mercredi 14 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2004464 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | CHAUVIERE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 23 avril 2020, M. A I, représenté par
Me Chauvière, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 1er avril 2020 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique l'a assigné à résidence pour une durée de trois mois ;
2°) de constater que de nouvelles circonstances de droit et de fait font obstacle à l'exécution de l'arrêté du 30 janvier 2020 lui faisant obligation de quitter le territoire sans délai et lui interdisant le retour sur le territoire français ;
3°) par conséquent, de suspendre l'exécution de l'arrêté du 30 janvier 2020 ;
4°) d'enjoindre à l'administration de réexaminer sa situation ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de
1 200 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision est entachée d'incompétence ;
- la décision est insuffisamment motivée ;
- la décision est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;
- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation, notamment au regard des mesures de restrictions sanitaires mises en place lors de la pandémie de COVID19 ;
- la décision méconnaît les stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et son droit à la santé ;
- il est fondé à demander la suspension des effets de l'obligation de quitter le territoire français du 30 janvier 2020 dès lors que des circonstances nouvelles de droit et de fait tirées de l'interruption des liaisons aériennes en raison de la pandémie de COVID19, cette obligation ne peut plus être mise à exécution.
Par un mémoire en défense, enregistré 14 septembre 2020, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.
M. I a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 février 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version alors applicable;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. F a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. I, né le 16 décembre 1992, ressortissant de la République démocratique du Congo, en situation irrégulière sur le territoire français, a été interpellé le
27 janvier 2020 par les services de police et placé en garde à vue pour usage de chèque falsifié et recel de vol. Le préfet de la Loire-Atlantique a pris à son encontre, le 30 janvier 2020, un arrêté portant obligation de quitter le territoire sans délai et fixant le pays de destination et un arrêté portant assignation à résidence en vue de l'exécution de cette obligation de quitter le territoire français, notifiés le 3 février 2020. L'intéressé déclarant détenir un titre de voyage autrichien pour réfugié en cours de validité mais ne l'ayant pas remis contre récépissé comme il l'était astreint, des démarches ont été entreprises en vue d'obtenir un accord des autorités autrichiennes pour une réadmission dans ce pays. Les autorités autrichiennes ont fait connaître leur accord à sa réadmission le 19 février 2020. Un routing a été conséquence été sollicité dès le 28 février 2020, qui n'a pu être programmé avant la fin de la première période d'assignation. Un nouveau routing a alors été sollicité le 9 mars 2020. En conséquence, le préfet de la Loire-Atlantique a décidé le
5 mars 2020 de prononcer un renouvellement de son assignation à résidence pour une nouvelle période de 45 jours. La légalité de cette décision a été confirmée par jugement n°2003020 du tribunal de Nantes en date du 27 mars 2020. Le 31 mars 2020, les services préfectoraux ont été saisis d'une demande d'abrogation de la décision du 5 mars 2020 par l'avocat du requérant. Le même jour, le requérant était interpellé et placé en garde à vue par les services de gendarmerie pour usage de chèque contrefaisant ou falsifié et recel de bien provenant d'un vol. Par une décision du 1er avril 2020, notifiée le jour même, et dont le requérant demande au tribunal l'annulation, le préfet de la Loire-Atlantique a renouvelé son assignation à résidence d'une durée de trois mois sur le fondement des dispositions de l'article L. 561-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. En premier lieu, par un arrêté en date du 17 septembre 2019, régulièrement publié au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture n° 74 du même jour, le préfet de la Loire-Atlantique a donné délégation à Mme G C, adjointe au chef du bureau du contentieux de l'éloignement à la direction des migrations et de l'intégration, signataire de la décision attaquée, en cas d'absence ou d'empêchement simultané de Mme E D, directrice des migrations et de l'intégration, et de M. H B, son adjoint, à l'effet de signer les décisions portant assignation à résidence ou renouvellement d'une assignation à résidence. Par suite, et alors que l'absence ou l'empêchement simultané de Mme D et de
M. B n'est pas contesté, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte manque en fait.
3. En deuxième lieu, la décision attaquée vise notamment l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les articles
L. 611-2 et L. 561-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle rappelle que M. I a fait l'objet d'un arrêté du 30 janvier 2020 lui faisant obligation de quitter le territoire sans délai et portant interdiction de retour sur le territoire ainsi que d'un arrêté du même jour l'assignant à résidence, qui a été renouvelé par arrêté du 10 mars 2020, dont la légalité a été admise par un jugement du tribunal du 27 mars 2020. Cette décision fait mention des circonstances de fait sur lesquelles elle se fonde, notamment tirées de la situation personnelle et du parcours migratoire de l'intéressé et des perspectives raisonnables d'exécution de son éloignement. Elle comporte dès lors les motifs de droit et de fait qui permettent au requérant d'en comprendre le bien fondé. La circonstance que la notification de cette décision mentionnait à tort l'existence d'une décision d'interdiction de retour et d'un délai de recours de 48 heures, reste sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Ces indications erronées ont, en tout état de cause, eu pour seul effet de faire obstacle au déclenchement du délai de recours. Le moyen tiré du défaut de motivation sera par conséquent écarté.
4. En troisième lieu, il ne ressort pas de cette motivation que le préfet de la Loire-Atlantique n'aurait pas procédé à un examen attentif de la situation de M. I.
5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 561-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne peut ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, l'autorité administrative peut, jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, l'autoriser à se maintenir provisoirement sur le territoire français en l'assignant à résidence, dans les cas suivants :1° Si l'étranger fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai ou si le délai de départ volontaire qui lui a été accordé est expiré.() ".
6. En l'espèce, contrairement à ce que soutient le requérant, si une mesure d'assignation à résidence de la nature de celle qui a été prise à son égard apporte des restrictions à l'exercice de certaines libertés, en particulier la liberté d'aller et venir, elle ne présente pas, compte tenu de sa durée et de ses modalités d'exécution, le caractère d'une mesure privative de liberté, ainsi que l'a dit pour droit le Conseil constitutionnel dans une décision n° 2011-631 DC du 9 juin 2011. Si le requérant fait valoir que les mesures de restriction sanitaires s'opposaient à son obligation de pointage auprès des services de police, il ressort des pièces du dossier que les déplacements résultant d'une obligation de présentation aux services de police ou de gendarmerie nationales ou à tout autre service ou professionnel, imposée par l'autorité de police administrative ou l'autorité judiciaire étaient autorisés. L'intéressé ne démontre pas davantage que les mesures d'hygiène et le respect des gestes barrières n'auraient pas été mis en place au commissariat où il était amené à pointer. La circonstance tirée de ce que le préfet de Maine-et-Loire avait édicté des mesures sanitaires strictes quant aux transferts Dublin à cette période est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Dans ces conditions, le requérant n'apporte aucun élément permettant de considérer qu'un pointage une fois par semaine serait disproportionné, alors même qu'il est astreint à ce pointage dans sa commune de résidence. Le préfet de la Loire-Atlantique n'a donc pas entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation.
7. Si l'intéressé fait valoir que la mesure d'assignation à résidence attaquée l'a contraint à être exposé au coronavirus en raison des déplacements qu'elle impliquait au commissariat de police, il ressort des pièces du dossier, d'une part que le requérant n'était astreint à se présenter aux autorités qu'une fois par semaine, d'autre part qu'il n'établit pas, ainsi que cela a été exposé au point 6, que les gestes barrières et les mesures d'hygiène n'auraient pas été respecté dans les lieux où il devait pointer. D même, la circonstance tirée de ce que le préfet de Maine-et-Loire avait édicté des mesures sanitaires strictes quant aux transferts Dublin à cette période est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que la décision méconnaîtrait les stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que son droit à la santé.
8. Enfin, si M. I fait valoir que la décision du 30 janvier 2020 portant à son encontre obligation de quitter le territoire français serait devenue inexécutable en raison de circonstances de droit et de fait nouvelles tirées de l'interruption des liaisons internationales aériennes et des mesures sanitaires mises en place à l'occasion de la pandémie de Covid19, il ressort des pièces du dossier, d'une part, que cette décision n'a pas été contestée et qu'elle est devenue définitive, d'autre part, que la suspension des liaisons internationales ne présentaient qu'un caractère temporaire, de sorte que la perspective d'un éloignement, même reporté, demeurait raisonnable à la date de la décision attaquée. Le moyen doit par conséquent être écarté.
9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. I doit être rejetée dans toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. I est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A I, à Me Elsa Chauvière et au préfet de la Loire-Atlantique.
Délibéré après l'audience du 23 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Loirat, présidente,
M. Gauthier, premier conseiller,
M. Marowski, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 décembre 2022.
Le rapporteur,
Y. F
La présidente,
C. LOIRAT
La greffière,
P. LABOUREL
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2004464
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026