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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2004386

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2004386

mercredi 14 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2004386
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantBOURGEOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 avril 2020, Mme B A, représentée par

Me Bourgeois, demande au tribunal:

1°) d'annuler la décision du 23 mai 2019 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer une carte de résident " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 314-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de lui délivrer une carte de résident sur le fondement des dispositions du 2° de l'article L.314-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou, à titre subsidiaire, de lui enjoindre de réexaminer sa demande de carte de résident ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de

2 000 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée, notamment quant à l'existence d'une menace réelle, sérieuse et actuelle à l'ordre public ;

- cette insuffisance de motivation révèle un défaut d'examen de sa situation ;

- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'elle ne représente pas une menace réelle, sérieuse et actuelle à l'ordre public ;

- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'elle remplit les conditions du 2° de l'article L. 314-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 avril 2021, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 septembre 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version alors applicable;

-le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante congolaise, née le 11 juin 1984, est entrée en France le 6 mars 2006 sans justifier d'une entrée régulière. La requérante a eu une première fille de nationalité angolaise née 2007, ayant le statut de réfugiée, et une seconde fille est née à Nantes en 2016. Mme A a sollicité un titre de séjour sur le fondement du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a été titulaire de cartes de séjours "vie privée et familiale", renouvelées, du 18 février 2010 au 7 février 2017. L'intéressée a sollicité le 19 janvier 2015 la délivrance d'une carte de résident en qualité de parent d'enfant français. Par une décision du 15 février 2016, le préfet de la Loire-Atlantique a refusé d'accéder à sa demande mais lui a accordé le renouvellement de sa carte de séjour temporaire " vie privée et familiale ". Mme A a formé un recours gracieux contre cette décision. Le préfet a décidé de maintenir sa décision de refus de délivrance de carte de résident au motif que la requérante ne disposait pas de ressources suffisantes mais lui a accordé le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. À l'expiration de sa dernière carte de séjour temporaire,

Mme A a de nouveau sollicité la délivrance d'une carte de résident sur le fondement du 2° de l'article L. 314-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision du 23 mai 2019 dont l'intéressée demande au tribunal l'annulation, le préfet a refusé d'accéder à sa demande et lui a accordé le renouvellement de sa carte de séjour temporaire " vie privée et familiale ".

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, il ressort de la décision attaquée qu'elle fait mention des circonstances de fait sur lesquelles elle se fonde, notamment la condamnation pénale dont la requérante a fait l'objet le 30 juin 2017, ainsi que des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet de la Loire-Atlantique a entendu faire application. Elle comporte dès lors un exposé des motifs de droit et de fait qui permet à la requérante d'en comprendre la portée et de la contester. Le moyen tiré du défaut de motivation sera par conséquent écarté.

3. Il ne ressort pas de cette motivation que le préfet de la Loire-Atlantique n'aurait pas procédé à un examen attentif de la situation de Mme A avant de prendre la décision attaquée, alors au demeurant qu'elle a été mise en possession d'un titre de séjour sur le fondement du 7° de l'article L.313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L.314-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La carte de résident peut être refusée à tout étranger dont la

présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ".

5. En l'espèce, pour rejeter la demande de carte de résident présentée par

Mme A, le préfet de la Loire-Atlantique s'est fondé sur la circonstance tirée de ce que l'intéressée constituait une menace à l'ordre public, compte tenu de sa condamnation le

30 juin 2017 à dix mois d'emprisonnement avec sursis par le tribunal correctionnel de Paris pour: blessures involontaires avec incapacités n'excédant pas trois mois par conducteur de véhicule terrestre à moteur commises avec au moins deux circonstances aggravantes, usage de faux documents administratif constatant un droit, une identité ou une qualité ou accordant une autorisation. Si Mme A fait valoir que le permis de conduire congolais dont elle était en possession au moment des faits n'était pas un faux et qu'elle l'a obtenu après avoir passé un examen, elle n'apporte cependant à l'instance aucun élément probant en ce sens alors même que l'autorité de chose jugée s'attache aux faits constatés et sanctionnés par le tribunal correctionnel en 2017. Par ailleurs, si l'accident de circulation présentait un caractère involontaire, elle ne pouvait ignorer qu'elle détenait de faux documents administratifs. Cependant, compte tenu du caractère récent et de l'importance de la condamnation pénale à la date de la décision attaquée, Mme A n'établit pas que le motif de la décision attaquée serait entaché d'erreur d'appréciation.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 314-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " la carte de résident est délivré de plein droit []2° A l'étranger qui est père ou mère d'un enfant français résidant en France et titulaire depuis au moins trois années de la carte de séjour temporaire mentionnée au 6° de l'article L313-11 ou d'une carte pluriannuelle mentionnée au 2° de l'article L313-18 sous réserve qu'il remplisse toutes les conditions prévues pour l'obtention de cette carte de séjour et qu'il ne vive pas en état de polygamie ". Aux termes de l'article L. 313-18 du même code : " La carte de séjour pluriannuelle a une durée de validité de quatre ans, sauf lorsqu'elle est délivrée : ()2° Aux étrangers mentionnés aux 4°, 6° et 7° de l'article L. 313-11. Dans ce cas, sa durée est de deux ans ; () ".

7. Il ressort de ce qui a été exposé au point 5, que le préfet a pu à bon droit, au motif tiré de ce que l'intéressée représentait une menace à l'ordre public, refuser de lui délivrer la carte de résident sollicitée. Dès lors, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet aurait méconnu les dispositions du 2° de l'article L. 314-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En tout état de cause, si l'intéressée se prévaut de sa présence en France depuis 2006, de l'obtention de plusieurs titres de séjour et de son intégration en France, il ressort des pièces du dossier que, par la décision attaquée, le préfet de la Loire-Atlantique a cependant décidé d'accorder à Mme A une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale ", d'une durée d'un an, lui permettant de se maintenir régulièrement en France avec ses deux enfants. Le moyen tiré de l'erreur d'appréciation commise par le préfet au regard des dispositions de l'article L. 314-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut donc qu'être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Loïc Bourgeois et au préfet de la Loire-Atlantique.

Délibéré après l'audience du 23 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Loirat, présidente,

M. Gauthier, premier conseiller,

M. Marowski, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 décembre 2022.

Le rapporteur,

Y. C

La présidente,

C. LOIRAT

La greffière,

P. LABOUREL

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2004386

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