la suite le GAEC Les Fiefs Bio, a sollicité, le 18 mai 2015, l'octroi d'une aide en vue de réaliser un projet d'investissements. Ce projet, qui s'inscrivait dans le cadre du plan de modernisation des bâtiments d'élevage, portait sur l'édification d'un atelier supplémentaire pour 3 000 poules pondeuses en production biologique, dans le cadre d'un plan de compétitivité et d'adaptation des exploitations agricoles (PCAE) 1, au titre du Fonds européen agricole pour le développement rural (FEADER) 2014-2020. L'attribution de l'aide sollicitée a fait l'objet d'une convention entre la région Pays de la Loire et le groupement conclue le 22 décembre 2015. Une aide a été accordée par cette convention, pour la réalisation de l'opération de " construction d'un atelier complémentaire pour 3 000 poules pondeuses en production biologique ", d'un montant de 48 740,74 euros représentant 35% du montant total des dépenses éligibles et se répartissant entre 25 832,59 euros apportés par le FEADER et 22 908,15 euros par la région Pays de la Loire. Le GAEC Les Fiefs Bio a déposé en juin 2017 un second dossier pour obtenir dans le cadre du PCAE 2, une subvention pour la rénovation d'un bâtiment avicole en vue de son adaptation aux nouvelles normes d'élevage dans le cadre d'une production en agriculture biologique. L'Agence de services et de paiements (ASP), après avoir réalisé un contrôle sur place au sein de l'exploitation le 5 octobre 2017, a constaté plusieurs anomalies, notamment le fait qu'alors que, dans le dossier de demande d'aide, le duplicata d'une facture Unibéton n°205220655 datée du 30 mai 2015 avait été présentée et prise en compte, l'original de cette facture était datée du 30 avril 2015, soit une date antérieure au 18 mai 2015, date du dépôt de la demande d'aide. Estimant qu'il s'agissait d'une fausse déclaration délibérée, la direction départementale des territoires et de la mer (DDTM) de la Vendée, a, par un courrier du 1er octobre 2019, notifié au GAEC son intention de le déchoir totalement de ses droits à percevoir la subvention PCAE 1 accordée en 2015 au titre de la construction d'un bâtiment avicole et de rejeter celle demandée en 2017 au titre de la rénovation d'un bâtiment avicole PCAE 2. Après réception des observations formulées le 3 octobre 2019 par le GAEC Les Fiefs Bio dans le cadre de la procédure contradictoire, la région Pays de la Loire a, par une première décision du 24 janvier 2020, informé le GAEC Les Fiefs Bio de ce que ses éléments de réponse ne permettaient pas de lever la suspicion de fraude, prononcé la déchéance totale des droits du groupement à percevoir l'aide octroyée par la convention du 22 décembre 2015 au titre de la mesure d'aide aux investissements concernant la construction d'un atelier complémentaire pour 3 000 poules pondeuses en production biologique, demandé au GAEC Les Fiefs Bio de rembourser la partie de l'aide indûment perçue au titre de sa première demande d'acompte, soit 38 992,59 euros, et l'a informé de son exclusion du bénéfice d'une mesure identique au titre des années 2017 et 2018. Par une seconde décision du même jour, la région a rejeté comme inéligible l'aide demandée par le GAEC le 31 août 2017, au titre de la mesure concernant la rénovation d'un bâtiment avicole existant. Par les requêtes susvisées numérotées 2003540 et 2003541, le GAEC Les Fiefs Bio demande au Tribunal d'annuler ces deux décisions du 24 janvier 2020.
Sur la jonction :
2. Les requêtes susvisées présentées par le GAEC Les Fiefs Bio présentent à juger des questions connexes et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 24 janvier 2020, contestée dans la requête n° 2003540, prononçant la déchéance totale du GAEC de ses droits à l'aide à l'investissement attribuée par la convention du 22 décembre 2015, pour la construction d'un atelier complémentaire pour 3 000 poules pondeuses en production biologique, demandant au GAEC Les Fiefs Bio de rembourser la partie de l'aide perçue, d'un montant de 38 992,59 euros, et l'excluant du bénéfice d'une mesure identique au titre des années 2017 et 2018 :
3. Aux termes de l'article 35 du règlement délégué n°640/2014 de la Commission du 11 mars 2014 complétant le règlement (UE) n° 1306/2013 du Parlement européen et du Conseil en ce qui concerne le système intégré de gestion et de contrôle, les conditions relatives au refus ou au retrait des paiements et les sanctions administratives applicables aux paiements directs, le soutien au développement rural et la conditionnalité : " 1. L'aide demandée est refusée ou retirée en totalité lorsque les critères d'admissibilité ne sont pas respectés. / () 6. Lorsqu'il est établi que le bénéficiaire a fourni de faux éléments de preuve aux fins de recevoir l'aide ou a omis de fournir les informations nécessaires par négligence, l'aide est refusée ou est retirée en totalité. Par ailleurs, le bénéficiaire est exclu d'une mesure ou d'un type d'opération identiques pendant l'année civile de la constatation et la suivante. / () ".
4. Aux termes de l'article 12 de la convention conclue le 22 décembre 2015 entre la région Pays de la Loire et le GAEC Les Fiefs Bio, relative à l'attribution d'une aide au titre du fonds européen agricole pour le développement rural : " Modalités de reversement / En cas de non-respect des obligations ou des engagements du bénéficiaire et notamment en cas de non-exécution partielle ou totale de l'opération ou d'utilisation des fonds non conforme à l'objet, les autorités compétentes peuvent mettre fin à la présente convention et exiger le reversement total ou partiel des sommes versées. / Le reversement sera requis en cas : / () de fausse déclaration ou fraude manifeste. / () En cas de fraude manifeste, le bénéficiaire s "'expose à des pénalités et sanctions pouvant aller jusqu'à l'interdiction de toute aide publique pendant une période déterminée. () ".
5. Pour prononcer la déchéance totale de l'aide à l'investissement accordée au GAEC Les Fiefs Bio, la région Pays de la Loire s'est fondée sur la présentation par le GAEC, à l'appui de sa demande d'aide, d'une facture jugée falsifiée compte tenu de la seule constatation, opérée par les services de l'ASP lors du contrôle sur place, de la mention de deux dates différentes sur le duplicata et l'original de cette facture, datés respectivement du 30 avril 2015 et du 30 mai 2015, tous deux édités par la société Unibéton et portant le même numéro. La région Pays de la Loire en a déduit une suspicion de fraude et le fait que le GAEC Les Fiefs Bio avait fourni de faux éléments de preuve afin de recevoir l'aide en cause dès lors que, pour la réalisation de l'opération, les dépenses éligibles étaient celles acquittées entre le 18 mai 2015, date du dépôt de la demande d'aide, et deux ans après la signature de la convention d'attribution de l'aide et que le GAEC s'était engagé, dans sa demande d'aide, à ne pas commencer l'exécution de son opération avant cette date du 18 mai 2015. Toutefois, le duplicata et l'original de la facture litigieuse mentionnent tous deux un règlement par chèque au 31 mai 2015 et la date du 29 avril 2015, s'agissant de la commande de 7 sacs de béton prêt à l'emploi " i pro Microdal C25/30 XF1 S3 ". Par ailleurs, dans le cadre de ses observations présentées le 3 octobre 2019, le GAEC Les Fiefs Bio a indiqué qu'il s'agissait d'une simple erreur et que la facture, d'un montant hors taxe de 660,10 euros, n'aurait, en tout état de cause, pas dû être présentée dès lors qu'il s'agissait une dépense liée à l'auto-construction qui n'entre pas dans les dépenses éligibles, ainsi que l'ont relevé les contrôleurs de l'ASP dans leur compte rendu, lequel n'avait pas qualifié cette irrégularité de fraude, et ainsi que le prévoit le VII de l'article 5 du décret n° 2009-1452 du 24 novembre 2009 fixant les règles d'éligibilité des dépenses des programmes de développement rural. En outre, l'anomalie constatée porte, comme il vient d'être dit, sur une dépense d'un montant de 660,10 euros, alors que l'ensemble des dépenses éligibles s'élève à près de 140 000 euros, et ne représente donc qu'une très faible part du montant total de l'aide financière en litige. Enfin, il convient également de relever que la construction du bâtiment aidé, destiné à accueillir des poules pondeuses, n'a appelé aucune observation de l'administration et que le dépôt de plainte effectué à l'encontre du GAEC Les Fiefs Bio pour faux en écriture publique et authentique a été classé sans suite par le procureur de la République de La Roche-sur-Yon le 18 novembre 2019. Ainsi, compte tenu des circonstances particulières de l'espèce, du montant marginal de la dépense en cause et de son caractère non éligible, alors même que le GAEC Les Fiefs Bio n'apporte aucune explication précise sur cette différence de dates, cette seule anomalie ne saurait suffire à faire regarder le groupement comme ayant fourni de faux éléments de preuve aux fins de recevoir l'aide, au sens des dispositions, citées au point 3, du 6 de l'article 35 du règlement n°640/2014 du 11 mars 2014. Dans ces conditions, la région Pays de la Loire a fait une inexacte application de ces dispositions en décidant la déchéance du GAEC Les Fiefs Bio de ses droits à percevoir l'aide, en lui demandant le remboursement de la partie de l'aide déjà versée et en prononçant son exclusion du bénéfice d'une mesure identique au titre des années 2017 et 2018. Par suite, le GAEC est fondé à demander l'annulation de ces décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 24 janvier 2020, contestée dans la requête n° 2003541, excluant le GAEC Les Fiefs Bio du bénéfice de l'aide demandée le 31 août 2017 au titre de la mesure concernant la rénovation des bâtiments avicoles existants :
6. En raison des effets qui s'y attachent, l'annulation pour excès de pouvoir d'un acte administratif, qu'il soit ou non réglementaire, emporte, lorsque le juge est saisi de conclusions recevables, l'annulation par voie de conséquence des décisions administratives consécutives qui n'auraient pu légalement être prises en l'absence de l'acte annulé ou qui sont en l'espèce intervenues en raison de l'acte annulé. Il en va ainsi, notamment, des décisions qui ont été prises en application de l'acte annulé et de celles dont l'acte annulé constitue la base légale.
7. Il incombe au juge de l'excès de pouvoir, lorsqu'il est saisi de conclusions recevables dirigées contre de telles décisions consécutives, de prononcer leur annulation par voie de conséquence, le cas échéant en relevant d'office un tel moyen qui découle de l'autorité absolue de chose jugée qui s'attache à l'annulation du premier acte.
8. Il ressort des pièces du dossier que le rejet par la région Pays de la Loire de la seconde demande d'aide présentée par le GAEC Les Fiefs Bio au titre du PCAE Elevage déposée sur le second appel à projet 2017 a été prononcée, en application de l'article 35 du règlement délégué n°640/2014 de la Commission du 11 mars 2014 complétant le règlement (UE) n° 1306/2013 du Parlement européen et du Conseil, selon lequel le bénéficiaire est exclu d'une mesure ou d'un type d'opération identiques pendant l'année civile de la constatation et la suivante, suite à la déchéance du GAEC de ses droits à percevoir l'aide qui lui avait été attribuée par une convention du 22 décembre 2015. Cette décision doit donc, sans qu'il soit besoin d'examiner les moyens de la requête dirigés contre elle, être annulée par voie de conséquence de l'annulation, prononcée par le présent jugement, de la décision du 24 janvier 2020 contestée dans la requête n° 2003540, en tant qu'elle prononce la déchéance totale du GAEC Les Fiefs Bio de ses droits à percevoir l'aide à l'investissement attribuée par la convention du 22 décembre 2015, pour la construction d'un atelier complémentaire pour 3 000 poules pondeuses en production biologique.
9. Il résulte de tout ce qui précède que le GAEC Les Fiefs Bio est fondé à demander l'annulation des deux décisions attaquées du 24 janvier 2020 de la région Pays de la Loire.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
10. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ".
11. Eu égard au motif des annulations prononcées par le présent jugement, l'exécution de celui-ci implique uniquement que la région des Pays de la Loire réexamine les droits du GAEC Les Fiefs Bio à percevoir l'intégralité de l'aide attribuée par la convention du 22 décembre 2015 et à bénéficier de l'aide demandée le 31 août 2017.
Sur les frais liés aux litiges :
12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la région Pays de la Loire une somme globale de 1 500 euros au titre des frais exposés par le GAEC Les Fiefs Bio dans les présentes instances et non compris dans les dépens, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 24 janvier 2020 par laquelle la présidente du conseil régional des Pays de la Loire a prononcé la déchéance totale du GAEC Les Fiefs Bio de ses droits à l'aide attribuée par la convention du 22 décembre 2015, au titre de la mesure d'aide aux investissements du plan de compétitivité et d'adaptation des exploitations agricoles (PCAE), volet élevage, dans le cadre du Fonds européen agricole pour le développement rural (FEADER) 2014-2020, d'un montant de 48 740,74 euros lui a demandé de rembourser la partie de l'aide perçue, d'un montant de 38 992,59 euros, et l'a informé de son exclusion du bénéfice de l'aide au titre de la même mesure pendant l'année civile concernée et pendant l'année civile suivante est annulée.
Article 2 : La décision du 24 janvier 2020 par laquelle la présidente du conseil régional des Pays de la Loire a rejeté comme inéligible l'aide demandée le 31 août 2017 par le GAEC Les Fiefs Bio, au titre de la mesure concernant la rénovation d'un bâtiment avicole existant, est annulée.
Article 3 : Il est enjoint à la région Pays de la Loire de réexaminer les droits du GAEC Les Fiefs Bio à percevoir l'intégralité de l'aide attribuée par la convention du 22 décembre 2015 et à bénéficier de l'aide demandée le 31 août 2017.
Article 4 : La région Pays de la Loire versera au GAEC Les Fiefs Bio une somme globale de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié au GAEC Les Fiefs Bio et à la région Pays de la Loire.
Copie en sera transmise au préfet de la Vendée.
Délibéré après l'audience du 25 mai 2023, à laquelle siégeaient :
M. Martin, président,
M. Labouysse, premier conseiller,
Mme Caro, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juin 2023.
La rapporteure,
N. CARO
Le président
L. MARTIN
La greffière,
S. BARBERA
La République mande et ordonne au préfet de la Vendée en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Nos 2003540-2003541
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026