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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2004099

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2004099

mercredi 14 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2004099
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantMOUTEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 avril 2020, Mme B A, représentée par

Me Moutel, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 14 août 2018 par laquelle le Préfet de la Sarthe a rejeté sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Sarthe de lui délivrer un titre de séjour en qualité de " parent d'enfant français " dans délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer durant cet examen une autorisation provisoire de séjour ;

3°) à défaut, d'enjoindre au préfet de la Sarthe de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer durant cet examen une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la requête est recevable ;

- la décision est entachée d'incompétence ;

- la décision méconnaît les dispositions du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3 (§ 1) de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 août 2022, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la requête est irrecevable et que les moyens invoqués par la requérante ne sont en tout état de cause pas fondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 septembre 2019.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version alors applicable;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

-le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 portant application de la loi n° 91-647 ;

- le code de justice administrative ;

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. D a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante comorienne, née le 22 mai 1976, déclare être entrée régulièrement sur le territoire français le 19 novembre 2017, munie d'un titre de séjour " vie privée et familiale " valable exclusivement à Mayotte du 15 décembre 2016 au

14 décembre 2017 et sous couvert d'un visa court séjour de 10 jours, valable du 19 novembre 2017 au 6 décembre 2017. L'intéressée a, le 11 janvier 2018, sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en tant que parent d'enfant français. Sa demande a fait l'objet d'un refus d'enregistrement, l'intéressée n'ayant pas transmis les documents nécessaires à l'instruction de sa demande. Le 30 juillet 2018, la requérante a sollicité de nouveau la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des mêmes dispositions. Par une décision du 14 août 2018, dont Mme A demande au tribunal l'annulation, le préfet de la Sarthe a refusé la délivrance du titre de séjour sollicité.

Sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet de la Sarthe :

2. Le préfet de la Sarthe soutient que la requête de Mme A, enregistrée le

9 avril 2020, est tardive compte tenu des dispositions du deuxième alinéa de l'article 56 du décret du 19 décembre 1991, dès lors que le délai de recours contentieux, interrompu par la demande d'aide juridictionnelle formée pour le compte de l'intéressée, a couru de nouveau à compter de la notification la décision du bureau d'aide juridictionnelle, en date du

2 septembre 2019, lui accordant l'aide juridictionnelle totale. Toutefois, les pièces du dossier ne permettent pas d'établir la date à laquelle cette décision a été notifiée à l'intéressée. Dans ces conditions, le préfet de la Sarthe n'établit pas que le délai de recours contentieux était expiré à la date d'enregistrement de la présente requête. La fin de non-recevoir opposée par le préfet ne peut, par suite, être accueillie.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. En premier lieu, il ressort de l'arrêté de délégation de signature du

11 décembre 2017, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Sarthe n°96 du mois de décembre 2017, que M. C Baron, secrétaire général de la préfecture de la Sarthe, était bien compétent pour signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département de la Sarthe, à l'exception des propositions à la Légion d'honneur et à l'Ordre national du mérite. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit ainsi être écarté.

4. En deuxième lieu, la décision attaquée rappelle les conditions d'entrée en France métropolitaine de Mme A, titulaire d'un titre de séjour " vie privée et familiale " valable exclusivement à Mayotte du 15 décembre 2016 au 14 décembre 2017. Elle cite l'article L. 832-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et rappelle qu'en vertu de l'article L. 311-1 du même code, la délivrance d'un titre de séjour " vie privée et familiale " est subordonné à la détention d'un visa de plus de trois mois. Mme A ne pouvant justifier que d'un visa de court séjour, sa demande de titre de séjour en qualité de parent d'enfant français est rejetée. Cette décision comporte, contrairement à ce que soutient la requérante, un exposé suffisant des motifs de droit et de fait qui la sous-tendent. Le moyen tiré du défaut de motivation de la décision attaquée doit donc être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () 6° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée ". Le titulaire d'une telle carte de séjour, comme tout étranger séjournant régulièrement sur le territoire, peut en principe, ainsi que l'énonce l'article R. 321-1 du code, circuler librement " en France ", c'est à dire, conformément à ce qui résulte de l'article L. 111-3 du même code, en France métropolitaine, en Guadeloupe, en Guyane, en Martinique, à la Réunion, à Saint-Pierre-et-Miquelon, à Saint-Barthélemy, à Saint-Martin et à Mayotte.

6. Toutefois, l'article L. 832-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile limite la validité territoriale des titres de séjour délivrés à Mayotte, en disposant que : " les titres de séjour délivrés par le représentant de l'Etat à Mayotte, à l'exception des titres délivrés en application des dispositions des articles L. 121-3, L. 313-4-1, L. 313-8, du 6° de l'article L. 313-10, de l'article L. 313-13 et du chapitre IV du titre Ier du livre III, n'autorisent le séjour que sur le territoire de Mayotte ". En vertu du deuxième alinéa de cet article L. 832-2, " les ressortissants de pays figurant sur la liste () des pays tiers dont les ressortissants sont soumis à l'obligation de visa pour franchir les frontières extérieures des Etats membres, qui résident régulièrement à Mayotte sous couvert d'un titre de séjour n'autorisant que le séjour à Mayotte et qui souhaitent se rendre dans un autre département doivent obtenir un visa. Ce visa est délivré, pour une durée et dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat, par le représentant de l'Etat à Mayotte après avis du représentant de l'Etat dans le département où ils se rendent, en tenant compte notamment du risque de maintien irrégulier des intéressés hors du territoire de Mayotte et des considérations d'ordre public ". L'article R. 832-2 du même code précise : " L'étranger qui sollicite le visa prévu à l'article

L. 832-2 présente son document de voyage, le titre sous couvert duquel il est autorisé à séjourner à Mayotte, les documents permettant d'établir les conditions de son séjour dans le département de destination, les moyens d'existence lui permettant de faire face à ses frais de séjour ainsi que les garanties de son retour à Mayotte. / Sauf circonstances exceptionnelles, ce visa ne peut lui être délivré pour une durée de séjour excédant trois mois () ". Sous la qualification de " visa ", ces dispositions instituent une autorisation spéciale, délivrée par le représentant de l'État à Mayotte, que doit obtenir l'étranger titulaire d'un titre de séjour délivré à Mayotte dont la validité est limitée à ce département, lorsqu'il entend se rendre dans un autre département. La délivrance de cette autorisation spéciale, sous conditions que l'étranger établisse les moyens d'existence lui permettant de faire face à ses frais de séjour et les garanties de son retour à Mayotte, revient à étendre la validité territoriale du titre de séjour qui a été délivré à Mayotte, pour une durée qui ne peut en principe excéder trois mois.

7. Les dispositions de l'article L. 832-2, qui subordonnent ainsi l'accès aux autres départements de l'étranger titulaire d'un titre de séjour délivré à Mayotte à l'obtention de cette autorisation spéciale, font obstacle à ce que cet étranger, s'il gagne un autre département sans avoir obtenu cette autorisation, puisse prétendre dans cet autre département à la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions de droit commun et en particulier à la délivrance de plein droit de la carte de séjour temporaire telle que prévue à l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. Il ressort des pièces du dossier que Mme A, mère d'un enfant français né à Mayotte et titulaire à ce titre d'une carte de séjour temporaire délivrée à Mayotte et valable jusqu'au 14 décembre 2017, s'est rendue sur le territoire métropolitain de la France sans être titulaire de l'autorisation spéciale prévue par les dispositions précitées. Elle ne remplissait dès lors pas les conditions pour prétendre à la délivrance de plein droit de la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " prévue par les dispositions du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, quand bien même ces dispositions ne soumettent pas l'obtention du titre de séjour à la condition d'une entrée régulière en France ou à la possession d'un visa de long séjour. Par suite, le préfet de la Sarthe n'a pas méconnu les dispositions du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers en refusant de lui délivrer le titre de séjour sollicité.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Cécile Moutel et au préfet de la Sarthe.

Délibéré après l'audience du 23 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Loirat, présidente,

M. Gauthier, premier conseiller,

M. Marowski, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 décembre 2022.

Le rapporteur,

Y. D

La présidente,

C. LOIRAT

La greffière,

P. LABOUREL

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2004099

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