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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2004382

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2004382

mardi 14 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2004382
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSELARL LEXCAP RENNES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 21 avril 2020 et 3 février 2022, M. D A demande au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 18 décembre 2019 par laquelle le conseil communautaire de la communauté de communes Erdre et Gesvres a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal en ce qu'elle classe les parcelles cadastrées section AS n°s 454 et 62, situées sur le territoire de la commune de Nort-sur-Erdre, en zone agricole, pour tout ou partie ;

2°) de prononcer le classement de ces parcelles en zone UB.

Il soutient que le classement des parcelles cadastrées section AS n°s 454 et 62, situées sur le territoire de la commune de Nort-sur-Erdre, en zone agricole, pour tout ou partie, est entaché d'erreur manifeste d'appréciation compte de la superficie réduite des parcelles, de leur proximité avec le centre-ville, de leur caractère impropre à une exploitation agricole, de leur desserte par les réseaux et la voie publique, de l'incompatibilité de ce classement avec le projet d'aménagement et de développement durables qui préconise de densifier les tissus bâtis et les dents creuses et du caractère non-inondable des terrains.

Par un mémoire, enregistré le 25 juin 2021, la communauté de communes Erdre et Gesvres, représentée par la SELARL Lexcap, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge du requérant sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Un mémoire a été enregistré le 12 janvier 2023 pour la communauté de communes Erdre et Gesvres et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les conclusions de M. Sarda, rapporteur public,

- les observations de Me Oueslati, substituant Me Rouhaud, avocat de la communauté de communes Erdre et Gesvres.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération du 16 décembre 2015, le conseil communautaire de la communauté de communes Erdre et Gesvres a prescrit la révision du plan local d'urbanisme intercommunal. Par une délibération du 28 novembre 2018, le conseil communautaire a arrêté le projet de plan local d'urbanisme intercommunal, qui a fait l'objet d'une enquête publique du 15 avril 2019 au 24 mai 2019. Par une délibération du 18 décembre 2019, la communauté de communes Erdre et Gesvres a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal, qui classe les parcelles cadastrées section AS n°s 454 et 62, situées sur le territoire de la commune de Nort-sur-Erdre, en zone agricole, en tout ou en partie. Par un courrier du 11 février 2020, M. A a formé contre cette délibération un recours gracieux qui a fait l'objet d'un rejet implicite. Le requérant demande au tribunal d'annuler la délibération du 18 décembre 2019 en ce qu'elle classe les parcelles cadastrées section AS n°s 454 et 62 en zone agricole, en tout ou en partie.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article R. 151-17 du code de l'urbanisme : " Le règlement délimite, sur le ou les documents graphiques, les zones urbaines, les zones à urbaniser, les zones agricoles, les zones naturelles et forestières. / Il fixe les règles applicables à l'intérieur de chacune de ces zones dans les conditions prévues par la présente section. ". L'article R. 151-22 du même code dispose que : " Les zones agricoles sont dites " zones A ". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles. ". L'article R. 151-24 du même code dispose que : " Les zones naturelles et forestières sont dites " zones N ". Peuvent être classés en zone naturelle et forestière, les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison : /

1° Soit de la qualité des sites, milieux et espaces naturels, des paysages et de leur intérêt, notamment du point de vue esthétique, historique ou écologique ; / 2° Soit de l'existence d'une exploitation forestière ; / 3° Soit de leur caractère d'espaces naturels ; / 4° Soit de la nécessité de préserver ou restaurer les ressources naturelles ; / 5° Soit de la nécessité de prévenir les risques notamment d'expansion des crues. ".

3. D'une part, pour apprécier la cohérence exigée au sein du plan local d'urbanisme entre le règlement et le projet d'aménagement et de développement durables (PADD), il appartient au juge administratif de rechercher, dans le cadre d'une analyse globale le conduisant à se placer à l'échelle du territoire couvert par le document d'urbanisme, si le règlement ne contrarie pas les orientations générales et objectifs que les auteurs du document ont définis dans le projet d'aménagement et de développement durables, compte tenu de leur degré de précision. Par suite, l'inadéquation d'une disposition du règlement du plan local d'urbanisme à une orientation ou à un objectif du PADD ne suffit pas nécessairement, compte tenu de l'existence d'autres orientations ou objectifs au sein de ce projet, à caractériser une incohérence entre ce règlement et ce projet.

4. D'autre part, il résulte des dispositions précédemment citées qu'une zone agricole, dite " zone A ", du plan local d'urbanisme a vocation à couvrir, en cohérence avec les orientations générales et les objectifs du projet d'aménagement et de développement durables, un secteur, équipé ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles. Si, pour apprécier la légalité du classement d'une parcelle en zone A, le juge n'a pas à vérifier que la parcelle en cause présente, par elle-même, le caractère d'une terre agricole et peut se fonder sur la vocation du secteur auquel cette parcelle peut être rattachée, en tenant compte du parti urbanistique retenu ainsi que, le cas échéant, de la nature et de l'ampleur des aménagements ou constructions qu'elle supporte, ce classement doit cependant être justifié par la préservation du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles de la collectivité concernée, à plus forte raison lorsque les parcelles en cause comportent des habitations voire présentent un caractère urbanisé.

5. Il est de la nature de toute réglementation d'urbanisme de distinguer des zones où les possibilités de construire sont différentes. Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par ce plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir mais sans être lié par les modalités existantes d'utilisation des sols, dont ils peuvent prévoir la modification dans l'intérêt de l'urbanisme, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. La légalité des dispositions du règlement d'un plan local d'urbanisme s'apprécie au regard du parti d'urbanisme retenu, défini notamment par les orientations générales et par les objectifs du projet d'aménagement et de développement durables. L'appréciation des auteurs du plan sur ces différents points ne peut être censurée par le juge administratif que si elle est fondée sur des faits matériellement inexacts ou entachée d'une erreur manifeste ou d'un détournement de pouvoir.

6. Aux termes du projet d'aménagement et de développement durable du PLUi d'Erdre et Gesvres : " Axe 1 : ménager un socle agricole et naturel en forte évolution, en adoptant un modèle de développement respectueux de l'environnement. / 1.1 Favoriser le développement d'Erdre et Gesvres vers des solutions moins consommatrices en espaces agricoles et naturels. / ) Modérer la consommation des terres agricoles à travers un urbanisme raisonné et économe en espace dans le respect des lois et documents supra-communaux en vigueur, et notamment : / - réduire la consommation des espaces agricoles, naturels et forestiers d'environ 35% par rapport à la consommation d'espace constatée sur la période précédente, / - permettre l'accueil a minima de 30% des objectifs de production de logements au sein de l'enveloppe urbaine en privilégiant le renouvellement urbain, l'utilisation des " dents creuses " et la densification des tissus bâtis, / - limiter les impacts sur l'activité agricole en privilégiant le développement où le contexte urbain est le plus opportun, / () 2.3 Protéger la trame bleue. / L'eau a une place importante et majeure sur le territoire. Un nombre important de cours d'eau sillonnent la communauté de communes comme l'Erdre, le Gesvres et d'autres affluents. Leur présence, ainsi que celle très marquée du canal de Nantes à Brest, fait partie intégrante du paysage du territoire et participe aux continuités écologiques de la Trame Verte et Bleue. Dans ce sens, le projet de territoire entend : / Préserver et restaurer la qualité des milieux humides et aquatiques / Assurer la protection des abords et des berges des cours d'eau (haies, boisements, zones humides,), et plus particulièrement ceux identifiés comme réservoirs écologiques. / Porter une attention particulière aux corridors écologiques liés aux cours d'eau afin d'assurer les fonctionnalités écologiques. A ce titre, les étendues d'eau et zones humides seront préservées. ".

7. Le rapport de présentation du PLUi d'Erdre et Gesvres expose : " Partie 3 : Motifs de la délimitation des zones du PLUi : () La zone A correspond aux secteurs du territoire à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles. / Elle comprend plusieurs secteurs : () Un secteur Ab correspondant aux espaces agricoles en bordure des bourgs, villages et zones économiques, où l'implantation de nouvelles constructions agricoles n'est pas autorisée. Ces secteurs peuvent être considérés comme des " zone tampons " entre les zones urbaines et à urbaniser présentées ci-avant et le domaine agricole dans le but d'éviter tout conflit futur à l'échéance post-PLUi entre les hypothétiques besoins de la collectivité et la profession agricole. / () La zone A () doit s'entendre comme étant une entité globale dont la vocation principale est agricole, ce qui explique que l'on puisse y trouver de l'habitat, des équipementsdès lors que le secteur présente principalement un caractère et des enjeux agricoles et que ces constructions ne remettent pas en cause l'exercice de l'activité agricole. / Le classement en zone A des écarts et bâtis isolés permet ainsi de mettre en avant le caractère agricole et rural de ces entités qui se situent toutes au sein de vastes zones agricoles et naturelles, et de mettre un terme au mitage de ces espaces. Ce classement ne se limite donc pas uniquement à une analyse du caractère agricole spécifique à la parcelle ou de son potentiel agronomique. / () Confirmer le caractère rural et agricole de ces entités bâties en limitant leur développement permet également de maîtriser des problématiques d'aménagement importantes liés au mitage. ". S'agissant des zones naturelles, le même rapport de présentation prévoit que : " Les zones naturelles du territoire permettent d'assurer la protection des terrains à forte valeur biologique et paysagère. Elles sont dominées par les forêts, les cours d'eau et les marais de l'Erdre. / La zone N correspond aux secteurs du territoire à protéger en raison, soit de la qualité des sites, des milieux naturels, des paysages et de leur intérêt, notamment du point de vue esthétique, historique ou écologique, soit de l'existence d'une activité forestière, soit de leur caractère d'espace naturel. Elle comprend plusieurs secteurs : - Un secteur N correspondant aux espaces naturels ; () Objectifs poursuivis par le règlement : / La zone N poursuit plusieurs objectifs :/ - Préserver les caractéristiques paysagères, environnementales remarquables du territoire ; (). "

8. Le requérant est propriétaire de deux parcelles situées sur le territoire de la commune de Nort-sur-Erdre, qui se jouxtent au niveau d'un angle. Le règlement graphique du PLUi classe la parcelle n°454 située à l'ouest en zone agricole, au sein du secteur Ab qui correspond à un " espace agricole de transition aux abords de bourgs et de villages sans nouvelle construction ou installation ", et classe la parcelle n°62 pour partie en zone agricole, secteur Ab, et pour partie en zone naturelle et forestière. L'intégralité de cette parcelle, ainsi que près de la moitié de la parcelle n°454 sont en outre grevées d'une présomption de zone humide. Il ressort des pièces du dossier que ces deux parcelles sont végétalisées et non bâties. Si la parcelle n°454 jouxte un secteur bâti classé en zone urbaine, il ressort de ce qui a été dit au point 7 que les auteurs du PLUi ont entendu créer, par le zonage en secteur Ab, des " zones tampons " entre les zones urbaines ou à urbaniser et le domaine agricole, afin de prévenir d'éventuels conflits d'usages, de sorte que la proximité d'un secteur bâti n'est pas de nature à caractériser une erreur manifeste d'appréciation dans le classement de la parcelle en zone agricole. L'absence à proximité immédiate de zone agricole hors secteur Ab ne fait pas davantage obstacle à ce classement en secteur Ab dès lors que les parcelles en cause se situent aux marges d'une zone urbanisée et s'ouvrent sur une vaste zone naturelle non constructible. Si le PADD du PLUi prévoit un axe 4.1 visant notamment à limiter le développement du bâti aux espaces compris à l'intérieur des enveloppes urbaines, la parcelle n°454, pas davantage que la parcelle n°62 ne se situent dans un bourg ou en extension d'un bourg, ni dans une enveloppe bâtie, de sorte que le requérant n'est pas fondé à soutenir que le zonage de ces parcelles, tel qu'il ressort du règlement graphique du PLUi, serait incohérent avec le PADD, lequel prévoit également au contraire en son axe 1 de " favoriser le développement d'Erdre et Gesvres vers des solutions, moins consommatrices en espaces agricoles et naturels " par la réduction de la consommation des espaces agricoles, naturels et forestiers d'environ 35% par rapport à la consommation d'espace constatée sur le période précédente, objectif avec lequel le classement des parcelles n°454 et n°62, non bâties, végétalisées et situées dans un espace naturel en zones agricole et naturelle, est cohérent. Par ailleurs, la circonstance qu'aucun agriculteur ne se soit porté acquéreur de parcelles distinctes, qui ne se situent pas à proximité des parcelles en litige, car elles seraient trop proches du bourg, est sans incidence sur la légalité du classement de la parcelle n°454 et à plus forte raison de la parcelle n°62. En outre, si le requérant soutient que la parcelle n°454 aurait dû être classée en zone constructible, au sein d'une enveloppe urbaine, dès lors qu'elle se situe dans un rayon de 25 mètres autour du bâti existant présent sur les parcelles avoisinantes, le rapport de présentation du PLUi prévoit de limiter l'enveloppe urbaine à partir d'une zone tampon de 25 mètres strict autour de chaque bâti, cette enveloppe urbaine concerne les hameaux constitués, qui ont été limitativement identifiés par les auteurs du PLUi au terme d'une " analyse des hameaux " figurant en annexe du rapport de présentation, la parcelle n°454 ne se situant ni dans ni à proximité d'un tel hameau, de sorte que cet argument est inopérant. Enfin, si le requérant conteste la qualité de zone humide de la partie des deux parcelles sur laquelle est identifiée une " présomption de zone humide ", compte tenu de la comparaison entre l'altimétrie du terrain et les niveaux relevés lors des crues les plus importantes de l'Erdre, de la nature du sol en remblai ancien et du faible niveau de précision de l'atlas des zones inondables, il ne conteste pas sur ce terrain la présence prolongée d'eau d'origine naturelle et la présence de plantes hygrophiles. En tout état de cause, la présomption d'existence d'une zone humide n'est ni nécessaire, ni suffisante dans le classement de parcelles en zone agricole ou même en zone naturelle, le requérant ne contestant pas utilement le potentiel agronomique, biologique ou économique des deux parcelles ni le caractère naturel de la seule parcelle n°62.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la délibération attaquée du 18 décembre 2019 portant approbation du plan local d'urbanisme intercommunal de la communauté de communes d'Erdre et Gesvres et de la décision du 26 février 2020 par laquelle le président de la communauté de communes a rejeté son recours gracieux.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la communauté de communes d'Erdre et Gesvres, qui n'a pas dans la présente instance la qualité de partie perdante, le versement d'une somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par la communauté de communes d'Erdre et Gesvres au même titre.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la communauté de communes d'Erdre et Gesvres au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et à la communauté de communes d'Erdre et Gesvres.

Délibéré après l'audience du 17 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. B de Baleine, président,

Mme Thomas, première conseillère,

Mme Milin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 février 2023.

La rapporteure,

C. CLe président,

A. B DE BALEINE

La greffière,

L. LÉCUYER

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique, en ce qui le concerne

ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun

contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N°200438

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