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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2004036

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2004036

mardi 7 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2004036
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantCLOAREC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 avril 2020, M. C E, représenté par Me Cloarec, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 24 juin 2019 par lequel le préfet de la Sarthe a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Sarthe, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification de ce jugement et de le munir d'un récépissé pour l'examen de sa demande ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de fait sur sa nationalité ;

- elle a été prise en méconnaissance de l'article R. 311-2-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il justifie de son état civil ;

- elle méconnaît les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du même code ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 septembre 2022, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 avril 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C E, ressortissant malien, né le 17 mars 2000, déclare être entré irrégulièrement sur le territoire français le 16 novembre 2016. Il a été pris en charge en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance par une ordonnance du 24 janvier 2017 du tribunal de grande instance du Mans. Il a sollicité son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision du 24 juin 2019, le préfet de la Sarthe a refusé de lui délivrer un titre de séjour. Par sa requête, M. E demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

Sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête ;

2. D'une part, aux termes de l'article L. 313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel et sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire prévue aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 portant la mention " salarié " ou la mention " travailleur temporaire " peut être délivrée, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, à l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle, sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Le respect de la condition prévue à l'article L. 313-2 n'est pas exigé. ".

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 311-2-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente les documents justifiant de son état civil et de sa nationalité et, le cas échéant, de ceux de son conjoint, de ses enfants et de ses ascendants ". Et aux termes de l'article 47 du code civil enfin : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ".

4. Aux termes de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies à l'article 47 du code civil. ". Selon ce dernier : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. Celle-ci est appréciée au regard de la loi française ". Il résulte de ces dispositions qu'il n'appartient pas aux autorités administratives françaises de mettre en doute le bien-fondé d'un acte d'état civil étranger, hormis le cas où le document produit aurait un caractère frauduleux. La force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit, en conséquence, se fonder sur l'ensemble des éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis.

5. En outre, l'article R. 431-10 du code civil dispose : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiants de son état civil ; / () / La délivrance du premier récépissé et l'intervention de la décision relative au titre de séjour sollicité sont subordonnées à la production de ces documents. / () ".

6. Il n'appartient pas aux autorités administratives françaises de mettre en doute le bien-fondé d'une décision rendue par une autorité juridictionnelle étrangère, hormis le cas où le document produit aurait un caractère frauduleux. La force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis.

7. Pour refuser au requérant la délivrance d'une carte de séjour temporaire, le préfet de la Loire-Atlantique a retenu que, du fait d'une fraude, l'étranger ne justifie pas de son état civil.

8. Il ressort des pièces du dossier que pour justifier de son état civil, M. E produit un jugement supplétif d'acte de naissance n°3184 du 16 mai 2017 du tribunal civil de la commune II du district de Bamako, ainsi qu'un acte de naissance dressé le 26 mai 2017 en transcription de ce jugement, ayant fait l'objet d'une attestation d'authenticité du consul général de la République du Mali en France. Le requérant produit également une fiche descriptive individuelle en date du 25 juin 2019 portant la mention de son numéro d'identification nationale personnelle dit A rendu obligatoire par la loi du 30 décembre 2011 portant code des personnes et de la famille au Mali. Il ressort certes de rapports simplifiés d'analyse documentaire établis le 20 mars 2019 par le ministère de l'intérieur que ces documents ne seraient pas conformes à l'article 554 du code de procédure civile malien. Toutefois, la circonstance que le délai d'appel prévu par cet article n'a pas été respecté avant la transcription du jugement supplétif dans les registres d'état civil ne suffit pas à établir le caractère frauduleux de ces actes. Si ce rapport relève également la contrariété de l'acte de naissance avec les articles 124 et 126 de la loi du 30 décembre 2011 portant code des personnes et de la famille au Mali, cette circonstance ne suffit à priver ces documents de caractère probant. S'il y est mentionné que la numérotation de l'acte de naissance produit comporterait une surcharge d'écriture et qu'une carte d'identité consulaire " falsifiée par grattage " sur le volet de la photographie aurait été produite, cela ne ressort pas des pièces du dossier. Dans ces conditions, la seule circonstance que l'un des timbres humides apposé sur le jugement supplétif comporte une faute d'orthographe ne suffit pas à donner à l'ensemble des documents d'état civil produits un caractère apocryphe. Par suite, l'état civil de l'intéressé est établi et il résulte de cet état civil que cet étranger a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans. Par suite, c'est à tort que le préfet de la Loire-Atlantique a décidé de refuser de délivrer à cet étranger une carte de séjour temporaire en application des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au motif rappelé au point 8 ci-dessus.

9. Il résulte de ce qui précède que le requérant est fondé à demander l'annulation de la décision lui refusant la délivrance de ce titre de séjour. L'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de destination en cas d'éloignement d'office doivent, en conséquence, être annulées.

10. L'annulation prononcée par le présent jugement implique que soit délivrée à M. E la carte de séjour temporaire prévue à l'article L. 313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans un délai qu'il y a lieu de fixer à deux mois. Dans l'attente de cette délivrance, le préfet délivrera à l'intéressé une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à exercer une activité professionnelle.

11. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Cloarec de la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de la Sarthe du 24 juin 2019 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Sarthe de délivrer à M. C E une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans les deux mois de la notification du présent jugement et, dans l'attente de cette délivrance et sans délai à compter de cette notification, de le munir d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à exercer une activité professionnelle.

Article 3 : L'Etat versera à Me Cloarec la somme de 1 200 (mille deux cents) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C E, à Me Cloarec et au préfet de la Sarthe.

Délibéré après l'audience du 17 janvier 2023 à laquelle siégeaient :

M. B de Baleine, président,

Mme Thomas, première conseillère,

Mme Milin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 février 2023.

La rapporteure,

S. D

Le président,

A. B DE BALEINE

La greffière,

L. LÉCUYER

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

N°2004036

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