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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2004506

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2004506

jeudi 1 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2004506
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantBOUKHARI-SAOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 25 avril 2020 et 15 février 2021, Mme A D, représentée par Me Boukhari Sahou, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 23 septembre 2019 par laquelle le préfet de police a ajourné à deux ans sa demande de naturalisation ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de procéder au réexamen de sa demande au besoin sous astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle bénéficiait d'un contrat à durée indéterminée à la date du dépôt de sa demande de naturalisation et qu'à la fin de son dernier contrat, elle a rencontré des difficultés à trouver un nouvel emploi dans le contexte de la crise sanitaire.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 décembre 2020, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête doit être regardée comme dirigée contre sa décision expresse du 3 août 2020 ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés ;

- à supposer qu'une injonction soit prononcée, le délai accordé ne saurait être inférieur à neuf mois.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme E,

- et les observations de Me Boukhari Saou, représentant Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 23 septembre 2019, le préfet de police a ajourné à deux ans la demande de naturalisation de Mme D, ressortissante marocaine née le 17 mars 1991. Par une décision implicite puis une décision expresse du 3 août 2020, le ministre de l'intérieur a rejeté le recours de l'intéressée à l'encontre de la décision préfectorale.

2. Aux termes de l'article 45 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française : " Dans les deux mois suivant leur notification, les décisions prises en application des articles 43 et 44 peuvent faire l'objet d'un recours auprès du ministre chargé des naturalisations, à l'exclusion de tout autre recours administratif. Ce recours, pour lequel le demandeur peut se faire assister ou être représenté par toute personne de son choix, doit exposer les raisons pour lesquelles le réexamen de la demande est sollicité. Il constitue un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux, à peine d'irrecevabilité de ce dernier. () ". Il résulte de ces dispositions que la décision du ministre de l'intérieur du 3 août 2020 s'est substituée à la décision préfectorale du 23 septembre 2019. Par suite, les conclusions à fin d'annulation doivent être regardées comme uniquement dirigées contre la décision ministérielle du 3 août 2020.

3. En premier lieu, conformément aux dispositions de l'article 1er du décret du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du Gouvernement, le directeur de l'accueil, de l'intégration et de la citoyenneté dispose de la délégation pour signer au nom du ministre chargé des naturalisations, l'ensemble des actes, à l'exception des décrets, relatifs aux affaires des services placés sous son autorité. Par décret du 28 septembre 2016, publié au Journal officiel de la République française du 29 septembre 2016, Mme C a été nommée directrice de l'accueil, de l'accompagnement des étrangers et de la nationalité. Par une décision du 12 septembre 2019, régulièrement publiée au Journal officiel de la République française du 14 septembre 2019, Mme C a accordé à M. B, chef du bureau des affaires juridiques, du précontentieux et du contentieux et signataire de la décision attaquée, une délégation de signature à cet effet. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de ce signataire doit être écarté comme manquant en fait.

4. En deuxième lieu, le ministre de l'intérieur a ajourné à deux ans la demande de naturalisation de Mme D, sur le fondement de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993, au motif que l'examen du parcours professionnel de la postulante, apprécié dans sa globalité depuis son entrée en France, ne permet pas de considérer qu'elle a réalisé pleinement son insertion professionnelle puisqu'elle ne dispose pas de ressources suffisantes et stables. Dans ces conditions, la décision attaquée comprend les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de sa motivation doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". Aux termes de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993 : " () Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. Ce délai une fois expiré ou ces conditions réalisées, il appartient à l'intéressé, s'il le juge opportun, de déposer une nouvelle demande ". En vertu de ces dispositions, il appartient au ministre chargé des naturalisations de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la nationalité française à l'étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, il peut légalement prendre en compte le niveau et la stabilité de ses ressources.

6. Il ressort des pièces du dossier que Mme D, entrée en France à l'âge de dix-sept ans et y ayant suivi la fin de sa scolarité jusqu'à l'obtention d'un bac professionnel " industries de procédés " en juillet 2011, a perçu au titre des salaires les sommes de 42 euros en 2016, année pendant laquelle elle a bénéficié d'une indemnisation par Pôle emploi au titre de l'aide au retour à l'emploi (ARE) pendant 348 jours, 4 107 euros en 2017, année pendant laquelle elle a suivi de mars à octobre 2017 une formation d'assistante en gestion des entreprises option action commerciale indemnisée par Pôle emploi, 7 878 euros en 2018, année pendant laquelle a également été indemnisée par Pôle emploi au titre de l'ARE pendant quatre-vingt-dix jours, et 11 707 euros en 2019. Son dernier contrat en qualité de vendeuse a pris fin le 19 décembre 2019 et Mme D a alors une nouvelle fois perçu l'ARE. Si Mme D soutient que la crise sanitaire a rendu plus difficile sa recherche d'emploi, elle ne justifie pas avoir réalisé de démarches en ce sens entre décembre 2019 et la date de la décision attaquée. La circonstance qu'elle a été recrutée en janvier 2021, d'abord comme intérimaire, puis en avril 2021, en contrat à durée indéterminée en qualité d'opérateur en production par la même société, est postérieure à la décision attaquée. Dans ces conditions, le ministre de l'intérieur, qui a fait usage de son large pouvoir d'apprécier l'opportunité d'accorder la nationalité française, n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en ajournant à deux ans la demande de naturalisation de Mme D en raison de l'insuffisance de ressources propres permettant d'assurer de manière stable et pérenne l'autonomie matérielle de l'intéressée.

7. Il résulte de ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 3 août 2020 par laquelle le ministre de l'intérieur a ajourné à deux ans sa demande de naturalisation. Par suite, sa requête doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête présentée par Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 10 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mlle Wunderlich, présidente,

Mme Le Lay, première conseillère,

Mme Sainquain-Rigollé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er décembre 2022.

La rapporteure,

H. ELa présidente,

A.-C. WUNDERLICHLa greffière,

L. BILLAUD

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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