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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2003818

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2003818

mardi 30 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2003818
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantDUBREUIL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 1er avril 2020, 30 juillet 2021 et 25 avril 2023, M. B A et M. D C, représentés par Me Dubreuil, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 4 février 2020 par laquelle le conseil communautaire de la communauté d'agglomération de la région nazairienne et de l'estuaire (la Carene) a approuvé le plan de déplacements urbains de la Carene - Saint-Nazaire, en tant qu'elle porte sur le quartier du Petit-Maroc ;

2°) de mettre à la charge de la Carene une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la délibération attaquée est viciée à raison de l'insuffisance du dossier d'enquête publique, le document " préambule et stratégie " ne prenant pas suffisamment en compte les problèmes spécifiques du quartier du Petit-Maroc à Saint-Nazaire, soit que ce quartier n'y est pas évoqué, soit que les éléments relatifs au quartier maritime, duquel il relève, sont insuffisants, le document renvoyant au projet de PLUi alors qu'il s'agit d'un document différent et l'intitulé du terminus de la ligne de bus n°4 " Petit-Maroc " étant trompeur ;

- la délibération attaquée est viciée à raison de la dénaturation de leurs observations formulées dans le cadre de l'enquête publique et, partant, de l'analyse qui en a été faite et des conclusions de la commission d'enquête s'y rapportant ;

- la délibération méconnaît le principe d'équilibre entre besoins en matière de mobilité et d'accès et protection de l'environnement et de la santé posé à l'article L. 1214-2 du code des transports dès lors que le plan de déplacements urbains impose sans contrepartie de nouvelles contraintes aux habitants du quartier du Petit-Maroc ;

- le défi n°2 - garantir le territoire du quart d'heure - de la stratégie 2019-2025 du plan de déplacements urbains n'est pas garanti pour le quartier du Petit-Maroc ;

- le plan d'actions du plan de déplacements urbains est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que le quartier du Petit-Maroc aurait dû être exclu des dispositions prévoyant une baisse du stationnement et de la circulation dans le centre-ville ;

- la délibération méconnaît le 7° de l'article L. 1214-1 du code des transports dès lors que le PDU ne définit pas les mesures spécifiques tendant à favoriser le stationnement des résidents dans le quartier du Petit-Maroc.

Par des mémoires, enregistrés le 28 mai 2021 et le 19 avril 2023, la communauté d'agglomération de la région nazairienne et de l'estuaire, représentée par la SELARL CVS, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge des requérants sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les moyens de la requête ne sont fondés

- au besoin, il sera fait application de l'article L. 600-9 du code de l'urbanisme.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code des transports ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Milin,

- les conclusions de M. Sarda, rapporteur public,

- les observations de Me Dubreuil, avocat des requérants, et celles de Me Léon, avocate de la communauté d'agglomération de la région nazairienne et de l'estuaire.

Une note en délibéré, enregistrée le 9 mai 2023, a été présentée par MM. A et C.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération du 30 avril 2019, le conseil communautaire de la communauté d'agglomération de la région nazairienne et de l'estuaire (la Carene) a arrêté le projet de plan de déplacements urbains, qui a fait l'objet d'une enquête publique du 20 août au 23 septembre 2019. Par une délibération du 4 février 2020, la Carene a approuvé le plan de déplacements urbains. Les requérants, qui résident dans le quartier du Petit-Maroc à Saint-Nazaire, demandent au tribunal d'annuler la délibération du 4 février 2020.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Les insuffisances du dossier d'enquête publique ne sont de nature à vicier la procédure et donc à entraîner l'illégalité de la décision prise à l'issue de l'enquête publique que si elles ont pu avoir pour effet de nuire à la bonne information de l'ensemble des personnes intéressées par l'opération ou si elles ont été de nature à exercer une influence sur les résultats de l'enquête et, par suite, sur la décision de l'autorité administrative. Si les requérants déplorent que le document " préambule et stratégie " versé au dossier d'enquête publique ne prend pas suffisamment en compte les problèmes spécifiques du quartier du Petit-Maroc à Saint-Nazaire, alors que celui-ci est précisément identifié par le plan de zonage de stationnement, aucune disposition législative ou règlementaire n'impose de faire état des conditions de circulation et de stationnement dans chaque quartier du territoire couvert par le plan de déplacements urbains, lequel a en outre pour objet de déterminer " les principes régissant l'organisation du transport de personnes et de marchandises, la circulation et le stationnement dans le ressort territorial de l'autorité organisatrice de la mobilité " aux termes de l'article L. 1214-1 du code des transports dans sa version applicable au litige. Les requérants ont au demeurant formulé à l'occasion de l'enquête publique des observations dont la teneur démontre que ceux-ci étaient informés du contenu du projet de PDU en ce qu'il portait sur le quartier du Petit-Maroc. Compte tenu de l'objet du PDU rappelé ci-dessus, les requérants ne peuvent pas davantage soutenir que le renvoi au projet de plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi), dont l'enquête publique se déroulait en même temps, par le projet de PDU, constituerait une insuffisance du dossier d'enquête publique, compte tenu des objets respectifs de ces deux plans et de ce que les auteurs du PLUi peuvent être amenés à subordonner la construction de certains types de bâtiments à la réalisation de places de stationnement. Par ailleurs, la dénomination de la ligne de bus " Saint-André / Petit-Maroc " n'a pas été de nature à " tromper " le public dès lors que le terminus de cette ligne se situe à l'orée de ce petit quartier, dont on peut ainsi considérer qu'il est desservi par les transports en commun. Enfin, il ressort des pièces du dossier que plusieurs habitants du quartier du Petit-Maroc, au nombre desquels figurent les requérants, ont formulé des observations communes, desquelles il ne ressort pas que les insuffisances alléguées du dossier d'enquête publique les auraient privés d'une garantie. Il suit de là que le moyen tiré de l'insuffisance du dossier d'enquête publique doit être écarté.

3. Aux termes de l'article R. 123-19 du code de l'environnement : " Le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête établit un rapport qui relate le déroulement de l'enquête et examine les observations recueillies. / Le rapport comporte le rappel de l'objet du projet, plan ou programme, la liste de l'ensemble des pièces figurant dans le dossier d'enquête, une synthèse des observations du public, une analyse des propositions produites durant l'enquête et, le cas échéant, les observations du responsable de projet, plan ou programme en réponse aux observations du public./ Le commissaire enquête ou la commission d'enquête consigne, dans une présentation séparée, ses conclusions motivées, en précisant si elles sont favorables, favorables sous réserves ou défavorables au projet ". Si ces dispositions n'imposent pas que le commissaire enquêteur réponde à chacune des observations présentées lors de l'enquête publique, elles l'obligent à indiquer en livrant ses conclusions les raisons qui déterminent le sens de son avis.

4. Il ressort des pièces du dossier que les observations des requérants sont mentionnées dans le rapport d'enquête publique, sous une forme résumée portant, d'une part, sur la desserte par les transports en commun du quartier du Petit-Maroc au-delà du pont mobile et, d'autre part, sur l'amélioration des conditions de stationnement dans le quartier Petit-Maroc. Si les observations initiales des requérants, annexées au rapport d'enquête, étaient plus longues et moins précises, elles visaient toutefois à signaler la particularité du quartier du Petit-Maroc, dont l'enclavement à l'occasion des fermetures récurrentes des ponts mobiles peut contraindre les habitants à circuler en automobile afin de pouvoir emprunter un autre itinéraire et a entraîné le service de transports publics à situer le terminus de la ligne Saint-Robert / Petit-Maroc, non pas au sein de ce quartier mais à sa lisière, avant le pont mobile. La circonstance que le commissaire enquêteur, qui n'était pas tenu de répondre à chacune des observations présentées lors de l'enquête, a résumé les observations des requérants sous ces deux angles d'approche n'est pas de nature à le faire regarder comme n'ayant pas examiné sérieusement ces observations. Par suite, le moyen tiré de la dénaturation des observations formulées par les requérants dans le cadre de l'enquête publique, et de leur traitement, doit être écarté.

5. Aux termes de l'article L. 1214-2 du code des transports : " Le plan de déplacements urbains vise à assurer : / 1° L'équilibre durable entre les besoins en matière de mobilité et de facilités d'accès, d'une part, et la protection de l'environnement et de la santé, d'autre part ; / () 7° L'organisation du stationnement sur la voirie et dans les parcs publics de stationnement, notamment en définissant les zones où la durée maximale de stationnement est réglementée, les zones de stationnement payant, les emplacements réservés aux personnes handicapées ou dont la mobilité est réduite, la politique de tarification des stationnements sur la voirie et dans les parcs publics corrélée à la politique de l'usage de la voirie, la localisation des parcs de rabattement à proximité des gares ou aux entrées de villes, les modalités particulières de stationnement et d'arrêt des véhicules de transport public, des taxis et des véhicules de livraison de marchandises, les mesures spécifiques susceptibles d'être prises pour certaines catégories d'usagers, notamment tendant à favoriser le stationnement des résidents et des véhicules bénéficiant du label " autopartage " tel que défini par voie réglementaire ; / (). ". Il résulte de ces dispositions qu'à l'exception des cas limitativement prévus par la loi dans lesquels les plans de déplacements urbains peuvent contenir des normes prescriptives, ceux-ci doivent se borner à fixer des orientations et des objectifs.

6. Si les requérants soutiennent que la délibération attaquée méconnaît le principe d'équilibre posé au 1° de cet article, dès lors que le PDU impose sans contrepartie de nouvelles contraintes aux habitants du quartier du Petit-Maroc, ils ne précisent pas en quoi consistent ces nouvelles contraintes. S'ils suggèrent que ce plan vise à diminuer le nombre de places de stationnement dans le centre-ville, dont le quartier du Petit-Maroc fait partie, l'axe " 9.1 Un cœur d'agglomération accessible et apaisé " du plan d'actions, qu'ils ne citent d'ailleurs pas, ne prévoit pas une telle diminution mais se borne à promouvoir " une logique de rééquilibrage de la place de la voiture par rapport aux piétons et aux cyclistes ". Pour ce motif, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le plan d'actions du PDU est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation à défaut d'exclusion du quartier du Petit-Maroc des dispositions prévoyant une baisse du stationnement et de la circulation dans le centre-ville. Par ailleurs, à supposer que le quartier du Petit-Maroc serait, compte tenu de son enclavement temporaire à l'occasion de la fermeture des ponts et de l'absence d'arrêt de bus au sein même du quartier, exclu du " défi n°2 " de la stratégie 2019-2025 du PDU, intitulé "garantir le territoire du quart d'heure ", lequel vise à une accessibilité performante aux grands pôles du territoire et à favoriser la marche et le vélo à l'échelle de chaque centralité, la délibération attaquée n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'il n'est pas contesté que cet objectif relève de ceux évoqués à l'article L. 1214-2 du code des transports. Enfin, la seule circonstance que le règlement du PLUi autorise dans le quartier du Petit-Maroc des constructions relevant d'autres destinations que la destination habitation, pour lesquelles les places de stationnement devront être réalisées en dehors de ce secteur, n'est pas de nature à démontrer que la délibération méconnaît le 7° de l'article L. 1214-1 du code des transports à raison de l'absence de mesures spécifiques tendant à favoriser le stationnement des résidents dans le quartier du Petit-Maroc, dès lors qu'il n'est pas établi que ce stationnement serait mis en péril.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation de la délibération du 4 février 2020 approuvant le plan de déplacements urbains de la Carene.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la communauté d'agglomération, qui n'a pas dans la présente instance la qualité de partie perdante, le versement d'une somme sur ce fondement. Il n'y a pas lieu dans les circonstances de l'espèce de faire droit aux conclusions que la communauté d'agglomération présente également à ce titre.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A et M. C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la communauté d'agglomération de la région nazairienne et de l'estuaire présentées sur le fondement de l'article L. 761-1du code de l'urbanisme sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, représentant unique des requérants, et à la communauté d'agglomération de la région nazairienne et de l'estuaire.

Délibéré après l'audience du 2 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Iselin, président,

Mme Thomas, première conseillère,

Mme Milin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2023.

La rapporteure,

C. MILINLe président,

B. ISELIN

La greffière,

L. LÉCUYER

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique, en ce qui le concerne

ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun

contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N°2003818

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