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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2004688

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2004688

jeudi 11 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2004688
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat : Mme CARO - R. 222-13
Avocat requérantEVENO

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête enregistrée le 4 mai 2020 sous le numéro 2004688 ainsi que des pièces complémentaires enregistrées le 6 mai 2021, Mme C B, représentée par Me Eveno, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 9 septembre 2019 par laquelle le directeur de l'agence Pôle emploi Nantes l'a informée de ce qu'elle était redevable d'un indu d'allocation de solidarité spécifique de 5 536,04 euros pour la période de septembre 2018 à juillet 2019 ainsi que la décision du 6 décembre 2019 par laquelle le directeur de l'agence Pôle Emploi Nantes a rejeté le recours gracieux préalable formé contre cette décision et lui a confirmé cet indu ;

2°) de mettre à la charge de Pôle emploi la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision litigieuse, qui porte uniquement la mention " Le directeur de l'agence " n'est pas signée, ne comporte pas le prénom, nom et qualité de son auteur, en méconnaissance de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est entachée d'erreur de fait et d'erreur d'appréciation quant à l'application de l'article R. 5411-7 du code du travail, dès lors qu'elle avait signalé le changement de sa situation, portant sur son inscription en qualité d'auto-entrepreneuse, le 18 décembre 2015 à son conseiller Pôle Emploi lors d'un entretien à l'Agence d'Erlon ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article R. 5423-1 du code du travail, dès lors que, s'agissant de la période concernée par le trop-perçu, elle a déclaré auprès de l'URSSAF et Pôle Emploi, les revenus non-salariés qu'elle a perçus, lesquels sont inférieurs au plafond fixé par l'article R. 5423-1 du code du travail correspondant à 70 fois le montant journalier de l'allocation, soit 1 171,80 euros pour une personne seule.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 mars 2022, Pôle emploi Pays de la Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 février 2021.

II. Par une requête enregistrée le 19 septembre 2020, sous le numéro 2009397 ainsi que des pièces complémentaires et un mémoire enregistrés les 6 mai et 23 août 2021, Mme C B, représentée par Me Eveno, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle l'établissement Pôle emploi des Pays de la Loire a rejeté sa demande indemnitaire préalable tendant au versement de la somme de

10 536,04 euros en raison des erreurs commises par Pôle emploi Pays de la Loire dans la gestion de son dossier ;

2°) de condamner l'Etat à l'indemniser à hauteur de la somme de 10 536,04 euros, assortie des intérêts et de leur capitalisation, à compter de la notification de la demande indemnitaire préalable, au titre des préjudices subis du fait de la négligence fautive de Pôle emploi dans la gestion de son dossier ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'indu d'allocation de solidarité spécifique repose sur des faits matériellement inexacts dès lors qu'elle a bien déclaré ses revenus non-salariés à Pôle emploi ; elle n'est pas responsable de l'indu mis à sa charge par Pôle emploi ainsi que le révèle la décision du 6 octobre 2020 par laquelle la caisse d'allocations familiales (CAF) de Loire-Atlantique lui a accordé une remise de dette totale, s'agissant d'un trop-perçu de 2 407 euros au titre de l'aide personnalisée au logement (APL), engendré par l'édiction de la décision du 6 décembre 2019 litigieuse ;

- Pôle emploi a commis une faute de nature à engager sa responsabilité, dès lors qu'il n'a pas instruit correctement son dossier, ce qui lui a causé des préjudices financiers, correspondant à la somme de 5 536,04 euros, au titre de l'indu qu'elle est contrainte de rembourser et de la somme de 5000 euros au titre du préjudice moral subi.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 mars 2022, Pôle emploi Pays de la Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 avril 2021.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme A en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique ;

- le rapport de Mme A ;

- les conclusions de M. Gave, rapporteur public,

- et les observations de Me Eveno.

La clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 9 septembre 2019, le directeur de l'agence Pôle emploi Pays de la Loire a informé Mme B de ce qu'elle était redevable d'un indu d'allocation de solidarité spécifique de 5 536,04 euros pour la période de septembre 2018 à juillet 2019 euros. Le recours gracieux préalable formé par Mme B le 30 octobre 2019 à l'encontre de cette décision a été rejeté par une décision du 6 décembre 2019. Mme B a saisi le Médiateur de Pôle Emploi qui, par un courrier en date du 6 mars 2020, l'a informée que la médiation n'avait pu aboutir. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation des décisions des 9 septembre 2019 et 6 décembre 2019 ainsi que la condamnation de Pôle emploi à l'indemniser des préjudices qu'elle estime avoir subis.

Sur la jonction :

2. Les deux requêtes susvisées ayant fait l'objet d'une instruction commune et présentant à juger des questions similaires, il y a lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision du 9 septembre 2019 :

3. Aux termes de l'article R. 5426-19 du code du travail : " Le débiteur qui conteste le caractère indu des prestations qui lui sont réclamées forme un recours gracieux préalable devant le directeur général de Pôle emploi dans un délai de deux mois à compter de la date de notification de l'indu par Pôle emploi. ".

4. Par l'effet du recours gracieux préalable formé par Mme B le 30 octobre 2019, la décision du 6 décembre 2019 s'est substituée à celle du 9 septembre 2019. Dès lors, les conclusions de Mme B doivent être regardées comme uniquement dirigées contre la décision du 6 décembre 2019.

En ce qui concerne la décision du 6 décembre 2019 :

5. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu d'allocation de solidarité spécifique, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

6. Aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. ". Aux termes de l'article L. 212-2 du même code : " Sont dispensés de la signature de leur auteur, dès lors qu'ils comportent ses prénom, nom et qualité ainsi que la mention du service auquel celui-ci appartient, les actes suivants : 1° Les décisions administratives qui sont notifiées au public par l'intermédiaire d'un téléservice conforme à l'article L. 112-9 et aux articles 9 à 12 de l'ordonnance n° 2005-1516 du 8 décembre 2005 relative aux échanges électroniques entre les usagers et les autorités administratives et entre les autorités administratives ainsi que les actes préparatoires à ces décisions ; ". Aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 112-9 du code des relations entre le public et l'administration : " Lorsqu'elle met en place un ou plusieurs téléservices, l'administration rend accessibles leurs modalités d'utilisation, notamment les modes de communication possibles. Ces modalités s'imposent au public ". Aux termes de l'article R. 5312-38 du code du travail : " Est autorisée la création par Pôle emploi d'un traitement automatisé de données à caractère personnel dénommé " Système d'information concernant les demandeurs d'emploi et salarié. / Il a pour finalité : 1° L'information, l'accueil, l'orientation et l'accompagnement des personnes à la recherche d'un emploi, d'une formation ou d'un conseil professionnel et leur mise en relation avec des employeurs; 2° L'inscription, le non-renouvellement de l'inscription, les changements de situation sur la liste des demandeurs d'emploi, l'actualisation et la radiation de cette liste ; 3° L'élaboration et le suivi du projet personnalisé d'accès à l'emploi, le contrôle de la recherche d'emploi ; 4° L'attribution et le versement d'allocations et d'aides, la répétition des sommes indûment perçues ; 5° La gestion des réclamations et des contentieux ; 6° La gestion électronique des documents ; () ".

7. Il est constant que la décision du 6 décembre 2019 comporte uniquement la mention " Le directeur de l'agence " et n'est pas signée. Si cette décision a été notifiée à Mme B par téléservice, il résulte des dispositions précitées de l'article L. 212-2 du code des relations entre le public et l'administration, que les décisions de répétition des sommes indûment perçues, notifiées par l'intermédiaire d'un téléservice n'ont pas nécessairement à comporter la signature de leur auteur, dès lors que, par les autres mentions qu'elles comportent, elles sont conformes aux prescriptions de l'article L. 212-2 du code des relations entre le public et l'administration. Pôle emploi n'est donc pas fondé à faire valoir que l'auteur de la décision contestée peut être identifié sans ambiguïté, dès lors que les mentions de la décision litigieuse ne répondent pas aux prescriptions de l'article L. 212-2 du code des relations entre le public et l'administration. Dans ces conditions, la décision qui ne comporte pas le nom, le prénom ainsi que la signature de l'auteur de la décision du 6 décembre 2019 est entachée d'un vice de forme.

8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision du 6 décembre 2019 par laquelle le directeur de l'agence Pôle Emploi Nantes a rejeté le recours gracieux préalable formé à l'encontre de la décision du 9 septembre 2019 et lui a confirmé un trop-perçu d'allocation de solidarité spécifique (ASS) d'un montant de 5 536,04 euros pour la période de septembre 2018 à juillet 2019.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

9. D'une part, aux termes de l'article L. 5411-2 du code du travail : " Les demandeurs d'emploi renouvellent périodiquement leur inscription selon des modalités fixées par arrêté du ministre chargé de l'emploi et la catégorie dans laquelle ils ont été inscrits. Ils portent également à la connaissance de l'institution mentionnée à l'article L. 5312-1 les changements affectant leur situation susceptible d'avoir une incidence sur leur inscription comme demandeurs d'emploi ". Aux termes de l'article R. 5411-6 du même code : " Les changements affectant la situation au regard de l'inscription ou du classement du demandeur d'emploi et devant être portés à la connaissance de Pôle emploi, en application du second alinéa de l'article L. 5411-2, sont les suivants : / 1° L'exercice de toute activité professionnelle, même occasionnelle ou réduite et quelle que soit sa durée ; ".

10. D'autre part, aux termes de l'article L. 5423-1 du code du travail : " Ont droit à une allocation de solidarité spécifique les travailleurs privés d'emploi qui ont épuisé leurs droits à l'allocation d'assurance, qui ne satisfont pas aux conditions pour bénéficier de l'allocation des travailleurs indépendants prévue à l'article L. 5424-25 et qui satisfont à des conditions d'activité antérieure et de ressources ". Aux termes de l'article R. 5423-1 du même code : " Pour bénéficier de l'allocation de solidarité spécifique, les personnes mentionnées à l'article L. 5423-1 : 1° Justifient de cinq ans d'activité salariée dans les dix ans précédant la fin du contrat de travail à partir de laquelle ont été ouverts leurs droits aux allocations d'assurance () ; / 2° Sont effectivement à la recherche d'un emploi au sens de l'article L. 5421-3, sous réserve des dispositions de l'article R. 5421-1 ; / 3° Justifient, à la date de la demande, de ressources mensuelles inférieures à un plafond correspondant à 70 fois le montant journalier de l'allocation pour une personne seule et 110 fois le même montant pour un couple ". Aux termes de l'article R. 5425-2 du même code : " Lorsque le bénéficiaire de l'allocation de solidarité spécifique reprend une activité professionnelle salariée ou non salariée, la rémunération tirée de l'exercice de cette activité est intégralement cumulée avec le versement de l'allocation de solidarité spécifique pendant une période de trois mois, consécutifs ou non, dans la limite des droits aux allocations restants ". Il résulte de ces dispositions que la possibilité de cumul des revenus d'une nouvelle activité, avec l'allocation de solidarité spécifique est limitée à trois mois et les droits à l'allocation de solidarité spécifique cessent au-delà de cette période.

11. Il résulte de la décision litigieuse que Pôle Emploi a demandé à Mme B la restitution d'un indu d'allocation de solidarité spécifique d'un montant de 5 536,04 euros, au motif selon lequel le trop-perçu constaté est lié à l'absence de déclaration de changement de situation dans les 72 heures lors de la création d'entreprise du 14 décembre 2015 ainsi qu'en raison de l'exercice, par cette dernière, d'une activité professionnelle, dont les revenus ne pouvaient être cumulés avec l'allocation de solidarité spécifique versée au-delà d'une période de trois mois. Il résulte de l'instruction que Mme B a perçu l'allocation de solidarité spécifique à l'épuisement de ses droits à l'allocation d'assurance le 18 mai 2018. La requérante soutient, sans être contestée par Pôle emploi, qu'en marge de ses recherches d'emploi, elle s'était parallèlement inscrite en qualité d'auto-entrepreneuse le 14 décembre 2015 et qu'elle avait signalé ce changement de situation le 18 décembre 2015 à son conseiller Pôle emploi lors d'un entretien à l'Agence d'Erlon. En outre, il résulte de l'instruction et est d'ailleurs reconnu par Pôle emploi dans ses écritures en défense, que dès sa demande d'allocation de solidarité spécifique, le 19 avril 2018, Mme B avait déclaré des revenus salariés à hauteur de 2 047,34 euros et avait déclaré lors de sa demande de renouvellement du 17 avril 2017, des revenus non-salariés à hauteur de

1 723 euros ainsi qu'un montant de pension de 1 927 euros. Toutefois, Pôle emploi soutient, sans être contesté par la requérante, qu'au cours de la période durant laquelle Mme B a bénéficié de l'allocation de solidarité spécifique, la requérante n'a jamais indiqué avoir travaillé lors des actualisations mensuelles de sa situation alors même que la question lui était posée selon les termes suivants : " avez-vous travaillé ' ". Dans ces circonstances, Mme B n'est pas fondée à soutenir que Pôle emploi a commis une faute en ne procédant pas à une analyse prompte et sérieuse de sa situation, dès lors que c'est suite à la mise à jour à postériori de son dossier au 9 septembre 2019, après que l'intéressée ait informé Pôle emploi de la perception de revenus non-salariés, que Pôle emploi a dû revenir sur les paiements effectués, la règlementation de l'assurance chômage ne prévoyant de cumuler que pendant trois mois les allocations de solidarité spécifique avec un revenu salarié ou non. Par conséquent, c'est sans commettre de faute que Pôle emploi a procédé à la reprise des droits à l'allocation de solidarité spécifique versé à tort à la requérante entre la période du 1er septembre 2018 et 31 juillet 2019. Il s'ensuit que ses conclusions indemnitaires ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Pôle emploi, une somme de 800 euros, à verser au conseil de Mme B, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

.

D É C I D E :

Article 1er : La decision du 6 décembre 2019 de l'agence Pôle emploi Nantes est annulée.

Article 2 : Pôle emploi versera au conseil de Mme B une somme de 800 (huit cents) euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 4: Le présent jugement sera notifié à Mme C B, à Pôle emploi Pays de la Loire, au ministre du travail, du plein l'emploi et de l'insertion et à Me Eveno.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 mai 2023.

La rapporteure,

N. A

La greffière,

V. MALINGRE

La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein l'emploi et de l'insertion, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

V. Malingre

Nos2004688-2009397

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