mercredi 28 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2005397 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | CLOAREC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 3 juin 2020, M. A D, représenté par Me Cloarec, demande au tribunal:
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 9 janvier 2020 par laquelle le préfet de la Sarthe lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Sarthe de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois, en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, à défaut, de lui enjoindre de réexaminer sa situation, en application de l'article L. 911-2 du même code, dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et de lui délivrer en cette attente une autorisation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de
1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la requête est recevable ;
- la décision est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions du 7° de l'article L.313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré 11 août 2022, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.
M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 janvier 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version alors applicable ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant congolais, né le 10 mai 1987, est entré en France le 3 septembre 2012. Le 11 octobre 2012, il a sollicité le statut de réfugié. Sa demande a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 28 juin 2013, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 6 janvier 2014. L'intéressé a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade. Cette demande a été rejetée par une décision du 29 avril 2014 du préfet de la Sarthe, dont la légalité a été confirmée par un jugement du tribunal administratif de Nantes du 26 septembre 2014 et par un arrêt de la cour administrative d'appel de Nantes du 28 janvier 2015. Par une demande du
28 juin 2019, complétée les 24 octobre et 25 octobre 2019, l'intéressé a sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision du 9 janvier 2020, dont M. D demande au tribunal l'annulation, le préfet de la Sarthe a rejeté sa demande.
Sur les conclusions tendant à l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Par décision du 25 janvier 2021 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nantes, M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Ses conclusions tendant à ce qu'il soit provisoirement admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle sont ainsi devenues sans objet. Il n'y a donc plus lieu d'y statuer.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
3. En premier lieu, la décision attaquée mentionne notamment les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquelles elle se fonde et vise les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dont elle fait application. Elle rappelle les éléments tirés du parcours et de la situation personnelle du requérant. Dans ces conditions, ce dernier n'est pas fondé à soutenir que la décision serait motivée de manière stéréotypée. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit donc être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article L313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit () 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ; () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations et dispositions, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
5. M. D fait valoir qu'il a établi en France le centre de ses intérêts où il a signé un pacte civil de solidarité (PACS) le 26 février 2020 avec Mme M., avant de se marier avec celle-ci le 14 novembre 2020. Il se prévaut également de la présence de ses filles. Il fait valoir que sa compagne est titulaire d'une carte de résident valable jusqu'au 15 février 2029, qu'elle travaille en tant que femme de chambre, qu'elle a obtenu un contrat à durée indéterminée le 1er octobre 2018 et qu'elle est locataire de son logement dans lequel elle l'héberge. Il soutient qu'il est impliqué dans la vie de sa fille de quatre ans et dans l'éducation, en tant que figure paternelle, du premier enfant de sa compagne. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que si le couple s'est rencontré en 2015, il s'est séparé quelques mois en 2016, que leur vie commune, à la date de la décision attaquée, était récente au regard des factures d'énergie datées de 2019 produites par le requérant. Par ailleurs, le PACS et le mariage sont postérieurs à la décision attaquée et ne peuvent dès lors que rester sans incidence sur sa légalité. En outre, si M. D se prévaut d'une insertion sociale, notamment en raison participation, en 2019, aux ateliers " Français Langue Étrangère " organisés par le centre social des quartiers sud, de sa participation à une émission télévisée en qualité de bénévole portant aide à une famille sarthoise en détresse et s'il soutient partager les valeurs de la République, il est constant qu'il n'exerce aucune activité professionnelle et ne démontre pas une intégration significative dans le tissu socio-économique français, et qu'il ne justifie pas de liens anciens et stables en France. Par ailleurs, si sa compagne exerce une activité professionnelle, il ressort des pièces du dossier qu'elle ne perçoit qu'un salaire de 715,05 euros maximum par mois, insuffisant pour assurer l'entretien d'un foyer composé de deux adultes et deux enfants. Si M. D soutient qu'il a quitté la République démocratique du Congo depuis huit ans et qu'il n'y détient plus de liens familiaux, il n'établit pas, par les pièces qu'il produit, qu'il serait dépourvu dans ce pays d'attaches familiales ou personnelles alors qu'il a déclaré dans son récit auprès de l'OFPRA l'existence d'un oncle et d'un cousin dans ce pays et que, le 24 juin 2012, son frère a déposé une requête auprès du tribunal de grande instance de Kinshasa afin d'obtenir un acte de naissance pour le requérant. L'intéressé a vécu dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de 25 ans et se maintient irrégulièrement sur le territoire national en dépit d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire du 29 avril 2014, dont la légalité a été confirmée à deux reprises par les juridictions administratives. Enfin, la circonstance que le préfet ait mentionné que M. D était entré en France de manière irrégulière est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée dès lors qu'il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a bien franchi les frontières nationales sans autorisation, nonobstant les raisons qui l'ont conduit à entrer sur le territoire national pour y demander l'asile. Dans ces conditions, M. D n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée porterait une atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale disproportionnée aux buts poursuivis. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions du 7° de l'article L.313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doit être écarté.
6. En troisième lieu, M. D ne peut utilement invoquer les termes de la circulaire du 28 novembre 2012 n° NOR INTK 1229185 C qui ne présente pas de caractère règlementaire.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait () des tribunaux, des autorités administratives (), l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit apporter une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
8. Si l'intéressé fait valoir que sa compagne, Mme C, titulaire d'une carte de résident, n'a pas vocation à retourner en République démocratique du Congo et qu'en cas de retour, M. D ne pourra pas obtenir le regroupement familial, il ressort des pièces du dossier, d'une part que la décision portant refus de titre de séjour n'implique pas par elle-même que M. D soit séparé de ses enfants, d'autre part qu'il n'existe aucun obstacle à ce que l'intéressé retourne dans son pays d'origine et sollicite un visa lui permettant de revenir en France à l'effet d'y solliciter le séjour, notamment en faisant valoir ses liens familiaux. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du 1 de l'article 3 de la convention des droits de l'enfant ne peut qu'être écarté.
9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. D doit être rejetée dans toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. D tendant à son admission à l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de M. D est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, à Me Anne-Lise Cloarec et au préfet de la Sarthe.
Délibéré après l'audience du 7 décembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Loirat, présidente,
M. Gauthier, premier conseiller,
M. Marowski, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 décembre 2022.
Le rapporteur,
Y. B
La présidente,
C. LOIRAT
La greffière,
P. LABOUREL
La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2005397
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026