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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2003775

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2003775

mercredi 26 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2003775
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantNERAUDAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 mars 2020, M. E D, représenté par Me Neraudau, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 12 décembre 2018 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui octroyer les conditions matérielles d'accueil de manière rétroactive pour la période pendant laquelle il aurait dû en bénéficier ;

3°) de condamner l'Etat à verser à son conseil une somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le signataire de la décision attaquée était incompétent pour ce faire ;

- la décision attaquée est entachée de défaut de motivation ;

- la décision est entachée d'erreur de droit, dès lors que l'Office français de l'immigration et de l'intégration a estimé se trouver en situation de compétence liée ;

- la décision est entachée d'un vice de procédure, dès lors que son degré de vulnérabilité n'a pas été évalué préalablement, dans les conditions prévues par l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure au regard des dispositions de l'article D. 744-35 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il n'a pas été à même de présenter ses observations dans les conditions prévues par les articles L. 744-8 et D. 744-38 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait ;

- la décision attaquée a été prise en violation de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 31 mars 2023, l'Office français de l'immigration de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués par le requérant n'est fondé.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du

30 janvier 2020.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant guinéen né le 24 mars 2000, a déposé une demande d'asile enregistrée le 2 mai 2018. Par arrêté du 13 août 2018, le préfet de la Loire-Atlantique a décidé son transfert aux autorités allemandes pour l'examen de sa demande d'asile. Par jugement du

17 août 2019, le magistrat désigné du tribunal a annulé cet arrêté. Par arrêté du 18 septembre 2018, le préfet de la Loire-Atlantique a de nouveau décidé le transfert de M. D vers l'Allemagne. Le recours dirigé contre cet arrêté a été rejeté par jugement du tribunal du 24 septembre 2018, confirmé par la cour administrative d'appel le 25 octobre 2019. Par sa requête, M. D demande au tribunal d'annuler la décision du 12 décembre 2018 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par une décision du 1er janvier 2016, publiée au bulletin officiel du ministère de l'intérieur n°2016-2 du 15 février 2016, le directeur général de l'OFII a donné à

Mme A B, directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Nantes, délégation à l'effet de signer toutes les décisions se rapportant aux mission de l'OFII dans la région Pays de la Loire. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte attaqué sera donc écarté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée vise notamment l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne que M. D n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités et n'a pas répondu aux demandes d'informations. La décision attaquée mentionnant ainsi de manière suffisamment précise et circonstanciée les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté comme manquant en fait.

4. En troisième lieu, il ne résulte pas des termes de la décision attaquée que l'Office français de l'immigration et de l'intégration a estimé se trouver en situation de compétence liée. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit ainsi invoqué doit être écarté.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. / L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. D a bénéficié le 2 mai 2018, ainsi qu'il en a attesté, d'un entretien dans une langue qu'il comprend, au cours duquel sa situation a été examinée et son degré de vulnérabilité évalué à un degré de 1 sur une échelle de 0 à 3. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée serait intervenue au terme d'une procédure irrégulière doit être écarté.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article D. 744-35 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () L'interruption du versement de l'allocation prend effet à compter de la date de la décision de suspension. ".

8. Il ressort des pièces du dossier que le versement de l'allocation pour demandeur d'asile n'a été suspendu effectivement qu'à compter du mois de décembre 2018, le dernier versement ayant été effectué en novembre 2018. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article

D. 744-35 doit être, en tout état de cause, écarté.

9. En sixième lieu, aux termes de l'article D. 744-38 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, " la décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du 1° de l'article L. 744-8 est écrite, motivée et prise après que le demandeur a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans un délai de quinze jours. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Cette décision prend effet à compter de sa signature. ".

10. Il ressort des pièces du dossier que, par courrier du 7 novembre 2018, M. D a été informé par l'Office français de l'immigration et de l'intégration de son intention de procéder à la suspension des conditions matérielles d'accueil et que celui-ci a présenté ses observations par courrier du 6 décembre 2018. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée n'aurait pas été précédée de la procédure contradictoire prévue à l'article D. 744-38 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté comme manquant en fait.

11. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version alors en vigueur : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être : / 1° Suspendu si, sans motif légitime, le demandeur d'asile a abandonné son lieu d'hébergement déterminé en application de l'article L. 744-7, n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités, n'a pas répondu aux demandes d'informations ou ne s'est pas rendu aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile () ".

12. Il ressort des pièces du dossier que M. D n'a pas déféré à l'obligation de pointage auprès des services de police dont il faisait l'objet dans l'attente de l'exécution de son transfert vers l'Allemagne et a par la suite été déclaré en fuite. Si M. D soutient faire l'objet d'un suivi médical, il ne précise pas la nature de sa pathologie et n'apporte aucun élément probant qui permettrait de le regarder comme se trouvant dans une situation de particulière vulnérabilité. Dans ces conditions, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a pu, sans commettre ni erreur de fait, ni erreur de droit ni erreur manifeste d'appréciation, décider de suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil du requérant.

13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. D à fin d'annulation ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais d'instance doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D, à Me Neraudau et à l'Office français de l'immigration de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 5 avril 2023 à laquelle siégeaient :

Mme Loirat, présidente,

M. Gauthier, premier conseiller,

M. Simon, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 avril 2023.

Le rapporteur,

P-E. C

La présidente,

C. LOIRAT La greffière,

P. LABOUREL

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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