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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2005283

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2005283

mercredi 10 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2005283
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre
Avocat requérantKADDOURI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 juin 2020, M. B C, représenté par Me Hamid Kaddouri, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 29 mai 2020 par laquelle le préfet de Maine-et-Loire l'a assigné à résidence pour une durée de six mois ;

2°) d'enjoindre à l'administration, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, ou à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision à intervenir assorti d'une astreinte de deux cents euros par jour de retard, et de lui délivrer une autorisation de séjour et de travail en attendant qu'il soit statué à nouveau sur sa demande ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- l'assignation à résidence doit être annulée en conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire prononcée à son encontre par un arrêté distinct du 29 mai 2020 ;

- la décision est entachée d'erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 561-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er juin 2021, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que l'ensemble des moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. C a été admis à l'aide juridictionnelle totale, par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 17 juin 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme A a été entendu au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 13 mars à 9h45.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, ressortissant tunisien né le 11 novembre 1987, déclare être entré en France le 7 juin 2018 et s'y est maintenu irrégulièrement par la suite. Le 29 mai 2020, le préfet de Maine-et-Loire a pris à son encontre un arrêté portant obligation de quitter le territoire, fixant le pays de destination, et lui interdisant de retourner sur le territoire pendant une durée de six mois. Par un arrêté distinct du 29 mai 2020 dont M. C demande l'annulation au titre de la présente requête, le préfet de Maine-et-Loire l'a assigné à résidence dans la commune d'Angers pendant une durée de six mois.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les textes dont il fait application, en particulier les dispositions du 1° de l'article L. 561-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il expose, en outre, les circonstances de fait relatives à la situation personnelle de M. C et précise que le requérant a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire sans délai. Il rappelle également les circonstances qui ont conduit à son interpellation, la nécessité d'obtenir un laissez-passer consulaire et celle de prévoir l'organisation matérielle du départ. Il indique le périmètre dans lequel est assigné le requérant et ses obligations. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 561-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en vigueur à la date de la décision attaquée : " Lorsque l'étranger justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne peut ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, l'autorité administrative peut, jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, l'autoriser à se maintenir provisoirement sur le territoire français en l'assignant à résidence, dans les cas suivants : / 1° Si l'étranger fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai ou si le délai de départ volontaire qui lui a été accordé est expiré ; () / La décision d'assignation à résidence est motivée. Elle peut être prise pour une durée maximale de six mois, renouvelable une fois dans la même limite de durée, par une décision également motivée. () / L'étranger astreint à résider dans les lieux qui lui sont fixés par l'autorité administrative doit se présenter périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie ".

4. M. C soutient que les dispositions précitées du 1° de l'article L. 561-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été méconnues dès lors qu'il n'existe pas de perspective raisonnable d'exécution de l'obligation de quitter le territoire français dont il a fait l'objet. Toutefois, les dispositions de l'article L. 561-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne subordonnent pas le prononcé d'une mesure d'assignation à résidence à l'existence d'une perspective raisonnable d'exécution de la décision d'éloignement au titre de laquelle cette assignation à résidence a été prise. Au contraire, une telle mesure ne peut intervenir qu'en l'absence d'une telle perspective à la date à laquelle elle est prononcée. Dans ces conditions, le préfet n'a pas commis d'erreur de droit ou d'erreur d'appréciation en faisant application à son égard des dispositions précitées de l'article L. 561-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. En troisième lieu, dans la mesure où la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai, qui était devenue définitive au jour de l'enregistrement de la requête, n'est pas entachée des illégalités que M. C lui impute, il n'est pas fondé à invoquer son illégalité par voie d'exception à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision portant assignation à résidence.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées. Par voie de conséquence, doivent être également rejetées ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à B C, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Hamid Kaddouri.

Délibéré après l'audience du 13 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Luc Martin, président,

M. David Labouysse,premier conseiller,

Mme Justine-Kozue Kubota, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 avril 2024.

La rapporteure,

J-K. A

Le président,

L. MARTIN

La greffière,

V. MALINGRE

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

V. MALINGRE

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