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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2004101

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2004101

mercredi 9 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2004101
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantRODRIGUES DEVESAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 avril 2020, M. A B, représenté par

Me Rodrigues Devesas, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a refusé le versement rétroactif de l'allocation pour demandeur d'asile ;

2°) d'enjoindre à l'OFII de rétablir le bénéfice de l'allocation pour demandeur d'asile majorée à compter du 17 avril 2019, dans un délai de deux mois à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'OFII le versement à son conseil de la somme de 1 800 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit.

Par une lettre du 9 mai 2022, l'OFII a été mis en demeure de produire ses observations dans un délai de 15 jours.

Un mémoire, présenté par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, a été enregistré le 18 octobre 2022.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du

22 février 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.

Une note en délibéré, présentée par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, a été enregistrée le 19 octobre 2022 à 12h54.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant afghan né le 5 août 1995, déclare être entré sur le territoire français en novembre 2017. Il a sollicité l'asile auprès de la préfecture de police le 17 avril 2018. La consultation du fichier " Eurodac " faite sur la base de son relevé décadactylaire a révélé que ses empreintes digitales avaient été enregistrées en Allemagne le 12 octobre 2016, sous le n° DE 1 161012NUR00582, rendant cet État responsable de l'examen de sa demande d'asile en application des dispositions du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Les autorités allemandes ont été saisies, le 23 avril 2018, d'une demande de reprise en charge de M. B sur le fondement des dispositions de l'article 18.1b de ce règlement. Elles ont accepté, le

30 avril 2018, leur responsabilité dans le traitement de cette demande d'asile. Par deux arrêtés du 26 juillet 2018, notifiés le 3 septembre suivant, le préfet du Finistère a décidé du transfert de M. B aux autorités allemandes ainsi que de son assignation à résidence pour une durée de

45 jours. Par un jugement du 11 septembre 2018, le magistrat désigné du tribunal administratif de Rennes a rejeté le recours contre ces deux arrêtés. M. B a été transféré vers l'Allemagne mais est revenu en France au début de l'année 2019 et a de nouveau présenté une demande d'asile, enregistrée le 17 avril 2019 en procédure accélérée. Par une lettre reçue le

15 juillet 2019, M. B a demandé à l'OFII le versement rétroactif de l'allocation pour demandeur d'asile. Une décision implicite est née du silence gardé par l'OFII sur cette demande. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler cette décision implicite.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 742-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicable : " Lorsque l'autorité administrative estime que l'examen d'une demande d'asile relève de la compétence d'un autre Etat qu'elle entend requérir, l'étranger bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français jusqu'à la fin de la procédure de détermination de l'Etat responsable de l'examen de sa demande et, le cas échéant, jusqu'à son transfert effectif à destination de cet Etat () ". Et aux termes de l'article L. 744-9 du même code, alors applicable : " () Le versement de l'allocation prend fin () à la date du transfert effectif vers un autre Etat si sa demande relève de la compétence de cet Etat () ". Il résulte de ces dispositions que lorsqu'un demandeur d'asile a été transféré vers l'Etat responsable de l'examen de sa demande, c'est à ce dernier de lui assurer les conditions matérielles d'accueil. En cas de retour de l'intéressé en France sans que la demande n'ait été examinée et de présentation d'une nouvelle demande, l'OFII peut refuser le bénéfice de ces droits, sauf si les autorités en charge de cette nouvelle demande décident de l'examiner ou si, compte tenu du refus de l'Etat responsable d'examiner la demande précédente, il leur revient de le faire.

3. Il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que M. B aurait été empêché d'introduire sa demande d'asile en Allemagne ou de faire valoir devant les autorités de police de ce pays les craintes qu'il éprouverait en cas de retour en Afghanistan. En revenant en France, M. B a méconnu son obligation de respecter les exigences des autorités de l'asile. Mais la nouvelle demande d'asile présentée par le requérant le 17 avril 2019 ayant été enregistrée selon la procédure accélérée, M. B a été mis en possession d'une attestation de demande d'asile portant la mention " Première demande d'asile ". L'État français s'est ainsi reconnu responsable de l'examen de cette demande. Par suite, en refusant le versement de l'allocation pour demandeur d'asile à compter du 17 avril 2019, l'OFII a entaché sa décision d'une erreur de droit.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

4. Le présent jugement implique seulement que le droit de M. B au bénéfice des conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile soit réexaminé. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre à l'OFII de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

5. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que

Me Rodrigues Devesas, avocat de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'OFII le versement à Me Rodrigues Devesas de la somme de 1 000 euros.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé à M. B le versement rétroactif de l'allocation pour demandeur d'asile est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à l'OFII de réexaminer le droit de M. B au bénéfice des conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'OFII versera à Me Rodrigues Devesas, avocat de M. B, la somme de 1 000 euros, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du

10 juillet 1991, sous réserve que Me Rodrigues Devesas renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Rodrigues Devesas et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 19 octobre 2022 à laquelle siégeaient :

Mme Loirat, présidente,

M. Gauthier, premier conseiller,

M. Marowski, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 novembre 2022.

Le rapporteur,

E. C

La présidente,

C. LOIRAT La greffière,

P. LABOUREL

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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