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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2005293

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2005293

jeudi 6 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2005293
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation12eme chambre
Avocat requérantSELARL CORNET VINCENT SEGUREL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire récapitulatif enregistrés les 1er juin 2020 et 25 mars 2024, M. B A, représenté par Me Bernot, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er avril 2020 par lequel le maire de Rezé lui a supprimé le bénéfice de 25 points de nouvelle bonification indiciaire ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Rezé le versement d'une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée participe du harcèlement moral dont il est victime et est ainsi illégale sur le fondement de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983, ce harcèlement moral étant caractérisé par de nombreux éléments : un avis négatif sur le dossier soumis à la CAP pour l'avancement de grade ; des reproches injustifiés sur ses arrêts de travail ; le contrôle médical du 23 décembre 2019 de son arrêt de travail pour maladie ; les conditions dans lesquelles s'est déroulée sa reprise de travail le 30 décembre 2019 ; la décision du 30 décembre 2019 le déchargeant brutalement de ses responsabilités d'encadrement et du suivi de ses dossiers ; son isolement depuis cette date ; une tentative d'intimidation lors de l'entretien du 7 janvier 2020 ; la violence de l'entretien du 9 janvier 2020 ; les répercussions sur son état de santé confirmées par le médecin de prévention ; la mise en œuvre et la finalisation d'un processus de " mise au placard " qui a des conséquences financières ; l'inadaptation à ses compétences du nouveau poste occupé insuffisant pour l'occuper suffisamment et, enfin, les répercussions financières de cette décision de changement d'affectation avec la suppression de sa nouvelle bonification indiciaire et la diminution de son régime indemnitaire ;

- compte tenu de cette situation de harcèlement, toutes les décisions participant de cette situation, au nombre desquelles figure la décision attaquée, sont illégales et doivent être annulées ;

- la décision attaquée traduit une discrimination à raison de son état de santé, elle fait suite à plusieurs reproches sur ses absences pour maladie qui lui ont été adressés par sa responsable.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 novembre 2020, la commune de Rezé, représentée par Me Marchand, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge du requérant sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Milin, première conseillère ;

- les conclusions de Mme Malingue, rapporteure publique ;

- les observations de Me Bernot, représentant M. A, et celles de Me Coëtoux du Tertre, substituant Me Marchand, représentant la commune de Rezé.

Considérant ce qui suit :

1. M. A est attaché territorial titulaire recruté par la commune de Rezé depuis le 1er janvier 2013 pour occuper le poste de responsable du service administration et gestion statutaire (AGS), sous l'autorité hiérarchique de la directrice des relations humaines, poste auquel étaient attachés 25 points de nouvelle bonification indiciaire au titre des missions d'encadrement y afférentes. Par une décision du 27 mars 2020, le maire de Rezé a procédé à l'affectation d'office de M. A sur le poste de chargé de mission " gestion concurrentielle du domaine public " puis il a, par l'arrêté attaqué du 1er avril 2020, supprimé à M. A le bénéfice des 25 points de nouvelle bonification indiciaire susmentionnés.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'existence d'une situation de harcèlement moral :

2. Aux termes de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, applicable au litige : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel ". Il appartient à l'agent public qui soutient avoir été victime de faits constitutifs de harcèlement moral de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles d'en faire présumer l'existence. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'administration auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral. Pour être qualifiés de harcèlement moral, ces agissements doivent être répétés et excéder les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique. Dès lors qu'elle n'excède pas ces limites, une simple diminution des attributions justifiée par l'intérêt du service, en raison d'une manière de servir inadéquate ou de difficultés relationnelles, n'est pas constitutive de harcèlement moral.

3. Le requérant soutient qu'il est victime d'un processus de harcèlement moral mené à bien par la directrice des ressources humaines de la commune, Mme C, avec le soutien du directeur général des services, depuis l'été 2019.

4. Certains des éléments que fait valoir M. A à l'appui de ses allégations relatives à une situation de harcèlement ne sont pas matériellement établis par l'instruction. Il en va ainsi des propos discriminatoires à raison de son état de santé que le requérant accuse Mme C d'avoir tenus lors de l'entretien du 22 août 2019, des " intimidations " de cette dernière et du directeur général des services à son égard à l'occasion de l'entretien du 7 janvier 2020 et de la violence verbale qu'aurait manifestée Mme C au cours de l'entretien du 9 janvier 2020. Ces éléments ne peuvent donc être regardés comme des éléments de fait.

5. S'agissant des éléments de fait invoqués par M. A et dont la matérialité est établie, l'avis que Mme C a soumis à la CAP du 7 novembre 2019 relatif à l'inscription du requérant au tableau d'avancement au grade d'attaché territorial, avis favorable au demeurant, s'il comporte certaines réserves sur les qualités relationnelles et d'encadrement de M. A, est conforme au contenu des comptes rendus d'entretien d'évaluation professionnelle de l'intéressé, lesquels font état de carences comparables, nonobstant la circonstance que M. A a été admis à l'examen professionnel d'attaché principal. Le requérant n'allègue d'ailleurs même pas que ces réserves seraient infondées. Cet avis ne saurait donc être regardé comme une manœuvre en vue de faire injustement obstacle à la promotion de M. A, alors qu'au demeurant la hiérarchie du requérant l'avait proposé à l'avancement, et, partant, comme un élément de fait susceptible de faire présumer l'existence d'une situation de harcèlement moral.

6. S'il résulte de l'instruction qu'au cours d'un entretien le 22 août 2019, Mme C a fait part à M. A de ce que ses nombreuses absences étaient préjudiciables au bon fonctionnement du service, alors que le requérant fait l'objet d'arrêts réguliers de travail en raison d'une affection de longue durée, il résulte de l'instruction que les absences de M. A ne sont pas exclusivement imputables à son état de santé, de sorte que Mme C a pu formuler pareille remarque sans stigmatiser pour autant l'état de santé du requérant. En outre, il résulte de l'instruction, et notamment des courriers électroniques versés au dossier, que Mme C, quand elle est informée des absences pour maladie de M. A, lui formule des vœux de rétablissement sans exercer de pression pour qu'il reprenne le travail. Par ailleurs, il n'est pas établi qu'à l'occasion de l'entretien du 12 novembre 2019 au cours duquel Mme C a informé M. A du résultat de la CAP, celle-ci aurait imputé ce résultat aux absences pour raisons de santé de M. A. S'il est constant que cet entretien a été l'occasion d'un recadrage de M. A par Mme C, le contenu des propos tenus par celle-ci n'est pas établi et si Mme C a, le jour même, présenté à M. A ses excuses par courrier électronique pour avoir pu le blesser par ses propos, il n'est pas démontré que ces propos consistaient en des reproches sur les arrêts de travail pour maladie de M. A.

7. Il résulte de ce qui précède que les éléments de fait invoqués par le requérant, mentionnés aux points 5 et 6, sont insusceptibles de faire présumer l'existence d'un harcèlement moral à l'endroit de M. A.

8. S'agissant des éléments de fait invoqués par ailleurs par le requérant comme étant susceptibles de faire présumer l'existence d'un harcèlement moral compte tenu de leur caractère intrinsèquement défavorable, il résulte de l'instruction que M. A a, comme il a été dit, été déchargé d'une partie de ses missions par la décision du 30 décembre 2019 et qu'il a ensuite été affecté sur un poste de chargé de mission " gestion concurrentielle du domaine de la commune et expertise juridique " qui ne comprend pas de missions d'encadrement. Si ces décisions, qui emportent une diminution et une modification des missions confiées à M. A et, pour la seconde d'entre elles, une diminution de sa rémunération, il résulte de l'instruction que ces mesures sont justifiées par l'intérêt du service, en raison de la manière de servir inadéquate de M. A et de ses difficultés relationnelles, qui sont suffisamment établies par les nombreux signalements concordants de ses collaborateurs sur un comportement managérial inadapté de la part du requérant et générateur de souffrance au travail, corroborés par les résultats de l'audit du service AGS mené par une psychologue du travail extérieure à l'administration. Eu égard à l'état dégradé des relations entre M. A et ses collaborateurs, à la détresse manifestée par ceux-ci, et à la réitération par M. A d'un comportement managérial inadapté en dépit d'une première mise en garde courant 2018 qui avait fait l'objet de séances de coaching personnalisé en management, la décharge de fonctions de M. A, puis son affectation sur un nouveau poste doivent être regardées comme justifiées par des considérations étrangères à tout harcèlement.

9. Par ailleurs, si la commune de Rezé a diligenté le 23 décembre 2019 un contrôle médical de l'arrêt de travail pour maladie de M. A, le fait pour un employeur de diligenter un tel contrôle relève de ses prérogatives et ne saurait caractériser une situation de harcèlement moral, ce contrôle ayant en outre été diligenté six semaines après le début de l'arrêt de travail et étant en outre le premier contrôle diligenté à l'égard de M. A depuis son affectation à Rezé, alors que celui-ci s'était déjà vu prescrire plusieurs arrêts de travail. Si le requérant soutient que cette démarche était d'autant plus malvenue que son congé de maladie était imputable au service, cette affirmation n'est pas corroborée par les pièces du dossier, dont il ressort au contraire que cet arrêt de travail a été délivré en lien avec l'affection de longue de durée de M. A et que celui-ci n'a pas sollicité de reconnaissance d'imputabilité au service de ce congé de maladie. Par conséquent, le contrôle médical de l'arrêt de travail pour maladie de M. A paraît justifié par des considérations étrangères à tout harcèlement.

10. Si M. A se prévaut également d'une situation d'isolement, dès lors qu'il ne participe plus à certaines réunions, il n'établit ni même n'allègue que son absence à certaines réunions n'est pas la conséquence nécessaire de sa décharge de missions. Si le requérant fait valoir qu'il n'a pas été invité à la réunion du 14 janvier 2020, il résulte de l'instruction que cet événement n'était pas une réunion de service mais un entretien entre le directeur général des services d'une part et certains des agents de la direction des ressources humaines et des représentants syndicaux d'autre part, entretien programmé à l'initiative des agents de la direction des ressources humaines, de sorte que la présence de M. A à cet entretien n'était pas justifiée. Le requérant ne fait pas valoir que sa présence aurait été justifiée à des réunions ou des événements auxquels il n'a pas été convié. Par conséquent, l'absence de M. A à certains événements, qui ne sont au demeurant pas précisés à l'exception de l'entretien du 14 janvier 2020, est justifiée par des considérations étrangères à tout harcèlement.

11. Il résulte de l'instruction que M. A a bénéficié d'un arrêt de travail pour maladie du 12 novembre 2019 jusqu'au 27 décembre 2019, motivé, d'après le médecin l'ayant délivré, par un état d'anxiété réactionnelle nécessitant la prescription d'anxiolytiques, ainsi que d'un arrêt de travail d'une journée, le 20 janvier 2020, pour anxiété réactionnelle et asthénie. Toutefois, et en tout état de cause, ces arrêts de travail ont été prescrits en lien avec l'affection de longue durée de M. A, qui, ainsi qu'il a été précédemment dit, n'a pas demandé que soit reconnue l'imputabilité au service de ces arrêts. Par ailleurs, la consultation, à deux reprises, les 13 et 29 janvier 2020, du psychologue du travail, est à elle seule insusceptible de caractériser une situation de harcèlement, en l'absence de tout élément sur le contenu de ces consultations et sur les conclusions qu'en a tirées le professionnel de santé. Enfin, si le médecin de prévention a, le 31 janvier 2020, constaté une " inaptitude temporaire aux fonctions au vu de l'état de souffrance au travail actuel ", l'absence de promotion de M. A, puis sa décharge de fonctions et la proposition d'un changement de poste motivées par la remise en cause de ses méthodes managériales ont pu entraîner cet état de souffrance au travail, sans pour autant que celui-ci soit consécutif à une situation de harcèlement moral. Par conséquent, les éléments médicaux que fait valoir le requérant, qui ne procèdent d'ailleurs pas d'agissements de l'administration, sont étrangers à un processus de harcèlement.

12. Il résulte de ce qui précède que les éléments de fait invoqués par le requérant, mentionnées du point 8 au point 11, sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement au sens de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983. Il s'ensuit que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée procède d'un processus de harcèlement moral.

En ce qui concerne une discrimination de M. A à raison de son état de santé :

13. Aux termes de l'article 6 de la loi du 13 juillet 1983 susvisée : " () Aucune distinction, directe ou indirecte, ne peut être faite entre les fonctionnaires en raison () de leur état de santé () ". Le juge, lors de la contestation d'une décision dont il est soutenu qu'elle serait empreinte de discrimination, doit attendre du requérant qui s'estime lésé par une telle mesure qu'il soumette au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer une atteinte au principe de l'égalité de traitement des personnes. Il incombe alors au défendeur de produire tous ceux permettant d'établir que la décision attaquée repose sur des éléments objectifs étrangers à toute discrimination. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si la décision contestée devant lui a été ou non prise pour des motifs entachés de discrimination, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

14. Il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée portant suppression de la nouvelle bonification indiciaire que percevait précédemment M. A ne se fonde pas sur l'état de santé de l'intéressé, mais tire les conséquences du changement d'affectation du requérant, dont le poste de chargé de mission sur lequel il a été affecté par un arrêté du 27 mars 2020 est dépourvu de missions d'encadrement. Si le requérant soutient que son changement d'affectation s'explique par une discrimination à raison de son état de santé, il n'excipe pas de l'illégalité de la décision du 27 mars 2020, dont il a demandé par une requête distincte l'annulation. En tout état de cause, il n'est pas établi, comme il a été dit au point 6, que la supérieure hiérarchique de M. A aurait reproché à celui-ci ses absences imputables à son état de santé, ni qu'elle aurait affirmé que cet état de santé n'était pas compatible avec l'exercice de fonctions d'encadrement. Il suit de là que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait fondée sur un motif discriminatoire.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à que soit mise à la charge de la commune de Rezé, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par le requérant sur le fondement de ces dispositions.

17. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par la commune de Rezé au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Rezé présentées au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune de Rezé.

Délibéré après l'audience du 16 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Gourmelon, présidente,

Mme Milin, première conseillère,

M. Cordrie, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2024.

La rapporteure,

C. MILIN

La présidente,

V. GOURMELON

La greffière,

F. ARLAIS

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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