mardi 11 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2005488 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | GUERIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 8 juin 2020 et le 8 juillet 2020, M. B A, représenté par Me Guérin, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du
18 mai 2020 prononçant la suspension de ses conditions matérielles d'accueil ;
2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de le rétablir dans ses droits aux conditions matérielles d'accueil pour la période pendant laquelle il aurait dû en bénéficier, dans un délai de huit jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement de la somme de 1500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision de l'OFII est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen ;
- la décision a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il n'a pas été informé préalablement à la décision attaquée et compte tenu de la brièveté du délai dont il a bénéficié pour présenter ses observations ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation en ce qu'elle se fonde sur le motif tiré de son placement en fuite ;
- cette décision est entachée d'une erreur de droit, faute d'examen de sa situation de vulnérabilité, et méconnaît les dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de cette vulnérabilité.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 juin 2020, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 juin 2020.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le règlement n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- la directive n°2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, né le 11 août 1998, de nationalité sierra-léonaise, déclare être entré irrégulièrement sur le territoire français, le 28 décembre 2019, après avoir sollicité l'asile en Allemagne le 2 novembre 2017. Sa demande d'asile a été enregistrée au guichet unique de la préfecture de la Loire-Atlantique le 3 janvier 2020, et il a accepté l'offre de de prise en charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Sa demande d'asile a été placée en procédure dite " Dublin " pour être transféré vers l'Allemagne. Ne s'étant pas présenté pour signer son assignation à résidence entre le 12 février 2020 et le 3 mars 2020, il a été déclaré en fuite à cette date. Par un courrier du 4 mars 2020, l'OFII a informé le requérant de son intention de lui suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par une décision du 18 mai 2020, dont M. A demande l'annulation dans la présente instance, l'OFII lui a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.
2. En premier lieu, la décision attaquée vise les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise le motif de suspension des conditions matérielles d'accueil tiré de ce que M. A n'a pas respecté l'obligation qui lui était faite de se présenter afin de signer son assignation à résidence qui commençait le 12 février 2020. Cette décision est, par suite, suffisamment motivée. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que sa demande d'asile n'aurait pas fait l'objet d'un examen complet et sérieux, en particulier s'agissant de sa situation de vulnérabilité.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction applicable au présent litige : " Outre les cas, mentionnés à l'article L. 744-7, dans lesquels il est immédiatement mis fin de plein droit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, le bénéfice de celles-ci peut être : () 2° Refusé si le demandeur présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ou s'il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° du III de l'article L. 723-2 ". Aux termes du 3° du III de l'article L. 723-4 alors applicable : " III. - L'office statue également en procédure accélérée lorsque l'autorité administrative chargée de l'enregistrement de la demande d'asile constate que : () 3° Sans motif légitime, le demandeur qui est entré irrégulièrement en France ou s'y est maintenu irrégulièrement n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France ".
4. M. A fait valoir que la décision est entachée d'une erreur de droit, d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation au regard du motif retenu tiré de son placement en fuite. Il ressort toutefois d'un procès-verbal du 2 mars 2020 de l'union judiciaire de la DPAF de Loire-Atlantique, qui fait foi jusqu'à preuve du contraire, que M. A ne s'est jamais présenté afin de signer son assignation à résidence entre le 12 février 2020 et le 2 mars 2020. Le requérant n'apporte aucun élément sérieux de nature à remettre en cause ces mentions. S'il ressort des pièces du dossier qu'il a fait valoir qu'il aurait cru de bonne foi que ses obligations de présentation auraient été suspendues en raison du recours formé devant le tribunal administratif contre l'arrêté préfectoral de transfert, ces éléments ne constituent pas un motif légitime de nature à l'empêcher de se présenter à la convocation des autorités françaises. Dans ces conditions, M. A doit effectivement être regardé comme ayant pris la fuite au sens de l'article 29 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen. Dès lors, l'OFII, en se fondant sur la circonstance que le requérant n'a pas respecté ses obligations de présentation aux autorités, n'a entaché la décision attaquée ni d'une erreur de fait ni d'une erreur de droit ni d'une erreur d'appréciation.
5. En troisième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version applicable au litige : "Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, définies à l'article L. 348-1 du code de l'action sociale et des familles et à l'article L. 744-1 du présent code, est subordonné à l'acceptation par le demandeur d'asile de l'hébergement proposé, déterminé en tenant compte de ses besoins, de sa situation au regard de l'évaluation prévue à l'article L. 744-6 et des capacités d'hébergement disponibles. Le demandeur est préalablement informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, des conséquences de l'acceptation ou du refus de l'hébergement proposé. "
6. En l'espèce, la décision attaquée a pour objet de suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil de M. A et ce dernier ne peut utilement invoquer les dispositions rappelées, applicables à l'attribution initiale des conditions matérielles d'accueil, pour soutenir qu'il n'a pas été préalablement informé du sens de la décision qui lui a été opposée. En tout état de cause, par un courrier du 4 mars 2020, l'OFII l'a informé de son intention de lui suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Le délai entre la réception de ce courrier et l'intervention de la décision attaquée doit être regardé comme suffisant en l'espèce pour présenter utilement toute observation. Le moyen tiré de ce que la décision attaquée aurait été prise à l'issue d'une procédure irrégulière doit être écarté.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin. ".
8. En l'espèce, alors que la décision attaquée mentionne que l'évaluation de la situation personnelle et familiale de M. A ne fait pas apparaître une situation de particulière vulnérabilité, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'OFII ne se serait pas livré à une telle évaluation de la vulnérabilité de l'intéressé. M. A n'est donc pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait été prise au terme d'une procédure irrégulière en méconnaissance des dispositions de l'article L. 744-6 rappelées et qu'elle serait entachée d'un défaut d'examen de sa vulnérabilité.
9. En dernier lieu, si le requérant produit un justificatif d'un rendez-vous médical le 2 mars 2020 au CHU de Nantes, ainsi que deux résultats d'analyses attestant qu'il est atteint d'une hépatite B, ces éléments ne sont pas suffisants pour établir que l'appréciation portée par l'OFII sur sa vulnérabilité serait entachée d'une erreur d'appréciation.
10.Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Guérin et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 20 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. C de Baleine, président,
Mme Thomas, première conseillère,
Mme Milin, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2022.
La rapporteure,
S. D
Le président,
A. C DE BALEINELa greffière,
L. LECUYER
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2005488
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026