jeudi 5 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2005280 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 12eme chambre |
| Avocat requérant | CASTILLO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 29 mai 2020 et le 28 mai 2021, M. B A, représenté par Me Castillo, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 12 février 2020 par laquelle le directeur de l'agence pour l'enseignement français à l'étranger (AEFE) a refusé de renouveler son détachement, prenant fin le 31 août 2020, en qualité de conseiller principal d'éducation ;
2°) d'enjoindre au directeur de l'AEFE de renouveler son détachement pour une nouvelle durée de cinq ans, sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard passé un délai de 15 jours à compter du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'agence pour l'enseignement français à l'étranger le versement d'une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée n'est pas motivée ;
- la décision est entachée d'un vice de procédure dès lors que le dossier communiqué à la commission paritaire locale ne comprenait pas des observations en défense adressées par courrier électronique du 9 décembre 2019 et qu'il n'a pas été entendu par cette commission de sorte que l'avis rendu par cette commission, lequel a nécessairement influencé celui rendu par la commission centrale, a été rendu en méconnaissance du principe du contradictoire ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'aucun manquement à l'assiduité ou la disponibilité ne peut lui être reproché, pas davantage que de difficultés dans la communication avec les familles des élèves, le traitement des absences, la tenue des conseils de classe, la participation au projet d'établissement ou l'implication dans ses fonctions ;
- la décision est entachée d'un détournement de pouvoir s'inscrivant dans un comportement hostile et discriminatoire de la part du proviseur du lycée Lyautey ;
- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 11 mai 2021, l'AEFE conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'éducation ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi du 22 avril 1905 portant fixation du budget des dépenses et des recettes de l'exercice 1905 ;
- l'arrêté du 27 février 2007 relatif aux commissions consultatives paritaires centrales et locales à l'Agence pour l'enseignement français à l'étranger ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Milin, première conseillère ;
- les conclusions de Mme Malingue, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A a intégré le corps des conseillers principaux d'éducation (CPE) le 1er septembre 1996. Il a été détaché auprès de l'agence française de l'enseignement français à l'étranger (AEFE) à compter du 1er décembre 2005, nommé au lycée Descartes à Rabat puis au lycée Lyautey à Casablanca à partir de septembre 2011. Son contrat de résident venant à expiration le 31 août 2020, il en a sollicité le renouvellement le 4 novembre 2019. Le 19 décembre 2019, la commission consultative paritaire locale a émis un avis sur sa demande de renouvellement de détachement par 5 voix pour et 5 voix contre. Le 11 février 2020, la commission consultative paritaire centrale a émis un avis sur sa demande de renouvellement de détachement par 5 voix pour et 5 voix contre. Par un courrier du 12 février 2020, le directeur de l'AEFE a informé M. A du non-renouvellement de son contrat. M. A demande au tribunal d'annuler cette décision.
2. Aux termes de l'article L. 452-1 du code de l'éducation : " L'Agence pour l'enseignement français à l'étranger est un établissement public national à caractère administratif placé sous tutelle du ministre chargé des affaires étrangères et du ministre chargé de la coopération. ". Aux termes de l'article L. 452-5 de ce code : " L'agence assure par ailleurs, au bénéfice de l'ensemble des établissements scolaires participant à l'enseignement français à l'étranger : ()/ 2o Le choix, l'affectation, la gestion des agents titulaires de la fonction publique placés en détachement auprès d'elle, après avis des commissions consultatives paritaires compétentes, et également l'application des régimes de rémunération de ces personnels () ".
3. En l'absence de texte contraire, un agent dont le détachement arrive à échéance n'a aucun droit au renouvellement de celui-ci. Il en résulte qu'alors même que la décision de ne pas renouveler ce détachement serait fondée sur l'appréciation portée par l'autorité compétente sur la manière de servir de l'agent et se trouverait prise en considération de sa personne, elle n'est, sauf à revêtir le caractère d'une mesure disciplinaire, pas au nombre des décisions qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Si le refus de renouvellement de détachement de M. A est fondé sur l'appréciation de sa manière de servir et a été pris en considération de sa personne, il ne l'a pas été au regard de motifs susceptibles de justifier une sanction disciplinaire, ni dans l'intention de le sanctionner. Par suite, la décision litigieuse ne constituant pas une sanction, le moyen tiré de son absence de motivation au regard de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ne peut être utilement invoqué et doit être écarté.
4. En outre, si le requérant fait valoir, au soutien du moyen tiré du défaut de motivation de la décision attaquée, que les procès-verbaux des commissions consultatives paritaires locale et centrale ne lui ont pas été communiqués, non seulement il n'établit pas en avoir sollicité la communication auprès de l'administration, mais cette circonstance est en tout état de cause sans incidence sur la motivation de la décision attaquée.
5. Par ailleurs, si M. A relève que la commission consultative paritaire centrale n'a pas rendu d'avis défavorable au renouvellement de son détachement, non seulement la décision attaquée ne se fonde pas sur un avis défavorable de cette commission, seule la réunion de cette commission y étant évoquée, mais en outre cette circonstance serait relative au bien-fondé de la motivation de la décision et non sur sa motivation formelle. Il suit de là que le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté en toutes ses branches.
6. Aux termes de l'article 10 de l'arrêté du 27 février 2007 relatif aux commissions consultatives paritaires centrales et locales à l'Agence pour l'enseignement français à l'étranger, dans sa version en vigueur : " Les commissions consultatives paritaires locales sont consultées sur : / -le recrutement des personnels résidents mentionnés à l'article D. 911-43 du code de l'éducation ; / -le recrutement et le licenciement des agents contractuels de droit étranger employés dans les établissements mentionnés à l'article L. 452-3 du code de l'éducation. / Elles ne sont pas compétentes pour connaître des décisions de fin de contrat intervenant à la demande de l'Etat étranger sur le territoire duquel est affecté l'agent. / Les commissions sont saisies pour avis, dans les conditions prévues à l'article 19 du présent arrêté, de toutes les questions d'ordre individuel concernant les agents relevant de leur compétence. ".
7. Aux termes de l'article 3 de ce même arrêté : " Les commissions consultatives paritaires locales sont consultées sur : / -le recrutement des personnels résidents mentionnés à l'article D. 911-43 du code de l'éducation ; / -le recrutement et le licenciement des agents contractuels de droit étranger employés dans les établissements mentionnés à l'article L. 452-3 du code de l'éducation. / Elles ne sont pas compétentes pour connaître des décisions de fin de contrat intervenant à la demande de l'Etat étranger sur le territoire duquel est affecté l'agent. / Les commissions sont saisies pour avis, dans les conditions prévues à l'article 19 du présent arrêté, de toutes les questions d'ordre individuel concernant les agents relevant de leur compétence. ".
8. Aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. " La décision attaquée a été prise en réponse à une demande de M. A et, comme il a été dit au point 2, n'est pas fondée sur des motifs disciplinaires et ne constitue pas une sanction de sorte qu'elle n'est pas au nombre des mesures qui ne peuvent légalement intervenir sans que l'intéressé ait été mis à même de présenter des observations. Par suite, et en tout état de cause, le moyen tiré de ce que le principe du contradictoire aurait été méconnu, à raison de l'absence de communication aux membres des commissions consultatives paritaires locale et centrale de ses observations écrites du 9 décembre 2019, doit être écarté.
9. Il ressort des pièces du dossier que, pour refuser de renouveler le détachement de M. A, le directeur de l'AEFE s'est fondé sur le manquement de l'intéressé à ses obligations professionnelles, notamment à ses obligations d'assiduité, de ponctualité et d'efficacité dans la réalisation des projets de l'établissement et dans ses réponses aux demandes des élèves et de leurs parents.
10. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du rapport réalisé par le proviseur du lycée Lyautey, qui est illustré par des courriers électroniques permettant d'établir la réalité des manquements observés, que M. A a régulièrement été absent de son poste, alors qu'il était supposé être en service, sans en informer ni l'équipe de direction, ni ses collaborateurs, et sans se rendre joignable. M. A a également tardé à traiter plusieurs situations particulières ou demandes d'élèves, ou de leurs parents, entraînant de multiples relances de leur part ou la saisine d'autres personnels de l'établissement dont la mission n'est pas de traiter ces demandes. M. A a également omis d'évoquer les situations particulières, d'absentéisme et de harcèlement, de deux élèves avec une professeure principale, a adopté une méthode d'animation sujette à critique et a omis d'organiser plusieurs élections au sein de l'établissement. Il lui est également reproché de ne pas mener à bien le projet " Yearbook " de l'établissement, le rapport susmentionné ne faisant toutefois état de difficultés que lors d'une année scolaire. Le requérant conteste cette appréciation de sa manière de servir en faisant valoir des attestations, émanant d'une ancienne proviseure-adjointe avec laquelle il a travaillé, d'associations de parents d'élèves et d'anciens élèves. Toutefois, le contenu de ces attestations ne permet pas de remettre en cause les reproches formulés dans le rapport du chef d'établissement, qui est, comme il a été dit, précis et documenté. Il ressort également des pièces du dossier que M. A a été reçu en 2017, 2018 et 2019 par le chef d'établissement aux fins de rappel de ses obligations et de conseils sur la manière de servir et qu'il a fait l'objet d'un courrier du directeur des ressources humaines de l'AEFE, du 27 mars 2019, lui demandant de mettre fin aux dysfonctionnements du service de la vie scolaire, en se conformant à sa fiche de poste. Dans ces conditions, le directeur de l'agence pour l'enseignement français à l'étranger a pu, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation, décider de ne pas renouveler le détachement de M. A.
11. Dès lors qu'il n'est pas établi que la décision de ne pas renouveler le détachement de M. A, fondée sur sa manière de servir, serait intervenue pour un motif étranger à l'intérêt du service, le moyen tiré du détournement de pouvoir doit être écarté. En tout état de cause, le requérant n'établit pas la réalité du " comportement anormal " du chef d'établissement à son égard, qui serait de nature à démontrer le détournement de pouvoir allégué.
12. Si M. A soutient que la décision attaquée préjudicie à sa vie privée et familiale dès lors que son épouse est fonctionnaire de l'Etat marocain, qu'il a en charge sa mère gravement malade et que cette décision a des répercussions sur son état de santé, il ne justifie aucunement ces allégations et n'apporte aucun élément de nature à établir la réalité et l'intensité de ses attaches au Maroc et, partant, les incidences sur sa vie personnelle de la décision de refus de renouvellement de son détachement auprès d'un établissement de l'AEFE situé dans ce pays, le requérant ayant au demeurant sollicité et obtenu sa mutation en Guyane en 2021. Par ailleurs, si M. A soutient qu'il n'a pas été informé de son droit à participer au mouvement inter-académique des conseillers principaux d'éducation, et donc de prétendre à un poste intéressant, il ressort des pièces du dossier que l'échéance du détachement de M. A, dont le renouvellement ne constituait pas un droit, comme il a été dit, était fixée au 31 août 2021, de sorte qu'il revenait au requérant de prendre connaissance du calendrier du mouvement inter-académique organisé par son administration d'origine, M. A ayant en outre pris connaissance de l'avis défavorable du chef d'établissement sur sa demande de renouvellement de détachement dès le 7 novembre 2019, soit trois jours seulement après sa demande de renouvellement, et avant l'organisation de ce mouvement. Il s'ensuit que le moyen tiré de ce que la décision attaquée porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale, protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doit être écarté.
13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et la demande faite sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à l'Agence pour l'enseignement français à l'étranger.
Délibéré après l'audience du 14 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Gourmelon, présidente,
Mme Milin, première conseillère,
M. Cordrie, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 octobre 2023.
La rapporteure,
C. MILIN
La présidente,
V. GOURMELON
La greffière,
F. ARLAIS
La République mande et ordonne à la ministre de l'Europe et des affaires étrangères en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce que requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026