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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2003990

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2003990

mercredi 14 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2003990
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantCLOAREC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 avril 2020, M. B F, représenté par

Me Cloarec, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 30 décembre 2019 par laquelle le Préfet de la Sarthe a rejeté sa demande de titre de séjour " salarié " et " vie privée et familiale " ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Sarthe de lui délivrer un titre de séjour dans délai d'un mois, en application de l'article L. 911-1 du Code de justice administrative ;

4°) à défaut, d'enjoindre au préfet de la Sarthe de réexaminer sa situation en application de l'article L. 911-2 du code de justice administrative dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans cette attente une autorisation provisoire de séjour ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de

1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la requête est recevable ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article R. 311-2-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont il estime remplir les conditions ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et de la circulaire ministérielle du 28 novembre 2012 n° NOR INTK1229185C.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 août 2022, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

La clôture immédiate de l'instruction a été prononcée par une ordonnance du

18 octobre 2022, en application des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative.

M. F a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 avril 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version alors applicable;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. E a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. F, ressortissant pakistanais qui dit être né le 6 juin 2000 et être entré en France le 7 juillet 2016 alors qu'il était mineur, a été confié par le juge des tutelles, le

13 octobre 2016, au département de la Sarthe. Il a entrepris une formation en certificat d'aptitude professionnelle (CAP) " maçonnerie " qu'il a abandonnée en novembre 2017. Il a ensuite entrepris une formation en CAP " agent polyvalent en restauration ". M. F a formé, le 26 janvier 2018, une demande de titre de séjour mention " salarié " sur le fondement de l'article L. 313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par lettre du

4 décembre 2018 le préfet de la Sarthe lui a demandé de produire les originaux des actes d'état civil joints à sa demande afin de procéder à la vérification de leur authenticité. Par une décision du 30 décembre 2019, dont le requérant demande l'annulation au tribunal, le préfet de la Sarthe a rejeté la demande de titre de séjour de M. F au motif qu'il ne justifiait pas de son état civil en méconnaissance des dispositions de l'article R. 311-2-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur les conclusions tendant à l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Par une décision du 10 avril 2020 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nantes, M. F a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Les conclusions tendant à ce que le requérant soit provisoirement admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle sont ainsi devenues sans objet. Il n'y a donc plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

1. En premier lieu, aux termes de l'article R311-2-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente les documents justifiant de son état civil et de sa nationalité et, le cas échéant, de ceux de son conjoint, de ses enfants et de ses ascendants. ". Aux termes de l'article 47 du Code civil: " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. ". Aux termes de l'article L111-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile: "La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil ".

2. Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis. Ce faisant, il lui appartient d'apprécier les conséquences à tirer de la production par l'étranger d'une carte consulaire ou d'un passeport dont l'authenticité est établie ou n'est pas contestée, sans qu'une force probante particulière puisse être attribuée ou refusée par principe à de tels documents.

3. En l'espèce, pour justifier de son identité, M. F a produit un acte de naissance. Le 18 janvier 2019, la police de l'air et des frontières (PAF) a émis un rapport défavorable sur la recevabilité et l'irrégularité de ce document, par ailleurs dépourvu de légalisation. Si le requérant se prévaut de ce que cet acte d'état civil a été considéré comme valable par le service administratif national d'immatriculation (SANDIA) des assurés de la caisse nationale d'assurance vieillesse des travailleurs salariés, il ressort en réalité des pièces du dossier que cette immatriculation des jeunes placés à l'aide sociale à l'enfance se fait au regard d'une simple attestation du conseil départemental. La détention d'un numéro d'immatriculation au répertoire de la SANDIA ne suffit donc pas à établir l'authenticité des documents d'état civil produits. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier, que l'ambassade de France à Islamabad a informé les services préfectoraux que l'acte de naissance présenté par l'intéressé était faux, le véritable nom de Monsieur A se disant F B étant Yasir D, né le 8 avril 1998. Si l'intéressé fait valoir que M. C D est décédé et produit à l'appui de ses affirmations un acte de décès, il est constant que l'authenticité de ce document, produit pour la première fois dans le cadre de l'instance, n'a pu être vérifié par les autorités françaises compétentes. Toutefois, il ressort clairement du rapport de l'avocat conseil de l'ambassade de France au Pakistan que l'identité réelle de M. F est bien celle de M. D. Dès lors, les conclusions de ce rapport sont propres à renverser la présomption d'exactitude de l'acte de décès ainsi produit. A la lumière de l'ensemble de ces éléments, le préfet de la Sarthe a pu, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation, considérer que le requérant ne justifiait pas de son identité dans les conditions prévues à l'article R. 311-2-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et refuser pour ce motif de lui délivrer le titre de séjour sollicité.

4. En deuxième lieu, le requérant ne peut utilement se prévaloir de la circulaire ministérielle du 28 novembre 2012 n° NOR INTK1229185C dont les dispositions ne présentent pas un caractère réglementaire.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel et sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire prévue aux 7° et 2° de l'article

L. 313-10 portant la mention " salarié " ou la mention " travailleur temporaire " peut être délivrée, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, à l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle, sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Le respect de la condition prévue à l'article L. 313-2 n'est pas exigé. ".

6. En l'espèce, il résulte de ce qui a été exposé au point 4 que M. F ne justifie pas de son identité et, par voie de conséquence, il ne peut dès lors être considéré comme établissant avoir été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans. Par suite, en dépit du de la formation suivie par M. F, en CAP de maçonnerie, puis, en apprentissage en cuisine, et de l'obtention d'un contrat à durée indéterminée en qualité de commis de cuisine et plongeur le 1er septembre 2019 dans un restaurant du Mans, le préfet de la Sarthe a pu, sans entacher sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation, rejeter la demande de titre de séjour formée sur le fondement des dispositions de l'article L. 313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par le requérant doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions du requérant tendant à son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de M. F est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B F, à Me Anne-Lise Cloarec et au préfet de la Sarthe.

Délibéré après l'audience du 23 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Loirat, présidente,

M. Gauthier, premier conseiller,

M. Marowski, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 décembre 2022.

Le rapporteur,

Y. E

La présidente,

C. LOIRAT

La greffière,

P. LABOUREL

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2003990

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