mardi 11 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2004822 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SPE GAYA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 11 mai 2020 et le 8 juin 2023, l'entreprise agricole à responsabilité limitée EARL Coué , représentée par Me Loiseau, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 5 février 2020 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a fait opposition à sa déclaration concernant des prélèvements d'eau, par l'exploitation de deux forages, à hauteur de 100 000 m3 par an au lieudit " Les Grands Gués " sur le territoire de la commune de Vallons de l'Erdre, relevant de la rubrique 1.1.2.0 de la nomenclature annexée à l'article R.214-1 du code de l'environnement ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué qui lui a été notifié plus de deux mois après a illégalement retiré une décision tacite créatrice de droits ;
-il est insuffisamment motivé ;
-il est entaché d'incompétence ;
- il est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation en ce que le préfet lui oppose l'absence de visa de la rubrique 1.2.1.0 de l'article R. 214-1 du code de l'environnement alors que ces dispositions ne sont pas applicables au cas d'espèce alors qu'il n'est pas démontré que ses forages prélèvent de l'eau dans une nappe d'accompagnement ;
-il est entaché d'une erreur d'appréciation en ce qu'il se fonde sur le motif tiré de ce que les prélèvements préjudicieraient aux captages d'eau potable environnants ;
- il est entaché d'une erreur d'appréciation en ce qu'il se fonde sur l'incompatibilité du projet avec les dispositions du schéma directeur d'aménagement et de gestion des eaux Loire-Bretagne.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juin 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Thomas, première conseillère,
- les conclusions de M. Sarda, rapporteur public,
- et les observations de Me Loiseau, avocat de l'EARL Coué.
Une note en délibéré présentée par l'EARL Coué a été enregistrée le 16 juin 2023.
Considérant ce qui suit :
1. L'EARL Coué exerce une activité agricole de culture et d'élevage au lieu-dit Les Grands Gués, sur le territoire de la commune nouvelle de Vallons-de-l'Erdre. Elle est autorisée, depuis 2006, à prélever dans un plan d'eau situé sur son exploitation, un volume d'eau de 56 000 m3 par an. En 2013, elle a été autorisée à créer un forage exécuté en vue de la recherche ou de la surveillance d'eaux souterraines ou en vue d'effectuer un prélèvement temporaire ou permanent dans les eaux souterraines, y compris dans les nappes d'accompagnement des cours d'eau. En 2016, elle a été autorisée à créer un second forage relevant de la même rubrique. Ces deux forages ont été réalisés respectivement en 2013 et 2019. Par un récépissé daté du 11 décembre 2019, le préfet de la Loire-Atlantique a attesté avoir reçu, le 6 décembre 2019, de l'EARL Coué un dossier complet de déclaration, au titre de l'article L. 214-3 du code de l'environnement, portant sur l'augmentation de l'exploitation de ces deux forages pour un volume total de prélèvement compris entre 10 000 m3 par an et inférieur à 200 000 m3 par an. Par un arrêté du 5 février 2020 notifié le 11 février suivant, le préfet de la Loire-Atlantique a fait opposition à la déclaration présentée par l'EARL Coué. Le recours gracieux de l'exploitante a été rejeté le 23 avril 2020. L'EARL Coué demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 5 février 2020.
En ce qui concerne la compétente du signataire de la décision attaquée :
2. Par un arrêté du 19 janvier 2018 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Loire-Atlantique du 22 janvier 2018, donnant délégation à M. Boulanger, secrétaire général de la préfecture et signataire de l'arrêté contesté, à l'effet de signer, en toutes matières, tous les actes relevant des attributions du préfet à l'exclusion de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les arrêtés d'autorisation au titre de la législation sur les installations classées pour la protection de l'environnement. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté doit être écarté.
En ce qui concerne le retrait d'une décision tacite de non opposition :
3. Aux termes du II de l'article L. 214-3 du code de l'environnement : " II.- Sont soumis à déclaration les installations, ouvrages, travaux et activités qui, n'étant pas susceptibles de présenter de tels dangers, doivent néanmoins respecter les prescriptions édictées en application des articles L. 211-2 et L. 211-3. Dans un délai fixé par décret en Conseil d'Etat, l'autorité administrative peut s'opposer à l'opération projetée s'il apparaît qu'elle est incompatible avec les dispositions du schéma directeur d'aménagement et de gestion des eaux ou du schéma d'aménagement et de gestion des eaux, ou porte aux intérêts mentionnés à l'article L. 211-1 une atteinte d'une gravité telle qu'aucune prescription ne permettrait d'y remédier. Les travaux ne peuvent commencer avant l'expiration de ce délai ". Aux termes de l''article R.214-35 du code de l'environnement : " le délai accordé au préfet par l'article L.214-3 pour lui permettre de s'opposer à une opération soumise à déclaration est de deux mois à compter de la réception d'une déclaration complète ".
4. En l'espèce, l'EARL Coué s'est vue remettre le 11 décembre 2019 un récépissé de déclaration complète, qui, contrairement à ce qu'elle fait valoir, n'est pas un acte créateur de droit. Par suite, le préfet pouvait valablement, dans le délai de deux mois prévu à l'article R. 214-35 du code de l'environnement précité, faire opposition à la déclaration de la requérante, par l'arrêté attaqué du 5 février 2019, la date de notification de cette décision était sans incidence sur ce point. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet aurait illégalement retiré une décision de non-opposition à déclaration créatrice de droits.
En ce qui concerne la motivation de l'arrêté attaqué :
5. Aux termes de l'arrêté attaqué, qui vise les articles L. 214-1 à L. 214-6 et R. 214-1 à R. 214-56 du code de l'environnement, le préfet de la Loire-Atlantique a fait opposition à la déclaration présentée par l'EARL Coué aux motifs, notamment, que, d'une part, le prélèvement déclaré ne se fait pas en nappe captive mais en nappe libre et contribuant à l'alimentation du ruisseau des Grands Gués, de sorte que le projet ne relève pas de la rubrique 1.1.1.0 visée par l'exploitante mais de la rubrique 1.2.1.0 de la nomenclature annexée à l'article R. 214-1 du code de l'environnement, que, d'autre part, le prélèvement entre en concurrence avec l'alimentation en eau des captages d'eau potables et, enfin, qu'il n'est pas compatible avec le schéma directeur d'aménagement et de gestion des eaux (SDAGE) du bassin Loire-Bretagne et notamment sa disposition 7B-2 qui plafonne l'augmentation autorisée des prélèvements en étiage (du 1er avril au 31 octobre) à 47 200 m3 sur le bassin versant de l'Erdre. L'arrêté attaqué, qui comporte ainsi de façon précise l'indication des éléments de fait et de droit sur lesquels il se fonde, est suffisamment motivé. Le moyen tiré de son insuffisante motivation doit, dès lors, être écarté.
En ce qui concerne la qualification de la nappe au sein de laquelle sont opérés les prélèvements :
6. Aux termes de l'article L. 211-1 du code de l'environnement : " I.- Les dispositions des chapitres Ier à VII du présent titre ont pour objet une gestion équilibrée et durable de la ressource en eau ; cette gestion prend en compte les adaptations nécessaires au changement climatique et vise à assurer : () / 4° Le développement, la mobilisation, la création et la protection de la ressource en eau ; () / II.- La gestion équilibrée doit permettre en priorité de satisfaire les exigences de la santé, de la salubrité publique, de la sécurité civile et de l'alimentation en eau potable de la population. Elle doit également permettre de satisfaire ou concilier, lors des différents usages, activités ou travaux, les exigences : () / 3° De l'agriculture () ".
7. Aux termes de l'article L. 214-1 du code de l'environnement : " Sont soumis aux dispositions des articles L. 214-2 à L. 214-6 les installations, les ouvrages, travaux et activités réalisés à des fins non domestiques par toute personne physique ou morale, publique ou privée, et entraînant des prélèvements sur les eaux superficielles ou souterraines, restitués ou non, une modification du niveau ou du mode d'écoulement des eaux, la destruction de frayères, de zones de croissance ou d'alimentation de la faune piscicole ou des déversements, écoulements, rejets ou dépôts directs ou indirects, chroniques ou épisodiques, même non polluants. ". L'article L. 214-2 du même code dispose que : " Les installations, ouvrages, travaux et activités visés à l'article L. 214-1 sont définis dans une nomenclature, établie par décret en Conseil d'Etat après avis du Comité national de l'eau, et soumis à autorisation ou à déclaration suivant les dangers qu'ils présentent et la gravité de leurs effets sur la ressource en eau et les écosystèmes aquatiques compte tenu notamment de l'existence des zones et périmètres institués pour la protection de l'eau et des milieux aquatiques. () ".
8. L'article R. 214-1 du même code définit la nomenclature des installations, ouvrages, travaux et activités soumis à autorisation ou à déclaration en application des articles L. 214-1 à L. 214-6. Selon la rubrique 1.1.2.0., les prélèvements permanents ou temporaires issus d'un forage, puits ou ouvrage souterrain dans un système aquifère, à l'exclusion de nappes d'accompagnement de cours d'eau, par pompage, sont soumis à déclaration lorsque le volume total prélevé est supérieur à 10 000 m3/an mais inférieur à 200 000 m3/an et à autorisation lorsque le volume total prélevé est supérieur ou égal à 200 000 m3/an. En revanche, selon la rubrique 1.2.1.0, les prélèvements dans une nappe d'accompagnement d'un cours d'eau sont soumis à autorisation lorsqu'ils sont d'une capacité totale maximale supérieure ou égale à 1 000 m³/heure ou à 5 % du débit du cours d'eau ou, à défaut, du débit global d'alimentation du canal ou du plan d'eau, et à déclaration lorsqu'ils sont d'une capacité totale maximale comprise entre 400 et 1 000 m³/heure ou entre 2 et 5 % du débit du cours d'eau ou, à défaut, du débit global d'alimentation du canal ou du plan d'eau.
9. Enfin, aux termes du lexique du schéma directeur d'aménagement et de gestion des eaux (SDAGE) Loire-Bretagne dans sa version applicable au présent litige, une nappe d'accompagnement est une " nappe d'eau souterraine voisine d'un cours d'eau dont les propriétés hydrauliques sont très liées à celles du cours d'eau. L'exploitation d'une telle nappe induit une diminution du débit d'étiage du cours d'eau, soit parce que la nappe apporte moins d'eau au cours d'eau, soit parce que le cours d'eau se met à alimenter la nappe ".
10. Il ressort des dispositions précitées que l'absence d'effet peu différé sur le cours d'eau de l'exploitation de la nappe en période d'étiage, de même que l'absence de connexion permanente entre la nappe et le cours d'eau ne font pas obstacle à ce que la nappe en cause soit qualifiée de nappe d'accompagnement.
11. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport du 7 avril 2021 de l'expert désigné par le tribunal, que la nappe dans laquelle les prélèvements de l'EARL Coué sont opérés n'est pas isolée par un obstacle géologique du ruisseau des Grands Gués mais est située dans le même aquifère de sables pliocènes, qui comprend le ruisseau du Grand Gué et les captages d'eau potables de la Kiriaie et des Thuyas. En outre, pour conclure au caractère captif de cette nappe, cet expert se fonde d'une part sur une définition erronée et d'autre part, principalement sur le fait que le niveau piézométrique de cette nappe descend, selon lui, en deçà de la cote de surverse vers le ruisseau des Grands Gués qu'elle n'alimente plus à l'étiage. Or, il ressort d'un avis émis par le bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) le 10 juin 2021 que l'abaissement du niveau piézométrique dans les sables pliocènes n'est pas uniquement dû à la vidange naturelle de la nappe, mais résulte également aux prélèvements opérés par l'EARL Coué antérieurement à la date de dépôt de sa demande de déclaration. En outre, selon cet avis, en raison des prélèvements sollicités, " le retour à la connexion nappe-rivière en sera retardé et l'étiage prolongé ". Ainsi, il résulte de l'instruction que les prélèvements opérés par l'EARL Coué, qui ont pour effet d'abaisser le niveau piézométrique de la nappe conduisent à son éventuelle déconnexion du ruisseau des Grandes Gués, à laquelle elle reste toutefois reliée au moins par intermittence. Dans ces conditions, la nappe dans laquelle sont opérés les prélèvements de l'EARL Coué doit être qualifiée de nappe environnante, connectée, notamment, au ruisseau des Grands Gués, qui participe à l'alimentation des captages d'eau potable environnants, notamment de la Kiriaie. Dans ces conditions, c'est sans erreur d'appréciation que le préfet a estimé que la nappe en cause est une nappe environnante. Le préfet a alors fait une exacte application des dispositions précités en faisant opposition à la déclaration présentée par la requérante au motif que cette demande porte sur une nappe environnante et par suite relève de la rubrique 1.1.2.0 et non de la rubrique 1.1.1.0 de la nomenclature. Il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision de refus en se fondant sur ces seuls motifs. Par suite, la requérante ne peut utilement se prévaloir de ce que le troisième motif de la décision attaquée serait incompatible avec le schéma départemental d'aménagement et de gestion des eaux serait entaché d'une erreur d'appréciation.
12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de l'EARL Coué doit être rejetée dans toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de l'EARL Coué est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à l'EARL Coué et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée au préfet de la région Pays de la Loire et de la Loire-Atlantique.
Délibéré après l'audience du 13 juin 2023, à laquelle siégeaient :
M. Durup de Baleine, président,
Mme Thomas, première conseillère,
Mme Milin, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2023.
La rapporteure,
S. THOMAS
Le président,
A. DURUP DE BALEINELa greffière,
J. DIONIS
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026