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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2005581

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2005581

mardi 28 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2005581
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantLEFEBVRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 11 juin 2020 et 19 septembre 2022, M. A B, représenté par Me Lefebvre, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 10 février 2020 par laquelle le préfet de l'Oise a rejeté sa demande de naturalisation, la décision implicite par laquelle cette même autorité a rejeté son recours gracieux formé le 16 février 2020, ainsi que la décision du 28 février 2020 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours préalable obligatoire et confirmé le rejet de sa demande de naturalisation° ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de lui octroyer la nationalité française ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- il n'est pas établi que la décision préfectorale ait été signée par une autorité habilitée ;

- les décisions attaquées sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 mars 2021, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les conclusions de la requête dirigées contre les décisions préfectorales sont irrecevables dès lors que la décision prise sur recours préalable obligatoire s'est substituée à ces mesures ;

- aucun des moyens soulevés par M. B n'est fondé.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 avril 2020.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code civil ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le code de justice administrative ;

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Martel a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant camerounais né le 25 avril 1983, a sollicité l'acquisition de la nationalité française par naturalisation. Sa demande a été rejetée par une décision du préfet de l'Oise du 10 février 2020. Par courrier du 16 février 2020, M. B a formé un recours gracieux contre cette décision, lequel a été implicitement rejeté. Saisi par courrier du 13 février 2020 du recours préalable obligatoire prescrit par le décret du 30 décembre 1993, le ministre de l'intérieur a rejeté cette demande par une décision du 28 septembre 2020. M. B demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, d'annuler la décision préfectorale du 10 février 2020, ainsi que celle par laquelle le préfet de l'Oise a implicitement rejeté son recours gracieux formé le 16 février 2020, et la décision du ministre de l'intérieur du 28 septembre 2020.

Sur l'étendue du litige :

2. Aux termes de l'article 45 du décret du 30 décembre 1993 susvisé : " Dans les deux mois suivant leur notification, les décisions prises en application des articles 43 et 44 peuvent faire l'objet d'un recours auprès du ministre chargé des naturalisations à l'exclusion de tout autre recours administratif. / Ce recours, pour lequel le demandeur peut se faire assister ou être représenté par toute personne de son choix, doit exposer les raisons pour lesquelles le réexamen de la demande est sollicité. Il constitue un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux, à peine d'irrecevabilité de ce dernier. () ".

3. L'institution d'un recours administratif, préalable obligatoire à la saisine du juge, vise à laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Pour autant, dès lors que le recours administratif obligatoire a été adressé à l'administration préalablement au dépôt de la demande contentieuse, la circonstance que cette dernière demande ait été présentée de façon prématurée, avant que l'autorité administrative ait statué sur le recours administratif, ne permet pas au juge administratif de la rejeter comme irrecevable si, à la date à laquelle il statue, est intervenue une décision, expresse ou implicite, se prononçant sur le recours administratif. Il appartient alors au juge administratif, statuant après que l'autorité compétente a définitivement arrêté sa position, de regarder les conclusions dirigées formellement contre la décision initiale comme tendant à l'annulation de la décision, née de l'exercice du recours administratif préalable, qui s'y est substituée.

4. Les conclusions de la requête tendant à l'annulation des décisions préfectorales, auxquelles s'est substituée la décision du ministre statuant sur le recours préalable obligatoire de M. B, sont irrecevables. Elles doivent dès lors être rejetées.

Sur la légalité de la décision ministérielle':

5. En premier lieu, aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". En vertu des dispositions de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française, si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. Une fois ce délai expiré ou ces conditions réalisées, il appartient au postulant, s'il le juge opportun, de formuler une nouvelle demande. Il appartient ainsi au ministre de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la naturalisation au ressortissant étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, il peut légalement prendre en compte les renseignements défavorables recueillis sur le comportement du postulant.

6. Pour rejeter la demande d'acquisition de la nationalité française de M. B, le ministre de l'intérieur et des outre-mer s'est fondé sur le motif tiré de ce que l'intéressé a été l'auteur, le 6 avril 2014, de conduite sous l'empire d'un état alcoolique, fait pour lequel il a été condamné à 400 euros d'amende et à une suspension du permis de conduire pendant trois mois par le tribunal correctionnel de Senlis le 10 mars 2016, ainsi que de récidive de conduite d'un véhicule en état alcoolique le 8 janvier 2017 et de violence aggravée par trois circonstances suivie d'incapacité supérieure à huit jours du 29 au 30 mai 2014.

7. M. B fait valoir, d'une part, que la condamnation faisant suite aux faits de violence aggravée commis du 29 au 30 mai 2014 ont fait l'objet d'une exclusion du bulletin n° 2 du casier judiciaire et, d'autre part, que les faits de conduite sous l'empire d'un état alcoolique du 6 avril 2014 ont été effacés du fichier de police. Toutefois, la circonstance que le tribunal correctionnel, par jugement du 6 mai 2016, ait prononcé l'exclusion de la mention du bulletin numéro 2 du casier judiciaire de la condamnation à raison des faits de violence aggravée du 29 au 30 mai 2014 ne saurait faire obstacle à ce que le ministre chargé des naturalisations prenne en considération les faits qui ont fondé cette condamnation. En outre, si les faits de conduite en état alcoolique commis le 6 avril 2014 ont, selon un courrier de la Commission nationale de l'informatique et des libertés, été effacés du fichier de police, ils figurent néanmoins sur le bulletin n° 2 du casier judiciaire de l'intéressé. Dès lors, le ministre de l'intérieur était fondé à prendre en compte cette condamnation. En dernier lieu, les faits de récidive de conduite commis le 8 janvier 2017 ne sont pas contestés par l'intéressé. Dans ces conditions, au vu de la réitération de faits de nature délictuelle, lesquels ne sont ni dénués de gravité ni exagérément anciens, et eu égard au large pouvoir dont il dispose pour apprécier l'opportunité d'accorder ou non la nationalité française au ressortissant étranger qui la sollicite, le ministre, en confirmant le rejet de la demande de M. B, n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.

8. En second lieu, les autres circonstances invoquées par M. B, qui fait valoir qu'il a fixé de manière stable le centre de ses intérêts familiaux et professionnels en France et que ses enfants sont de nationalité française, sont sans incidence sur la légalité de la décision attaquée, eu égard au motif qui la fonde.

9. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision litigieuse. Par voie de conséquence, ses conclusions à fins d'injonction et celles présentées au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Lefebvre et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 14 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Cantié, président,

Mme Martel, première conseillère,

M. Delohen, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 novembre 2023.

La rapporteure,

C. MARTELLe président,

C. CANTIE

La greffière,

C. DUMONTEIL

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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