mercredi 13 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2005005 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | ANDRIVET |
Vu la procédure suivante n° 2005005 :
Par une requête, enregistrée le 18 mai 2020, et un mémoire, enregistré le 31 décembre 2020, M. B A D, représenté par Me Caroline Andrivet, demande au tribunal, dans le dernier état des écritures :
1°) d'annuler la décision du 2 mars 2020 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté sa demande d'acquisition de la nationalité française par la voie de la naturalisation ;
2°) d'enjoindre à cette autorité de prendre une nouvelle décision à l'issue d'un nouvel examen de sa demande, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée ;
- cette décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 décembre 2020, le ministre de l'intérieur demande au tribunal de rejeter les conclusions présentées par M. A D.
Il soutient que :
- les moyens soulevés ne sont pas fondés ;
- les circonstances, extérieures au motif de la décision attaquée, invoquées par le requérant sont sans incidence sur la légalité de cette décision.
- à titre subsidiaire, s'agissant des conclusions à fin d'injonction, le délai à l'issue duquel devra intervenir la nouvelle décision en cas d'annulation de celle en litige devra être fixé à au moins neuf mois.
II - Vu la procédure suivante n° 2005008 :
Par une requête, enregistrée le 18 mai 2020, et un mémoire, enregistré le 31 décembre 2020, Mme C A F, épouse A D, représentée par Me Caroline Andrivet, demande au tribunal, dans le dernier état des écritures :
1°) d'annuler la décision du 2 mars 2020 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté sa demande d'acquisition de la nationalité française par la voie de la naturalisation ;
2°) d'enjoindre à cette autorité de prendre une nouvelle décision à l'issue d'un nouvel examen de sa demande, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée ;
- cette décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 décembre 2020, le ministre de l'intérieur demande au tribunal de rejeter les conclusions présentées par Mme A D.
Il soutient que :
- les moyens soulevés ne sont pas fondés ;
- les circonstances, extérieures au motif de la décision attaquée, invoquées par la requérante sont sans incidence sur la légalité de cette décision.
- à titre subsidiaire, s'agissant des conclusions à fin d'injonction, le délai à l'issue duquel devra intervenir la nouvelle décision en cas d'annulation de celle en litige devra être fixé à au moins neuf mois.
La clôture de l'instruction est intervenue, dans chacune de ces procédures, trois jours francs avant l'audience en application du premier alinéa de l'article R. 613-2 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code civil ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 15 novembre 2023 à 9h45 :
- le rapport de M. E ;
- les observations de Me Andrivet, représentant M. et Mme A D.
Une note en délibéré, présentée pour M. A D, et une note en délibéré, présentée pour Mme A D, ont été enregistrées le 16 novembre 2023.
Considérant ce qui suit :
1. La requête n° 2005005 est dirigée contre une décision rejetant la demande de naturalisation présentée par M. B A D. Son épouse, Mme C A D, a également fait l'objet d'une décision rejetant sa propre demande ayant le même objet, qu'elle conteste par la requête n° 2005008. Ces décisions prises à l'encontre de membres d'un couple reposent sur le même motif. Les requêtes ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu d'en joindre l'examen pour y statuer par un seul et même jugement.
2. M. B A D et Mme C A F, épouse A D sont de nationalité irakienne et sont nés, respectivement, les 1er juillet 1947 et 9 avril 1958. Il et elle ont, de manière distincte, présenté une demande tendant à l'acquisition de la nationalité française par la voie de la naturalisation auprès des services de la préfecture du Val d'Oise, département dans lequel se trouve leur domicile. Ces demandes ont été rejetées par des décisions du 8 août 2019 prises par l'autorité préfectorale. M. A D et Mme A D ont, en application de l'article 45 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 relatif notamment aux décisions de naturalisation, saisi, distinctement, le ministre de l'intérieur de recours qui ont été expressément rejetés le 2 mars 2020. Les rejets de ces recours sont contestés au travers des requêtes respectivement formées par chacun des époux A D.
3. En premier lieu, aux termes de l'article 27 du code civil : " Toute décision () rejetant une demande () de naturalisation () doit être motivée ", c'est à dire qu'elle doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement afin de permettre à la personne concernée de connaître les raisons pour lesquelles cette décision a été prise et de pouvoir, le cas échéant, la contester. L'autorité statuant sur la demande de naturalisation n'a dès lors pas l'obligation d'énoncer l'ensemble des éléments relatifs à la situation de cette personne, mais uniquement ceux sur lesquels elle estime pouvoir fonder sa décision.
4. Chacune des décisions attaquées mentionne que la demande de naturalisation qu'elle rejette est prise au motif que si la personne l'ayant déposée dispose de ressources propres tirées de ses économies personnelles, elle subvient en partie à ses besoins à l'aide de prestations sociales. Chacune de ces décisions, lesquelles visent par ailleurs les articles 45 et 48 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993, permet ainsi de connaître le motif de rejet de la demande avec une précision suffisante pour pouvoir le contester, quand bien même, ni la nature des prestations sociales auxquelles se réfère le ministre, ni leur part dans les ressources de chacun des époux G D n'est indiquée. Dès lors, ces décisions sont motivées au sens des dispositions précitées de l'article 27 du code civil. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de chacune de ces décisions doit être écarté.
5. En second lieu, aux termes de l'article 21-15 du code civil : " L'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". Selon l'article 48 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 : " () Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation () sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. () ".
6. L'autorité administrative dispose, en matière de naturalisation, d'un large pouvoir d'appréciation. Elle peut, dans l'exercice de ce pouvoir, prendre en considération notamment, pour apprécier l'intérêt que présenterait l'octroi de la nationalité française, le degré d'autonomie matérielle de la personne sollicitant cette nationalité, lequel est apprécié au regard du caractère suffisant et durable de ses ressources propres.
7. Comme cela a été indiqué au point 4, le ministre de l'intérieur, pour rejeter chacune des demandes de naturalisation en litige, s'est fondé sur la circonstance qu'une partie des revenus des époux G D était constitué de prestations sociales. Il doit être ainsi regardé comme ayant entendu opposer aux intéressés leur absence d'autonomie matérielle. Il est constant que, parmi les ressources du foyer formé par ces époux, figure l'allocation de solidarité aux personnes âgées dont bénéficie M. A D depuis l'année 2009. Or, cette allocation, instituée par des dispositions inscrites au sein du code de la sécurité sociale, est accordée aux retraités ayant de faibles ressources propres. Si le requérant et la requérante font valoir qu'ils sont propriétaires de leur logement acquis au prix de 340 000 euros au cours de l'année 2018 payé intégralement grâce à leurs économies personnelles, et qu'ils disposent de ressources propres leur permettant de subvenir à leurs autres besoins, ces ressources sont présentées comme procédant de sommes qui leur sont régulièrement versées par leurs trois enfants majeurs, dont l'un vit à leur domicile, lesquels règlent eux-mêmes les dépenses de gaz, d'eau, d'électricité et d'internet, ainsi que les taxes foncières et d'habitation. Les époux A D n'ont fourni, avant la clôture de l'instruction, aucune pièce relative aux économies personnelles dont ils allèguent l'existence. Leur autre allégation selon laquelle le montant de ces économies serait suffisant pour leur permettre de subvenir à leurs besoins se trouve contredite, d'une part, par le fait que leur foyer perçoit l'allocation de solidarité aux personnes âgées, d'autre part, par la prise en charge des dépenses liées à l'occupation du logement dont ils sont propriétaires par leurs enfants. Les sommes couvrant ces dépenses qui leur sont ainsi versées ou dont ils bénéficient indirectement ne peuvent être regardées comme constituant des ressources permettant de considérer qu'ils disposent d'une autonomie matérielle. En conséquence et compte tenu de ce que leur foyer continue de bénéficier de l'allocation de solidarité aux personnes âgées, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que le ministre de l'intérieur a rejeté la demande de naturalisation présentée par chacun des époux G D.
8. Enfin, eu égard au motif qui fonde chaque décision attaquée et au large pouvoir dont dispose le ministre de l'intérieur pour décider s'il y a lieu d'accorder la naturalisation, les éléments de la situation de chacun des époux A D leur permettant de satisfaire à certaines des conditions pour ne pas se voir opposer un refus d'acquérir la nationalité française sont certes digne d'intérêt mais sont sans incidence sur la légalité de chacune de ces décisions.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation des décisions, opposées par le ministre de l'intérieur le 2 mars 2020, rejetant la demande de naturalisation présentée par M. A D et celle présentée par Mme A D doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction doivent être également rejetées. Doivent de même être rejetées leurs conclusions respectives présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes présentées par M. et Mme A D sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A D, à Mme C A D et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 15 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Luc Martin, président,
M. David Labouysse, premier conseiller,
Mme Justine-Kozue Kubota, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 décembre 2023.
Le rapporteur,
D. E
Le président,
L. MARTIN
La greffière,
V. MALINGRE
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
V. MALINGRE
Nos 2005005 et 2005008
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026