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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2005477

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2005477

mardi 25 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2005477
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantGOUILLON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 juin 2020, M. D C, représenté par Me Gouillon, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 avril 2020 par lequel le préfet de la Sarthe l'a assigné à résidence pour une durée de six mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Sarthe de lui délivrer une autorisation provisoire de travail dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de l'expiration de ce délai ou à défaut de procéder sous la même astreinte à un nouvel examen de sa demande et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 2 000 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.

Il soutient que :

- le signataire de la décision ne justifie pas de sa compétence ;

- la décision est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 561-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article R. 561-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 septembre 2020, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 décembre 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant roumain né en 1983, déclare être présent en France depuis 2016. Il a été condamné le 13 septembre 2017 par le tribunal correctionnel d'Angers à une peine d'emprisonnement de deux ans pour " vol en réunion et escroquerie ", faits commis entre juillet et octobre 2016. Il a bénéficié, en vertu d'un jugement du 21 novembre 2018, d'un aménagement de peine sous forme de placement sous surveillance électronique et a été libéré le 14 avril 2020. Par un arrêté du 14 avril 2020, le préfet de la Sarthe lui a, sur le fondement de l'article L. 511-3-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, fait obligation de quitter le territoire sans délai et a assorti sa décision d'une interdiction de circulation d'une durée d'un an. Par un second arrêté du même jour, le préfet de la Sarthe a assigné l'intéressé à résidence pour une durée de six mois. Par un jugement du 9 décembre 2020, ce tribunal a rejeté la requête de M. C tendant à l'annulation de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire et interdiction de circulation. Par sa requête, M. C demande au tribunal d'annuler l'arrêté portant assignation à résidence.

2. Aux termes de l'article L. 561-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne peut ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, l'autorité administrative peut, jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, l'autoriser à se maintenir provisoirement sur le territoire français en l'assignant à résidence, dans les cas suivants : / 1° Si l'étranger fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai ou si le délai de départ volontaire qui lui a été accordé est expiré ; () La décision d'assignation à résidence est motivée. Elle peut être prise pour une durée maximale de six mois, renouvelable une fois dans la même limite de durée, par une décision également motivée. / () L'étranger astreint à résider dans les lieux qui lui sont fixés par l'autorité administrative doit se présenter périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie. () ".

3. L'arrêté attaqué a été signé par M. Baron, secrétaire général de la préfecture de la Sarthe. Par un arrêté du 24 février 2020, régulièrement paru au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Sarthe lui a donné délégation à l'effet de signer tous actes et décisions relatifs aux attributions de l'Etat dans le département de la Sarthe, à quelques exceptions dont ne relèvent pas les décisions d'assignation à résidence. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit, par suite, être écarté.

4. La décision attaquée mentionne les dispositions dont elle fait application, en particulier l'article L. 561-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle fait notamment état de ce que l'intéressé, qui justifie d'un domicile à sa levée d'écrou, ne dispose pas de passeport, et qu'ainsi, son assignation à résidence est nécessaire, alors que l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet demeure une perspective raisonnable. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision en litige doit être écarté.

5. Il ne ressort pas de pièces du dossier que le préfet de la Sarthe n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de l'intéressé.

6. Si le requérant soutient que les modalités de son assignation à résidence, à savoir une présentation bi-hebdomadaire à 9 heures auprès des services de gendarmerie et une obligation de présence à son domicile de 13 heures à 16 heures ne sont pas compatibles avec ses obligations professionnelles, il ressort des pièces du dossier que le requérant ne travaille pas et n'est au demeurant pas autorisé à travailler. Le requérant ne justifie pas davantage qu'il serait dans l'impossibilité, compte tenu de ces modalités, d'effectuer auprès de Pôle Emploi les démarches nécessaires au maintien du versement de l'allocation de retour à l'emploi dont il bénéficie. Si M. C fait également valoir ses obligations familiales, dès lors qu'il devrait accompagner le fils de sa compagne à l'école, il ne ressort pas des pièces du dossier, en tout état de cause, que les modalités susmentionnées feraient obstacle à cette démarche, compte tenu de la proximité entre le domicile de M. C, les locaux de la gendarmerie et ceux de l'école, tous situés sur le territoire de la commune de Parigné-L'Evêque, dans un périmètre restreint. Il suit de là que le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

7. Si, aux termes de l'article R.561-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'assignation à résidence prononcée en application de l'article L. 561-1 peut être assortie d'une autorisation de travail. ", une telle autorisation, ainsi qu'il résulte de l'article L.5221-2 du code du travail, est délivrée sur présentation notamment d'un contrat établissant l'effectivité de l'embauche du demandeur. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C justifiait d'un contrat de travail à la date de la décision attaquée, la délivrance de l'autorisation de travail n'étant par ailleurs qu'une possibilité pour le préfet. Par suite, et en tout état de cause, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Sarthe aurait entaché l'arrêté attaqué d'une erreur manifeste d'appréciation en ne l'assortissant pas d'une autorisation de travail.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et au préfet de la Sarthe.

Délibéré après l'audience du 4 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. A de Baleine, président,

Mme Thomas, première conseillère,

Mme Milin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 octobre 2022.

La rapporteure,

C. BLe président,

A. A DE BALEINE

La greffière,

J. DIONIS

La République mande et ordonne préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

le greffier,

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