vendredi 3 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2005215 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | KADDOURI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 28 mai 2020, et un mémoire, enregistré le 18 juin 2020, M. A B C, représenté par Me Hamid Kaddouri, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 18 mai 2020 par laquelle la directrice territoriale des services de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) situés à Nantes a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil qui lui avaient été accordées ;
2°) d'enjoindre au directeur général de l'OFII de lui rétablir ce bénéfice, dans un délai de 7 jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'OFII le versement à son avocat de la somme de 1 500 euros en application des articles 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée ;
- la procédure contradictoire n'a pas été respectée ;
- la décision attaquée est entachée d'erreurs de droit et d'erreur d'appréciation ;
- elle est également entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- il sera enjoint à l'OFII de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dès lors qu'il dispose d'un droit à en bénéficier.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 2 juin 2020, l'Office français de l'immigration et de l'intégration demande au tribunal de rejeter les conclusions présentées par M. B C.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
La clôture de l'instruction a été fixée par ordonnance au 22 juin 2023 à 17h00.
L'aide juridictionnelle totale a été accordée à M. B C par une décision du 16 février 2021 de la section du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nantes en charge de l'examen des demandes relatives aux affaires portées devant le tribunal administratif.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- la directive n° 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 ;
- le code de justice administrative ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.
Le rapport de M. D a été entendu au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 27 septembre 2023 à partir de 9h45.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B C est un ressortissant de nationalité soudanaise qui est né au cours de l'année 1994. Il est entré en France le 1er octobre 2019 pour y solliciter l'asile. Sa demande d'asile a été enregistrée auprès des services de la préfecture de Maine-et-Loire le 30 octobre 2019. Par deux arrêtés du 6 janvier 2020, le préfet de Maine-et-Loire a décidé le transfert de l'intéressé vers l'Italie, dont les autorités ont été considérées comme étant celles qui étaient responsables de l'examen de cette demande d'asile, et l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. La décision de transfert a été exécutée mais l'intéressé est revenu sur le territoire français afin que cette même demande y soit instruite. Il a sollicité le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par une décision du 14 avril 2020, la directrice territoriale des services de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) situés à Nantes a accédé à cette demande. Toutefois, par une décision du 18 mai 2020, cette même autorité a décidé de suspendre le bénéfice de ce dispositif accordé à l'intéressé. M. B C demande au tribunal l'annulation de cette décision.
2. La décision attaquée vise les dispositions des articles L. 744-7 et R. 744-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que le point 18 de la décision du 31 juillet 2019 nos 428530 et 428564 rendue par le Conseil d'Etat, statuant au contentieux. Par cette décision, cette juridiction a estimé que les dispositions des articles L. 744-7 et L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans leur rédaction issue de la loi du 10 septembre 2018, étaient partiellement incompatibles avec les objectifs de l'article 20 de la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013. Il a prononcé en conséquence l'annulation des dispositions des 12° et 14° de l'article 1er du décret n° 2018-1359 du 28 décembre 2018, pris pour l'application de ces dispositions législatives. Il a cependant considéré que cette incompatibilité n'avait pas, par elle-même, pour effet de faire rétroactivement disparaître ces dernières dispositions. Il a alors fixé le cadre juridique d'examen par les autorités compétentes de la situation des demandeurs d'asile ayant bénéficié des conditions matérielles d'accueil dans l'attente de la modification des dispositions devant résulter de l'annulation prononcée. Ainsi, par le point 18 de sa décision précitée, le Conseil d'Etat a précisé les conditions dans lesquelles les autorités compétentes peuvent tirer des conséquences, sur le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, du comportement de demandeurs d'asile qui, après avoir obtenu ce bénéfice, ne respectent pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment celles de se rendre aux entretiens, de se présenter aux autorités et de fournir les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes. Il a indiqué qu'il reste possible à l'OFII, après examen de la situation particulière de l'intéressé, de prononcer la suspension du bénéfice des conditions matérielles d'accueil, après l'avoir mis, sauf impossibilité, en mesure de présenter ses observations.
3. La décision attaquée précise que M. B C n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en présentant une nouvelle demande d'asile en France après avoir été transféré vers l'Etat membre responsable de l'instruction de sa demande. Elle prononce la suspension du bénéfice des conditions matérielles d'accueil qui lui avait été accordé le 14 avril 2020 après avoir indiqué que l'évaluation de sa situation personnelle et familiale n'avait pas fait apparaître de facteur particulier de vulnérabilité au sens de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
4. En premier lieu, en vertu des dispositions combinées des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, une décision suspendant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil doit être motivée, c'est à dire qu'elle doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement.
5. Il ressort du contenu de la décision attaquée, qui est rapporté ci-dessus, qu'elle indique les références du cadre juridique relatif à la suspension du bénéfice des conditions matérielles d'accueil et expose, de manière précise, le motif pour lequel cette suspension a été prononcée en l'espèce. Cette décision est, par suite, suffisamment motivée. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration doit être écarté.
6. En deuxième lieu, comme cela a été rappelé au point 2, une décision suspendant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ne peut être prise qu'après que l'intéressé a été, sauf impossibilité, mis en mesure de présenter ses observations. D'ailleurs, dans sa rédaction issue du 13° de l'article 1er du décret n° 2018-1359 du 28 décembre 2018 relatif aux conditions matérielles d'accueil, l'article D. 744-38 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du 1° de l'article L. 744-8 est () prise après que le demandeur a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans un délai de quinze jours () ".
7. Il ressort des pièces du dossier que, par un courrier du 14 avril 2020 qui a été signé par M. B C, la directrice territoriale des services de l'OFII situés à Nantes lui a notifié son intention de prononcer à son encontre la suspension du bénéfice des conditions matérielles d'accueil en précisant le motif pour lequel elle a envisagé de prendre cette décision, lequel correspond à celui opposé par la décision attaquée.
8. D'une part, il ressort des pièces du dossier que, le 14 avril 2020, M. B C a été entendu, dans le cadre de l'entretien destiné à évaluer son degré de vulnérabilité, par les services de l'OFII et que cet entretien s'est déroulé en présence d'un interprète en langue arabe, que l'intéressé avait indiqué comprendre. Le 14 avril 2020 est également la date à laquelle a été remis à l'intéressé le courrier mentionné au point 7, ce qu'il ne conteste pas. M. B C se borne à alléguer qu'"aucune mention [du courrier] ne permet de confirmer que le requérant ait été informé dans une langue qu'il comprend du sens de cette notification". Cette simple allégation tend à corroborer qu'il a également bénéficié d'un interprétariat en langue arabe ce jour-là lors de la remise de ce courrier. En tout état de cause, cette allégation ne permet pas de considérer qu'il n'aurait pas été réellement mis en mesure de présenter ses observations. D'autre part, aucune disposition de l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 relative notamment à l'adaptation des procédures pendant la période de l'état d'urgence sanitaire, qui a débuté le 12 mars 2020 pour s'achever le 24 juin 2020, n'imposait que le point de départ d'un délai commençant à courir durant cette période et imparti pour produire des observations à la suite de la notification par les services de l'OFII d'un courrier informant un demandeur d'asile qu'il était envisagé de prononcer la suspension du bénéfice des conditions matérielles d'accueil, aurait dû être reporté jusqu'à la fin de cette même période. En tout état de cause, M. B C, qui soutient que ce report du point de départ était uniquement rendu nécessaire par la circonstance qu'il ne pouvait prendre l'attache de son avocat, ne fournit aucun élément démontrant que ce dernier n'aurait pas été joignable pendant la période d'état d'urgence sanitaire. Dès lors, les vices de procédures invoqués ne peuvent qu'être écartés.
9. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment pas de la motivation de la décision attaquée, qui fait état de ce que l'évaluation de la situation personnelle et familiale de M. B C n'a pas fait apparaître de facteur particulier de vulnérabilité au sens de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que l'autorité ayant pris la décision en litige n'aurait pas pris en compte les éléments relatifs à la vulnérabilité de l'intéressé. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de cette vulnérabilité doit être écarté.
10. En quatrième lieu, comme cela a été rappelé au point 2, l'absence de respect, par un demandeur d'asile, d'une exigence imposée par une autorité chargée de l'asile permet à l'OFII de suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil qui a été accordé à ce demandeur.
11. Il ressort des pièces du dossier que la décision de transfert vers l'Italie prise à l'encontre de M. B C le 6 janvier 2020 a été exécutée le 6 février 2020. L'exécution de cette décision, prise par le préfet de Maine-et-Loire en qualité d'autorité en charge de l'asile, induisait que l'intéressé fasse instruire sa demande d'asile auprès des autorités italiennes de sorte que l'autorité ayant pris la décision attaquée n'a pas commis d'erreur de droit en estimant qu'il n'avait pas respecté une exigence imposée par une autorité chargée de l'asile. M. B C, qui affirme qu'il n'a pas été pris en charge par les autorités italiennes à la suite de son transfert et que sa demande d'asile n'y a pas été enregistrée, ne peut se borner à étayer cette allégation par le seul fait qu'il est revenu en France, ce retour pouvant s'expliquer par d'autres raisons que celles qu'il avance. Ainsi, à défaut notamment de production d'éléments susceptibles d'établir qu'il aurait accompli de vaines démarches pour faire instruire sa demande d'asile par les autorités italiennes, le requérant n'étaye pas sérieusement son allégation quant au comportement des autorités italiennes. Ainsi, les moyens tirés de ce que la décision attaquée serait entachée d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation doivent être écartés.
12. En dernier lieu, certes M. B C ne bénéficiait d'aucun hébergement, mais, d'une part, il a, comme cela a été dit au point 11, méconnu les exigences des autorités chargées de l'asile, d'autre part, il ne dispose d'aucune famille et ne justifie d'aucun problème de santé particulier. Dans ces conditions, quand bien même la décision attaquée a été prise durant la période de la pandémie de Covid-19, elle ne peut être regardée comme étant entachée d'erreur d'appréciation présentant un caractère manifeste.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 18 mai 2020 prise à l'encontre de M. B C par la directrice territoriale des services de l'OFII situés à Nantes doivent être rejetées. Par voie de conséquence, doivent être également rejetées ses conclusions à fin d'injonction, au soutien desquelles l'intéressé affirme qu'il dispose d'un droit à bénéficier des conditions matérielles d'accueil, et celles qu'il présente sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
D É C I D E :
Article 1er : La requête présentée par M. B C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B C, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Hamid Kaddouri.
Délibéré après l'audience du 27 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Luc Martin, président,
M. David Labouysse, premier conseiller,
Mme Justine-Kozue Kubota, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 novembre 2023.
Le rapporteur,
D. D
Le président,
L. MARTIN
La greffière,
V. MALINGRE
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
V. MALINGRE
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026