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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2005410

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2005410

mardi 4 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2005410
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSELARL CORNET VINCENT SEGUREL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 5 juin 2020 et 9 octobre 2021, M. J C et Mme F G, représentés par Me Le Borgne, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 février 2020 par lequel la maire de Nantes ne s'est pas opposée à la déclaration préalable de travaux déposée par M. et Mme H portant sur l'extension et la surélévation d'une maison d'habitation située au n° 17 rue Edison à Nantes ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Nantes une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'arrêté attaqué méconnaît les articles R. 431-36, R. 431-10 et R. 431-14 du code de l'urbanisme dès lors que, compte tenu de la situation du projet dans les abords d'un monument historique, le dossier de permis de construire devait comprendre un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet dans son environnement ainsi qu'une notice faisant apparaître les matériaux utilisés et les modalités d'exécution des travaux ;

- l'arrêté méconnaît les articles R. 421-17 f) et R. 431-2 du code de l'urbanisme dès lors que les travaux relèvent d'un permis de construire et non d'une simple déclaration préalable, compte tenu de la surface de plancher créée et de la surface de plancher totale après travaux ;

- l'arrêté méconnaît l'article 3 du préambule du règlement du plan local d'urbanisme métropolitain de Nantes métropole en l'absence d'avis de l'architecte des bâtiments de France sur le projet ;

- l'arrêté méconnaît l'article B.1.2.2 de la 3ème partie du règlement du plan local d'urbanisme métropolitain de Nantes métropole dès lors que la surélévation ne se situe pas dans l'alignement des façades voisines et forme un angle droit marqué dans un environnement caractérisé par des toitures à double versant ;

- l'arrêté méconnaît l'article B.2.2 de la 1ère partie du règlement du plan local d'urbanisme métropolitain de Nantes métropole dès lors que le projet porte sur la destruction d'une haie identifiée au titre d'un espace paysager à protéger par la construction d'un escalier et que les travaux ont entraîné l'abattage d'un cerisier.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 21 septembre 2020 et 19 novembre 2021, la commune de Nantes, représentée par la SELARL MRV, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge des requérants en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable dès lors que les requérants sont dépourvus d'intérêt à agir ;

- aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 16 février 2021 et 18 octobre 2021, M. et Mme H, représentés par la SELARL CVS, concluent au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge des requérants en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils font valoir que :

- la requête est irrecevable dès lors que les requérants sont dépourvus d'intérêt à agir ;

- aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du patrimoine ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B ;

- les conclusions de M. Sarda, rapporteur public ;

- les observations de Me Le Borgne, avocat des requérants, de Me Vic, avocat de la commune de Nantes et de Me Angibaud, substituant Me Marchand, avocat de M. et Mme H.

Considérant ce qui suit :

1. M. C et Mme G, demeurant 19 rue Edison à Nantes, demandent au tribunal d'annuler l'arrêté du 12 février 2020 par lequel la maire de Nantes ne s'est pas opposée à la déclaration préalable de travaux déposée par M. et Mme H en vue de l'extension et de la surélévation d'une maison d'habitation située au n° 17 rue Edison à Nantes.

2. Aux termes de l'article R. 431-36 du code de l'urbanisme : " Lorsque la déclaration porte sur un projet de création ou de modification d'une construction et que ce projet est visible depuis l'espace public ou que ce projet est situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou dans les abords des monuments historiques, le dossier comprend également les documents mentionnés aux c et d de l'article R. 431-10. ". Aux termes de l'article R. 431-10 du même code : " Le projet architectural comprend également : () c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ; / (). ". L'article R. 431-14 de ce code dispose que : " Lorsque le projet porte sur des travaux nécessaires à la réalisation d'une opération de restauration immobilière au sens de l'article L. 313-4 ou sur un immeuble inscrit au titre des monuments historiques, sur un immeuble situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou dans les abords des monuments historiques, la notice mentionnée à l'article R. 431-8 indique en outre les matériaux utilisés et les modalités d'exécution des travaux. ". Aux termes de l'article L. 621-30 du code de l'urbanisme : " II. - La protection au titre des abords s'applique à tout immeuble, bâti ou non bâti, situé dans un périmètre délimité par l'autorité administrative dans les conditions fixées à l'article L. 621-31. Ce périmètre peut être commun à plusieurs monuments historiques. / En l'absence de périmètre délimité, la protection au titre des abords s'applique à tout immeuble, bâti ou non bâti, visible du monument historique ou visible en même temps que lui et situé à moins de cinq cents mètres de celui-ci. ".

3. Il ressort des pièces du dossier, et notamment d'un avis de l'architecte des bâtiments de France du 4 février 2020, que le projet, s'il se situe dans un rayon de 500 mètres de la Villa Jeannette identifiée au titre des monuments historiques, se trouve en dehors du champ de visibilité de ce monument historique au sens de l'article L. 621-30 du code du patrimoine, de sorte que le projet ne requiert ni document graphique d'insertion, ni notice sur les matériaux utilisés et les modalités d'exécution des travaux. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.

4. Aux termes de l'article R. 421-17 du code de l'urbanisme : " Doivent être précédés d'une déclaration préalable lorsqu'ils ne sont pas soumis à permis de construire en application des articles R*421-14 à *R. 421-16 les travaux exécutés sur des constructions existantes, à l'exception des travaux d'entretien ou de réparations ordinaires, et les changements de destination des constructions existantes suivants : () f) Les travaux qui ont pour effet la création soit d'une emprise au sol, soit d'une surface de plancher supérieure à cinq mètres carrés et qui répondent aux critères cumulatifs suivants : / - une emprise au sol créée inférieure ou égale à vingt mètres carrés ; / - une surface de plancher créée inférieure ou égale à vingt mètres carrés. / Ces seuils sont portés à quarante mètres carrés pour les projets situés en zone urbaine d'un plan local d'urbanisme ou d'un document d'urbanisme en tenant lieu, à l'exclusion de ceux impliquant la création d'au moins vingt mètres carrés et d'au plus quarante mètres carrés de surface de plancher ou d'emprise au sol lorsque cette création conduit au dépassement de l'un des seuils fixés à l'article R*431-2 du présent code. ". L'article R. 431-2 de ce code dispose que : " Pour l'application de l'article 4 de la loi n° 77-2 du 3 janvier 1977 sur l'architecture, ne sont toutefois pas tenues de recourir à un architecte les personnes physiques, les exploitations agricoles ou les coopératives d'utilisation de matériel agricole agréées au titre de l'article L. 525-1 du code rural et de la pêche maritime qui déclarent vouloir édifier ou modifier pour elles-mêmes : / a) Une construction à usage autre qu'agricole dont la surface de plancher n'excède pas cent cinquante mètres carrés ; () Les demandeurs d'un permis de construire sont tenus de recourir à un architecte pour les projets de travaux sur construction existante conduisant soit la surface de plancher, soit l'emprise au sol de l'ensemble à dépasser l'un des plafonds fixés par le présent article. ".

5. Il ressort des pièces du dossier que le projet porte sur l'extension, pour 24,5 m², d'une maison d'habitation d'une surface de plancher initiale de 182,5 m² située dans une zone urbaine du plan local d'urbanisme métropolitain. Dès lors que l'augmentation de la surface de plancher ne conduit pas au dépassement du seuil de 150 m² fixé à l'article R. 431-2 du code de l'urbanisme, la construction existante dépassant déjà ce seuil, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les travaux en cause relevaient du régime du permis de construire et non du régime déclaratif.

6. Aux termes de leur mémoire du 9 octobre 2021, les requérants ont expressément abandonné le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 du préambule du règlement du plan local d'urbanisme métropolitain de Nantes métropole.

7. La 3ème partie du règlement du plan local d'urbanisme métropolitain de Nantes Métropole comprend des dispositions communes au patrimoine lesquelles sont, aux termes des dispositions liminaires de cette 3ème partie, " applicables à l'ensemble du patrimoine* protégé identifié aux plans de zonage au 1/2000 du règlement graphique (pièces n°4-2-2) ", la protection du patrimoine étant encadré par les outils réglementaires suivants, chacun d'entre eux étant associé à une représentation graphique propre : patrimoine bâti, petit patrimoine bâti, patrimoine bâti avec autorisation de changement de destinations, séquence urbaine de type 1 ou 2, périmètre patrimonial et sous-secteur patrimonial. Il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet se situe dans un sous-secteur patrimonial, dit " D I ", dont les qualités paysagères et urbaines sont évoquées dans la fiche n°12 traitant des sous-secteurs patrimoniaux de la commune de Nantes, laquelle précise que " la rue Edison présente une très grande homogénéité de constructions (maisons de ville sur garage de l'entre-deux-guerres d'influence art-déco) et généralement une cohérence entre maisons, clôture et petit jardinet planté. ". Par ailleurs, aux termes de l'article B.1.2.2 des dispositions communes sur le patrimoine du plan local d'urbanisme métropolitain de Nantes Métropole : " Les constructions doivent s'inscrire de manière harmonieuse dans leur environnement patrimonial en tenant compte des particularités volumétriques marquantes des constructions avoisinantes identifiées en tant que patrimoine protégé (organisation des façades, hauteur des niveaux, pans de toitures, etc.). ".

8. Il ressort des pièces du dossier que l'extension et la surélévation projetées se situent sur la façade arrière de la maison d'habitation objet des travaux, ne sont pas visibles depuis la voie publique et n'avoisinent pas de construction identifiée en tant que patrimoine protégé. La circonstance que cette extension présente une profondeur supérieure de plusieurs centimètres à la construction des requérants, qui jouxte l'immeuble objet des travaux, n'est pas de nature à traduire une méconnaissance des dispositions précitées. Il en va d'autant plus ainsi qu'il ressort d'une vue aérienne de la rue Edison produite par la commune que les façades arrière des constructions de cette rue ne sont pas alignées, pas davantage que ne le sont les façades arrière de la rue d'Arsonval, parallèle à la rue Edison, visibles depuis le cœur d'îlot de cette dernière rue. Si les requérants déplorent " l'angle droit " formé par le toit plat de l'extension, il ressort des pièces du dossier que les travaux portent sur l'extension d'un volume existant en façade arrière, lequel présente déjà un volume cubique surmonté d'un toit plat. Il ressort également de la vue aérienne susmentionnée et des photographies produites par la commune de Nantes que plusieurs constructions des rues Edison et d'Arsonval présentent, tant en façade sur rue qu'en façade arrière, des volumes parallélépipédiques. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article B.1.2.2 des dispositions communes sur le patrimoine du plan local d'urbanisme métropolitain (PLUm) de Nantes Métropole doit être écarté.

9. Aux termes de l'article B.2.2 du 4.1 de la 1ère partie du plan local d'urbanisme métropolitain de Nantes Métropole, les espaces paysagers à protéger (EPP) sont définis de la façon suivante : " Élément tel que haie, zone humide, cœur d'îlot, boisement ou ensemble paysager à protéger pour des motifs d'ordre écologique et/ou paysager, notamment pour favoriser la sauvegarde de son intérêt urbain, paysager et environnemental. / Dans le cas où un terrain est concerné par un Espace Paysager à Protéger identifié au règlement graphique, les constructions, ouvrages et travaux sont autorisés à condition qu'ils ne soient pas de nature à porter atteinte à l'intégrité de cet Espace Paysager à Protéger. / Plus précisément, concernant les zones humides* ou les fossés* : les constructions, ouvrages et travaux sont autorisés à condition qu'ils ne soient pas de nature à porter atteinte à l'intégrité de cette zone humide* ou de ce fossé*, tant en termes de préservation des milieux que de fonctionnement hydraulique. ".

10. Il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet est grevé d'une servitude d'EPP dans sa partie nord-ouest, en fond de parcelle. Si les requérants font valoir que le projet entraîne la destruction d'une haie, il ressort de la photographie produite par les requérants que cette haie se situe le long de la partie est de la limite parcellaire nord, en dehors de l'EPP matérialisé dans le document graphique du PLUm. Les requérants font également valoir que le projet entraîne le déplacement d'un escalier menant au rez-de-jardin encaissé, vers le centre du fond de parcelle, lequel est grevé de la servitude d'EPP et que ce déplacement porte atteinte à l'intégrité de cet EPP, notamment en entraînant l'abattage d'un arbre. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier, notamment de la comparaison entre le document graphique figurant l'EPP, les plans de la déclaration préalable et les photographies produites par les requérants, que la réalisation de cet escalier porterait une atteinte effective à l'intégrité de l'EPP. Enfin, si les requérants produisent des photographies établissant que l'exécution des travaux autorisés a donné lieu à l'abattage susmentionné d'un arbre et au retournement de la majeure partie du fond de la parcelle, ces circonstances, relatives à l'exécution des travaux déclarés, sont sans incidence sur la légalité de l'arrêté ne s'opposant pas à ceux-ci.

11. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée par M. et Mme H, que M. C et Mme G ne sont pas fondés à demander l'annulation de la décision attaquée.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Nantes, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme demandée sur le fondement de cet article par les requérants. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des requérants le versement de la somme de 750 euros à verser, d'une part, à la commune de Nantes et, d'autre part, à M. H, au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C et Mme G est rejetée.

Article 2 : M. C et Mme G verseront solidairement la somme de 750 euros à la commune de Nantes et la somme de 750 euros à M. H au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. J C et Mme F G, à la commune de Nantes et à M. et Mme E H.

Délibéré après l'audience du 7 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. A de Baleine, président,

Mme Thomas, première conseillère,

Mme Milin, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2023.

La rapporteure,

C. B

Le président,

A. A DE BALEINELa greffière,

L. LÉCUYER

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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