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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2005190

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2005190

mercredi 28 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2005190
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantCLOAREC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 mai 2020, Mme B C, représentée par Me Cloarec, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision notifiée le 4 décembre 2019 par laquelle le préfet de la Sarthe a rejeté sa demande de titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation dans le même délai et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- cette décision est illégale dès lors qu'elle n'a pas été signée ;

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de de l'article R. 311-2-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet s'est cru lié par le rapport de la police aux frontières ;

- la décision attaquée méconnaît le 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 octobre 2021, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 juillet 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante camerounaise née le 7 mai 1999, est entrée irrégulièrement en France en 2012, accompagnée de sa mère et de ses deux sœurs. Sa demande de titre de séjour a été rejetée par une décision du 18 janvier 2017, au motif que l'acte de naissance produit était un faux. Une nouvelle demande de titre de séjour a été rejetée le

6 juin 2018. Par une lettre reçue le 12 avril 2019, elle a de nouveau sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Elle demande au tribunal d'annuler la décision notifiée le 4 décembre 2019 par laquelle le préfet de la Sarthe a rejeté sa demande de titre de séjour.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Par une décision du 9 juillet 2020, du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nantes (section administrative), Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, les conclusions tendant à son admission provisoire au bénéfice de cette aide sont devenues sans objet. Il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, la décision attaquée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est ainsi suffisamment motivée.

4. En deuxième lieu, si la requérante soutient que la décision attaquée n'est pas signée, il ressort des pièces du dossier, en particulier de la version complète de cette décision produite par le préfet, qu'elle a bien été signée. Le moyen manque en fait et doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 311-2-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente les documents justifiant de son état civil et de sa nationalité () ". Aux termes de l'article L. 111-6 du même code : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil ". Et aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil () des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ".

6. Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l''ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis. Ce faisant, il lui appartient d'apprécier les conséquences à tirer de la production par l'étranger d'une carte consulaire ou d'un passeport dont l'authenticité est établie ou n'est pas contestée, sans qu'une force probante particulière puisse être attribuée ou refusée par principe à de tels documents.

7. Mme C soutient que sa mère a sollicité une reconstitution de son état civil, que par un jugement du 19 novembre 2018 le tribunal de Première instance de Yaoundé-Ekounou a dit qu'il y avait lieu à reconstitution de son acte de naissance et que son acte de naissance n° 2019/CE7501/N/016 a été établi en exécution de ce jugement. Il ressort toutefois des pièces du dossier qu'après vérification dans les registres camerounais par les autorités consulaires françaises au Cameroun, il est apparu que l'identité de l'intéressée a été enregistrée à plusieurs reprises dans les registres camerounais, par un acte initial n° 003315, par un acte de naissance n° 239/99 puis par l'acte n° 2019/CE7501/N/016, ces documents comportant de nombreuses incohérences et des éléments contradictoires. Si la requérante produit également un passeport, elle n'établit pas qu'il a été établi à partir de documents autres que ceux présentés à l'appui de sa demande titre de séjour. Par suite, le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de de l'article R. 311-2-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En quatrième lieu, si le préfet s'est approprié les termes du rapport établi par la cellule de fraude documentaire de la police aux frontières, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il se serait cru lié par ce rapport.

9. En dernier lieu, il résulte de ce qui vient d'être dit que Mme C, qui ne justifie pas de son identité, ne remplissait pas les conditions prévues pour la délivrance d'un titre de séjour. Elle n'est dès lors pas fondée à soutenir que la décision attaquée aurait méconnu les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme C ne peut qu'être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de Mme C tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de Mme C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, à

Me Cloarec et au préfet de la Sarthe.

Délibéré après l'audience du 7 décembre 2022 à laquelle siégeaient :

Mme Loirat, présidente,

M. Gauthier, premier conseiller,

M. Marowski, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 décembre 2022.

Le rapporteur,

E. A

La présidente,

C. LOIRAT La greffière,

P. LABOUREL

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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