mardi 6 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2005578 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | NERAUDAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 10 juin 2020, M. F G A, représenté par
Me Neraudau, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 4 mars 2020 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de rétablir à son profit les conditions matérielles d'accueil ;
2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui octroyer les conditions matérielles d'accueil pour la période pendant laquelle il aurait dû en bénéficier ;
3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement à son conseil de la somme de 1 700 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve pour cette dernière de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- il n'est pas établi que la décision attaquée ait été prise par une autorité habilitée ;
- la décision est insuffisamment motivée et cette motivation est erronée ;
- la décision repose sur des faits matériellement inexacts ;
- la décision est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'a pas été informé préalablement à la décision attaquée ;
- la décision est entachée d'un second vice de procédure dès lors que l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'a pas procédé à un examen de sa vulnérabilité ;
- la décision est entachée d'une erreur de droit et d'un défaut de base légale : les dispositions de l'article L. 744-7 qui la fondent n'étaient pas applicables à sa situation qui était régie par les dispositions issues de la loi du 10 septembre 2018 ;
- la décision est entachée d'un défaut d'examen et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation de vulnérabilité.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 juillet 2020.
Un mémoire a été enregistré le 21 novembre 2022 pour l'Office français d'immigration et d'intégration et n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive n°2013/33/UE dite " accueil " ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant guinéen né en 1990, a sollicité le 18 janvier 2018 la reconnaissance du statut de réfugié et a bénéficié des conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile. Sa demande de reconnaissance de la qualité de réfugié a été enregistrée en procédure dite " Dublin ". Par un arrêté du 23 mars 2018, le préfet de Maine-et-Loire a décidé de le remettre aux autorités italiennes, en application du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du conseil du 26 juin 2013. Le 4 août 2018, le préfet a déclaré l'intéressé comme étant en fuite. A compter du 1er octobre 2018, la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil octroyées à M. A, lequel n'a pas contesté cette décision. Le 30 octobre 2019, M. A s'est vu délivrer une attestation de demande d'asile en procédure normale par le préfet de la Loire-Atlantique. Le 25 février 2020, l'intéressé a demandé le rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil. Cette demande a été rejetée par une décision de l'OFII du 4 mars 2020. M. A demande au tribunal d'annuler la décision du 4 mars 2020.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. En premier lieu, par une décision du 2 novembre 2016, régulièrement publiée, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a donné délégation à Mme D E, chef du pôle de veille juridique et de suivi du contentieux, à l'effet de signer les décisions relevant du champ de compétence de ce pôle. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'acte attaqué sera donc écarté.
3. En deuxième lieu, la décision attaquée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est ainsi suffisamment motivée.
4. Aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction résultant de la loi du 29 juillet 2015 relative à la réforme du droit d'asile : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être : / 1° Suspendu si, sans motif légitime, le demandeur d'asile a abandonné son lieu d'hébergement déterminé en application de l'article L. 744-7, n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités, n'a pas répondu aux demandes d'informations ou ne s'est pas rendu aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile () ". Si les termes de cet article ont été modifiés par différentes dispositions du I de l'article 13 de la loi du 10 septembre 2018 pour une immigration maîtrisée, un droit d'asile effectif et une intégration réussie, il résulte du III de l'article 71 de cette loi que ces modifications, compte tenu de leur portée et du lien qui les unit, ne sont entrées en vigueur ensemble qu'à compter du 1er janvier 2019 et ne s'appliquent qu'aux décisions initiales, prises à compter de cette date, relatives au bénéfice des conditions matérielles d'accueil proposées et acceptées après l'enregistrement de la demande d'asile. Les décisions relatives à la suspension et au rétablissement de conditions matérielles d'accueil accordées avant le 1er janvier 2019 restent régies par les dispositions antérieures à la loi du 10 septembre 2018.
5. Il résulte des dispositions citées au point 4 que les conditions matérielles d'accueil sont proposées au demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de la demande d'asile auquel il est procédé en application de l'article
L. 741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si, par la suite, les conditions matérielles proposées et acceptées initialement peuvent être modifiées, en fonction notamment de l'évolution de la situation du demandeur ou de son comportement, la circonstance que, postérieurement à l'enregistrement de sa demande, l'examen de celle-ci devienne de la compétence de la France n'emporte pas l'obligation pour l'Office de réexaminer, d'office et de plein droit, les conditions matérielles d'accueil qui avaient été proposées et acceptées initialement par le demandeur. Dans le cas où les conditions matérielles d'accueil ont été suspendues sur le fondement de l'article L. 744-8, dans sa rédaction issue de la loi du
29 juillet 2015, le demandeur peut, notamment dans l'hypothèse où la France est devenue responsable de l'examen de sa demande d'asile, en demander le rétablissement. Il appartient alors à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, pour statuer sur une telle demande de rétablissement, d'apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.
6. En troisième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : "Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, définies à l'article L. 348-1 du code de l'action sociale et des familles et à l'article L. 744-1 du présent code, est subordonné à l'acceptation par le demandeur d'asile de l'hébergement proposé, déterminé en tenant compte de ses besoins, de sa situation au regard de l'évaluation prévue à l'article L. 744-6 et des capacités d'hébergement disponibles. Le demandeur est préalablement informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, des conséquences de l'acceptation ou du refus de l'hébergement proposé. ".
7. Ces dispositions prévoient uniquement que le demandeur est informé, dans une langue qu'il comprend, des conséquences du refus de l'hébergement proposé. Le requérant ne peut donc utilement soutenir, à l'appui du moyen tiré de leur méconnaissance, qu'il n'a pas été préalablement informé du sens de la décision de refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil qui lui a été opposée.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin. ".
9. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. A a bénéficié d'une évaluation de sa vulnérabilité lors de l'enregistrement de sa demande d'asile au guichet unique des demandeurs d'asile lors d'un entretien réalisé par un agent formé spécifiquement et dans une langue que le requérant comprenait, l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'étant pas tenu de procéder à une nouvelle évaluation à l'occasion d'une demande de rétablissement du bénéfice de ces dispositions. L'intéressé n'est donc pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait été prise au terme d'une procédure irrégulière en méconnaissance des dispositions de l'article L. 744-6 rappelées.
10. En cinquième lieu, M. A ne peut utilement soutenir que la décision attaquée serait entachée d'un défaut de base légale et par conséquent une erreur de droit et une erreur de fait au motif quel les dispositions de l'article L. 744-7 qui la fondent n'étaient pas applicables à sa situation qui était régie par les dispositions issues de la loi du 10 septembre 2018, dès lors que cette décision a été prise sur le fondement des dispositions de l'article L. 744-8 du code précité dans sa rédaction résultant de la loi du 29 juillet 2015 relative à la réforme du droit d'asile, applicables à l'espèce.
11. En dernier lieu, le requérant, en se prévalant de sa seule qualité de demandeur d'asile sans apporter d'élément probant et objectif permettant d'établir que sa situation personnelle caractériserait une situation de vulnérabilité ainsi qu'en faisant valoir qu'il consulte un kinésithérapeute pour des douleurs à une jambe, n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ou d'une erreur de fait.
12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F G A, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Neraudau.
Délibéré après l'audience du 22 novembre 2022 à laquelle siégeaient :
M. B de Baleine, président,
Mme Thomas, première conseillère,
Mme Milin, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2022.
La rapporteure,
C. C
Le président,
A. B DE BALEINE La greffière,
J. DIONIS
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026