vendredi 26 août 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2005571 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | ex 5ème Chambre |
| Avocat requérant | AARPI BAKER & MC KENZIE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 11 juin 2020 et le 16 juin 2022, la société anonyme (SA) Sogefimur, représentée par Me Meier, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations primitives de taxe d'enlèvement des ordures ménagères auxquelles elle a été assujettie au titre de l'année 2014 à raison de ses établissements situés 2, rue Eugène Brémond, 153, rue de Lorraine et 7, rue Sorel Tracy à Cholet (Maine-et-Loire) ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable, dans la mesure où elle justifie avoir présenté sa réclamation préalable dans le délai prévu par l'article R. 196-2 du livre des procédures fiscales ;
- elle est fondée à invoquer, par voie d'exception, l'illégalité de la délibération du 13 décembre 2013 par laquelle la communauté d'agglomération du Choletais a fixé à 9,11 % le taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères, au titre de l'année 2014, dans la mesure où cette délibération méconnaît les dispositions de l'article 1520 du code général des impôts et où elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation à raison de la disproportion manifeste entre le coût du service et les recettes de fonctionnement ;
- la demande de substitution de base légale sollicitée à l'instance, à titre subsidiaire, par l'administration fiscale, n'est pas fondée.
Par un mémoire en défense enregistré le 12 octobre 2020, la directrice régionale des finances publiques des Pays de la Loire et du département de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable, la SA Sogefimur ne démontrant pas avoir présenté sa réclamation préalable dans le délai prévu par l'article R. 196-2 du livre des procédures fiscales ;
- les moyens soulevés par la SA Sogefimur ne sont pas fondés ;
- subsidiairement, si le tribunal devait regarder la délibération du 16 décembre 2013 comme illégale, elle sollicite une substitution de taux en application de l'article 1639 A du code général des impôts, afin que soit appliqué le taux adopté pour l'année 2013 aux impositions de 2014.
Par un mémoire enregistré le 16 juin 2022, la communauté d'agglomération du Choletais, représentée par Me Brossard, conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par la SA Sogefimur ne sont pas fondés, l'administration fiscale étant au demeurant fondée à demander, à titre subsidiaire, à ce que, si le tribunal devait regarder la délibération du 16 décembre 2013 comme illégale, il procède à une substitution de taux en application de l'article 1639 A du code général des impôts, afin que soit appliqué le taux adopté pour l'année 2013 aux impositions de 2014.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- les conclusions de M. Vauterin, rapporteur public,
- et les observations de Me Brossard, représentant la communauté d'agglomération du Choletais.
Considérant ce qui suit :
1. La société anonyme (SA) Sogefimur, qui exerce une activité de crédit-bail, a été assujettie, par voie de rôle n° 221 émis le 11 août 2014, à la taxe foncière sur les propriétés bâties et à la taxe d'enlèvement des ordures ménagères, au titre de l'année 2014, à raison de ses établissements situés 2, rue Eugène Brémond, 153, rue de Lorraine et 7, rue Sorel Tracy à Cholet (Maine-et-Loire). La société a présenté une réclamation préalable par un courrier du 21 décembre 2015, qui a été implicitement rejetée par la direction régionale des finances publiques des Pays de la Loire et du département de la Loire-Atlantique. Par la présente requête, la SA Sogefimur demande au tribunal la décharge des cotisations primitives de taxe d'enlèvement des ordures ménagères auxquelles elle a été assujettie au titre de l'année 2014, à raison de ses établissements situés à Cholet.
Sur les conclusions aux fins de décharge de l'imposition :
2. Pour contester le bien-fondé de ses cotisations de taxe d'enlèvement des ordures ménagères au titre de l'année 2014, la SA Sogefimur invoque, par voie d'exception, l'illégalité de la délibération du 16 décembre 2013 par laquelle la communauté d'agglomération du Choletais a fixé à 9,11 % le taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères applicable au titre de l'année 2014.
3. D'une part, aux termes des dispositions du I de l'article 1520 du code général des impôts, applicable aux établissements publics de coopération intercommunale : " Les communes qui assurent au moins la collecte des déchets des ménages peuvent instituer une taxe destinée à pourvoir aux dépenses du service dans la mesure où celles-ci ne sont pas couvertes par des recettes ordinaires n'ayant pas le caractère fiscal () ". En vertu des articles 1521 et 1522 du même code, cette taxe a pour assiette celle de la taxe foncière sur les propriétés bâties. La taxe d'enlèvement des ordures ménagères n'a pas le caractère d'un prélèvement opéré sur les contribuables en vue de pourvoir à l'ensemble des dépenses budgétaires, mais a exclusivement pour objet de couvrir les dépenses exposées par la commune ou l'établissement de coopération intercommunale compétent pour assurer l'enlèvement et le traitement des ordures ménagères et non couvertes par des recettes non fiscales. Ces dépenses sont constituées de la somme de toutes les dépenses de fonctionnement réelles exposées pour le service public de collecte et de traitement des déchets ménagers et des dotations aux amortissements des immobilisations qui lui sont affectées, telle qu'elle peut être estimée à la date du vote de la délibération fixant le taux de la taxe. A cet égard, doivent être déduites de ces dépenses, le cas échéant, les dépenses se rapportant aux déchets non ménagers, qui n'ont pas à être financées par la taxe, ainsi que le montant des recettes non-fiscales de la section de fonctionnement, telles qu'elles sont définies par les articles L. 2331-2 et L. 2331-4 du code général des collectivités territoriales.
4. D'autre part, aux termes de l'article L. 2333-76 du code général des collectivités territoriales : " Les communes, les établissements publics de coopération intercommunale et les syndicats mixtes qui bénéficient de la compétence prévue à l'article L. 2224-13 peuvent instituer une redevance d'enlèvement des ordures ménagères calculée en fonction du service rendu dès lors qu'ils assurent au moins la collecte des déchets des ménages () ". Aux termes de l'article L. 2333-78 du même code : " () A compter du 1er janvier 1993, les communes, les établissements publics de coopération intercommunale ainsi que les syndicats mixtes qui n'ont pas institué la redevance prévue à l'article L. 2333-76 créent une redevance spéciale afin d'assurer l'élimination des déchets visés à l'article L. 2224-14 () Elles peuvent décider, par délibération motivée, d'exonérer de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères les locaux dont disposent les personnes assujetties à la redevance spéciale visée au premier alinéa ". Les déchets mentionnés à l'article L. 2224-14 sont les déchets non ménagers que ces collectivités peuvent, eu égard à leurs caractéristiques et aux quantités produites, collecter et traiter sans sujétions techniques particulières. Il résulte de ces dispositions, d'une part, que l'instauration de la redevance spéciale est obligatoire en l'absence de redevance d'enlèvement des ordures ménagères, d'autre part, que, compte tenu de ce qui a été dit au point 3, la taxe d'enlèvement des ordures ménagères n'a pas pour objet de financer l'élimination des déchets non ménagers, alors même que la redevance spéciale n'aurait pas été instituée.
5. Il appartient au juge de l'impôt, pour apprécier la légalité d'une délibération fixant le taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères, que la collectivité ait ou non institué la redevance spéciale prévue par l'article L. 2333-78 du code général des collectivités territoriales et quel qu'en soit le produit, de rechercher si le produit de la taxe, tel qu'estimé à la date de l'adoption de la délibération, n'est pas manifestement disproportionné par rapport au coût de collecte et de traitement des seuls déchets ménagers, tel qu'il pouvait être estimé à cette même date, non couvert par les recettes non fiscales affectées à ces opérations, c'est-à-dire n'incluant pas le produit de la redevance spéciale lorsque celle-ci a été instituée. A ce titre, il appartient au juge de se prononcer au vu des résultats de l'instruction, au besoin après avoir demandé à la collectivité ou à l'établissement public compétent de produire ses observations ainsi que les éléments tirés de sa comptabilité permettant de déterminer le montant de ces dépenses estimé conformément au point 3 ci-dessus.
6. Par ailleurs, lorsque le contribuable se prévaut, à l'appui de sa contestation de la légalité d'une telle délibération, de ce que les éléments retracés dans le compte administratif ou le rapport annuel relatif au service public d'élimination des ordures ménagères établis à l'issue de l'année en litige font apparaître que le produit constaté de la taxe excède manifestement le montant constaté des dépenses d'enlèvement et de traitement des ordures ménagères non couvertes par des recettes non fiscales, il appartient au juge de rechercher, au besoin en mettant en cause la collectivité et en ordonnant un supplément d'instruction, si les données prévisionnelles, au vu desquelles la délibération a été prise diffèrent sensiblement de celles, constatées a posteriori, sur lesquelles le requérant fonde son argumentation.
7. Il résulte de l'instruction, et notamment du budget annexe primitif de gestion des déchets de l'année 2014 produit à l'instance, sur lequel la juridiction doit se fonder préférentiellement pour apprécier la légalité de la délibération litigieuse, que le coût de fonctionnement du service de collecte et de traitement de l'ensemble des déchets au titre de cette année, qui inclut les dépenses réelles de fonctionnement et les dotations aux amortissements et qui exclut les dépenses d'investissement, s'élève à 10 160 405 euros. Soustraction faite des dépenses spécifiques afférentes aux déchets non-ménagers, dont il n'est pas sérieusement contesté qu'elles s'établissent en prévision à 349 833 euros, le coût estimé du fonctionnement du service de collecte et de traitement des ordures ménagères s'élève ainsi à 9 810 572 euros pour l'année 2014. Selon ce même budget annexe primitif, les prévisions de recettes de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères s'établissent à 8 167 655 euros, et le montant des recettes non fiscales, qui ne doit pas inclure le report en section de fonctionnement d'un excédent de l'exercice précédent, s'élève, en prenant en compte la totalité des recettes d'ordre, à 1 981 250 euros, dont 350 000 euros de redevance spéciale et 8 000 euros de redevance pour l'enlèvement des déchets industriels. Le montant des dépenses de fonctionnement relatives aux déchets ménagers non couvertes par des recettes non fiscales, compte non tenu de ces deux redevances, s'élève ainsi au minimum à 8 187 322 euros. Il en résulte que le produit de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères, qui s'élève à 8 167 655 euros, est inférieur au montant des charges que cette taxe a pour objet de couvrir. Il suit de là que le taux de cette taxe ne peut être regardé comme manifestement disproportionné.
8. Il résulte également de l'instruction que, pour estimer à 349 833 euros le coût d'enlèvement et de traitement des déchets non ménagers au titre de l'année 2014 et fixer en conséquence le taux de la redevance spéciale pour l'année 2014 ainsi que le montant prévisionnel des recettes attendues, la communauté d'agglomération du Choletais s'est fondée sur les volumes d'enlèvements réalisés au cours de l'année 2013, et a fixé le taux de la redevance spéciale pour l'année 2014 au tarif 0,035 euro par litre. La société requérante, qui se borne à procéder à une estimation du rapport entre déchets ménagers et déchets non ménagers en se fondant sur le taux moyen national établi par la Cour des Comptes dans son rapport 2011 et d'un rapport conjoint de l'AMORCE et de l'ADEME, établi en septembre 2010, relatif à la redevance spéciale pour les déchets non ménagers, ne démontre pas que, l'évaluation faite par la communauté d'agglomération de la part du tonnage des déchets non ménagers dans le volume total de déchets traités en 2013 serait erronée, ni que le produit de cette redevance spéciale perçu par la communauté d'agglomération serait insuffisant pour couvrir le coût de traitement des déchets non ménagers ni, par voie de conséquence, que le produit de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères financerait ainsi le fonctionnement du service de collecte et de traitement des déchets non ménagers. Par suite, le moyen tiré du caractère disproportionné du taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères pour l'année 2014 et de la méconnaissance des dispositions de l'article 1520 du code général des impôts doit être écarté.
9. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par la directrice régionale des finances publiques des Pays de la Loire et du département de la Loire-Atlantique ni de statuer sur ses conclusions aux fins de substitution de base légale, que la SA Sogefimur n'est pas fondée à demander la décharge des cotisations primitives de taxe d'enlèvement des ordures ménagères auxquelles elle a été assujettie au titre de l'année 2014, à raison de ses établissements situés 2, rue Eugène Brémond, 153, rue de Lorraine et 7, rue Sorel Tracy à Cholet .
Sur les frais liés au litige :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à la SA Sogefimur la somme que celle-ci réclame au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SA Sogefimur est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SA Sogefimur et à la directrice régionale des finances publiques des Pays de la Loire et du département de la Loire-Atlantique.
Copie en sera adressée, pour information, à la communauté d'agglomération du Choletais.
Délibéré après l'audience du 1er juillet 2022, à laquelle siégeaient :
M. Livenais, président,
Mme Rosemberg, première conseillère,
M. Huin, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 26 août 2022.
La rapporteure,
V. A
Le président,
Y. LIVENAIS
La greffière,
L. BILLAUD
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
5
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026