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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2003924

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2003924

mardi 6 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2003924
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantATLANTIC JURIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 3 avril 2020 et le 29 juillet 2022, M. A B, représenté par Me Tertrais, demande au tribunal :

1°) d'annuler le titre de perception émis à son encontre le 18 novembre 2019 pour avoir paiement d'une somme de 1 474,05 euros au titre d'un trop-perçu de rémunération, ainsi que la décision du 29 janvier 2020 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours gracieux contre ce titre ;

2°) de le décharger de l'obligation de payer la somme de 1 474,05 euros ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'illégalité de la décision portant admission à la retraite d'office entraîne par voie de conséquence, l'illégalité du titre de perception litigieux ;

- le titre de perception attaqué est insuffisamment motivé ;

- la créance litigieuse est infondée, dès lors que le versement du demi-traitement dont il a bénéficié avant d'être admis rétroactivement à la retraite était un acte créateur de droits.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 1er octobre 2021 et le 23 mai 2022, le préfet de la zone de défense et de sécurité Ouest conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable, à défaut d'avoir été précédée de la réclamation préalable devant le comptable chargé du recouvrement du titre de perception prévue par les dispositions des articles 118 et 119 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique ;

- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code des pensions civiles et militaires de retraite ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n° 84-1051 du 30 novembre 1984 ;

- le décret n° 85-986 du 16 septembre 1985 ;

- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;

- le décret n° 95-654 du 9 mai 1995 ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Frelaut,

- les conclusions de M. Jégard, rapporteur public,

- et les observations de Me Tertrais, avocat de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, fonctionnaire de police depuis le 1er décembre 2000, au grade de brigadier, était affecté à la circonscription de sécurité publique de la Roche-sur-Yon. Atteint d'une pathologie physique invalidante à la suite d'un accident domestique survenu pendant l'été 2013, qui lui a occasionné une rupture du tendon du biceps brachial, M. B a été en arrêt de travail à compter du 24 septembre 2013. Par un arrêté du 8 décembre 2016, après avis du comité médical interdépartemental du 1er décembre 2016, M. B a été placé en congé de longue maladie pour une première période d'un an, à plein traitement, du 24 septembre 2013 au 24 septembre 2014. L'article 3 de ce même arrêté a fixé une deuxième période de congé de longue maladie d'un an du 24 septembre 2014 au 23 septembre 2015 et l'article 4 une ultime période d'un an du 24 septembre 2015 au 23 septembre 2016, toutes deux à demi-traitement. Par ce même arrêté, M. B a enfin été placé en disponibilité d'office du 24 septembre au 31 décembre 2016. Par des arrêtés des 18 avril 2017, 30 juin 2017, 12 janvier 2018 et 3 mai 2018, le préfet délégué pour la défense et la sécurité Ouest a maintenu M. B en disponibilité d'office, du 1er janvier 2017 au 31 août 2018. Par un jugement n° 1705154, 1705265, 1708823, 1802763 et 1805932 du 23 juin 2020, le tribunal a annulé les arrêtés du préfet délégué pour la défense et la sécurité Ouest du 8 décembre 2016, du 18 avril 2017, du 30 juin 2017, du 12 janvier 2018 et du 3 mai 2018, en raison de l'illégalité de la décision de placement initial en disponibilité d'office, M. B n'ayant pas été invité à présenter une demande de reclassement préalablement à cette décision. Par un arrêté du 12 avril 2019, le préfet délégué pour la défense et la sécurité Ouest a maintenu M. B en disponibilité d'office pour une durée d'un an, comprise entre le 1er septembre 2018 et le 31 août 2019. Par un arrêté du 23 septembre 2019, la préfète de la zone de défense et de sécurité Ouest l'a admis à la retraite d'office pour invalidité non imputable au service, à compter du 1er septembre 2019. Le 18 novembre 2019, un titre de perception a été émis à son encontre pour avoir paiement d'une somme de 1 474,05 euros, correspondant à un indu de rémunération. Par un courrier du 13 décembre 2019, M. B a formé une réclamation contre ce titre de perception auprès du directeur régional des finances publiques de Bretagne, qui a transmis cette réclamation au ministre de l'intérieur. Par une décision du 29 janvier 2020, le ministre de l'intérieur a rejeté ce recours. Par sa requête, M. B demande au tribunal d'annuler le titre de perception du 18 novembre 2019 ainsi que la décision du ministre de l'intérieur du 29 janvier 2020, et de le décharger de l'obligation de payer la somme de 1 474,05 euros.

Sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet en défense :

2. Aux termes de l'article 118 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " En cas de contestation d'un titre de perception, avant de saisir la juridiction compétente, le redevable doit adresser cette contestation, appuyée de toutes pièces ou justifications utiles, au comptable chargé du recouvrement de l'ordre de recouvrer. / Le droit de contestation d'un titre de perception se prescrit dans les deux mois suivant la notification du titre ou, à défaut, du premier acte de poursuite qui procède du titre en cause. / Le comptable compétent accuse réception de la contestation en précisant sa date de réception ainsi que les délais et voies de recours. Il la transmet à l'ordonnateur à l'origine du titre qui dispose d'un délai pour statuer de six mois à compter de la date de réception de la contestation par le comptable. A défaut d'une décision notifiée dans ce délai, la contestation est considérée comme rejetée. / La décision rendue par l'administration en application de l'alinéa précédent peut faire l'objet d'un recours devant la juridiction compétente dans un délai de deux mois à compter de la date de notification de cette décision ou, à défaut de cette notification, dans un délai de deux mois à compter de la date d'expiration du délai prévu à l'alinéa précédent. ".

3. En l'espèce, par un courrier daté du 13 décembre 2019, adressé au directeur régional des finances publiques de Bretagne et reçu par l'administration le 26 décembre 2019, M. B a formé la réclamation préalable prévue par les dispositions précitées de l'article 118 du décret du 7 novembre 2012. Contrairement à ce que fait valoir le préfet en défense, cette réclamation indique son objet, ses motifs et conclut à l'annulation du titre de perception litigieux. Dans ces circonstances, la fin de non-recevoir tirée du caractère insuffisamment précis de la réclamation du requérant doit être écartée comme manquant en fait.

Sur les conclusions à fin d'annulation du titre de perception du 18 novembre 2019, ainsi que la décision du ministre de l'intérieur du 29 janvier 2020 :

4. Aux termes de l'article 47 du décret du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des comités médicaux et des commissions de réforme, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires : " Le fonctionnaire ne pouvant, à l'expiration de la dernière période de congé de longue maladie ou de longue durée, reprendre son service est soit admis au bénéfice de la période de préparation au reclassement ou reclassé dans un autre emploi, en application du décret n° 84-1051 du 30 novembre 1984 pris en application de l'article 63 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat en vue de faciliter le reclassement des fonctionnaires de l'Etat reconnus inaptes à l'exercice de leurs fonctions, soit mis en disponibilité, soit admis à la retraite après avis d'un conseil médical. / Pendant toute la durée de la procédure requérant l'avis d'un conseil médical, le paiement du demi-traitement est maintenu jusqu'à la date de la décision de reprise de service ou de réintégration, de reclassement, de mise en disponibilité ou d'admission à la retraite. ".

5. La circonstance que la décision prononçant la reprise d'activité, le reclassement, la mise en disponibilité ou l'admission à la retraite rétroagisse à la date de fin des congés de maladie n'a pas pour effet de retirer le caractère créateur de droits du maintien du demi-traitement prévu par les dispositions citées au point précédent. Le demi-traitement versé à M. B à l'issue de sa disponibilité d'office, au titre de la période comprise entre le 1er et le 23 septembre 2019, était ainsi un acte créateur de droits. Par suite, le requérant est fondé à soutenir qu'en émettant le titre de perception litigieux pour obtenir le paiement de la créance née du versement de ce demi-traitement, l'administration a méconnu les dispositions précitées de l'article 47 du décret du 14 mars 1986.

6. Il résulte de tout ce qui précède que le titre de perception du 18 novembre 2019 d'un montant de 1 474,05 euros et la décision de rejet du recours gracieux du requérant contre ce titre, datée du 29 janvier 2020, doivent être annulés, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête.

Sur les conclusions à fin de décharge :

7. Il résulte de tout ce qui précède que M. B doit être déchargé de l'obligation de payer la somme de 1 474,05 euros.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, en vertu de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Le titre de perception du 18 novembre 2019 et la décision du ministre de l'intérieur du 29 janvier 2020 sont annulés.

Article 2 : M. B est déchargé de l'obligation de payer la somme de 1 474,05 euros.

Article 3 : L'Etat versera à M. B la somme de 1 200 (mille deux cents) euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet délégué pour la défense et la sécurité Ouest

Délibéré après l'audience du 9 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Degommier, président,

Mme Frelaut, première conseillère,

Mme Martel, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2023.

La rapporteure,

L. FRELAUT

Le président,

S. DEGOMMIERLa greffière,

F. ARLAIS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce que requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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