jeudi 30 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2005587 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | GALLOT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 11 juin 2020, le 25 novembre 2020, le 1er juillet 2021 et le 23 décembre 2021, M. C D, représenté par Me Gallot, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 27 août 2020 du ministre de l'intérieur rejetant son recours contre la décision du 13 décembre 2019 par laquelle le préfet de l'Essonne avait ajourné à deux ans sa demande de naturalisation, ensemble ladite décision préfectorale ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros qui devra être versée à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
M. D soutient que les décisions attaquées :
- sont entachées d'un vice d'incompétence ;
- sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ; son comportement fiscal n'était pas dicté par une quelconque intention frauduleuse, mais bien par l'ignorance qu'il ne pouvait à la fois déclarer ses enfants et déduire les pensions alimentaires ; depuis, il ne déduit plus ses pensions quand il déclare ses enfants, et sa situation a été régularisée, un avis rectificatif ayant été dressé le 28 octobre 2021 ;
- il a entrepris depuis 5 ans une démarche en vue de changer d'identité et suit un traitement hormonal en ce sens avec l'aide de son médecin traitant et d'un endocrinologue spécialisé dans le changement d'identité d'homme vers femme ; cette situation est incompatible avec sa nationalité actuelle puisque la transsexualité est interdite en Algérie.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 mai 2021, le ministre de l'Intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- sa décision explicite du 27 août 2020 s'est substituée à la décision préfectorale du 13 décembre 2019, les conclusions dirigées contre la décision préfectorale sont irrecevables ;
- les conclusions dirigées contre sa décision implicite de rejet sont dépourvues d'objet puisque cette décision a été retirée du fait de l'adoption de la décision explicite du 27 août 2020 ;
- aucun des moyens soulevés par M. D n'est fondé.
Par ordonnance du 4 janvier 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 2 février 2022.
M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 24 septembre 2020.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;
- le décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Hannoyer, premier conseiller,
- et les observations de Me Gallot, pour M. D.
Considérant ce qui suit :
1. M. C D, ressortissant algérien, demande au tribunal d'annuler la décision du 27 août 2020 du ministre de l'intérieur rejetant son recours contre la décision du 13 décembre 2019 par laquelle le préfet de l'Essonne avait ajourné à deux ans sa demande de naturalisation, ensemble ladite décision préfectorale.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision préfectorale :
2. En application des dispositions de l'article 45 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française, les décisions par lesquelles le ministre statue sur les recours préalables obligatoires se substituent à celles des autorités préfectorales qui lui sont déférées. Ainsi, la requête doit être regardée comme exclusivement dirigée contre la décision ministérielle et les moyens dirigés contre la décision préfectorale sont inopérants.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision ministérielle :
3. En premier lieu, conformément aux dispositions de l'article 1er du décret du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du gouvernement, le directeur de l'accueil, de l'accompagnement des étrangers et de la nationalité dispose de la délégation pour signer, au nom du ministre chargé des naturalisations, l'ensemble des actes relatifs aux affaires des services placés sous son autorité, à l'exception des décrets. Par un décret du 28 septembre 2016, publié au Journal officiel de la République française du 29 septembre 2016, Mme A a été nommée directrice de l'accueil, de l'accompagnement des étrangers et de la nationalité. Par une décision du 30 août 2018, régulièrement publiée au Journal officiel de la République française du 2 septembre 2018, Mme A a accordé à Mme B, chargée du traitement des recours administratifs préalables obligatoires du bureau des affaires juridiques, du pré-contentieux et du contentieux et signataire de la décision attaquée, une délégation de signature à cet effet. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée manque ainsi en fait.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". En vertu des dispositions de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française, si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. Une fois ce délai expiré ou ces conditions réalisées, il appartient au postulant, s'il le juge opportun, de formuler une nouvelle demande. Il appartient ainsi au ministre de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la naturalisation au ressortissant étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, il peut légalement prendre en compte les renseignements défavorables recueillis sur le comportement du postulant.
5. Pour ajourner la demande d'acquisition de la nationalité française de M. D, le ministre s'est fondé sur le motif tiré de ce que son comportement fiscal est sujet à critiques, dès lors qu'en 2017, 2018 et 2019 il a déclaré à charge à l'administration fiscale trois de ses enfants et simultanément porté déduction d'une pension alimentaire les concernant.
6. Il est constant que M. D a déclaré à charge à l'administration fiscale trois de ses enfants et simultanément porté déduction d'une pension alimentaire les concernant en 2017, 2018 et 2019. En se bornant à soutenir qu'il a commis une erreur, que son comportement fiscal n'était pas dicté par une quelconque intention frauduleuse mais par l'ignorance qu'il ne pouvait à la fois déclarer ses enfants et déduire les pensions alimentaires, que depuis il ne déduit plus ses pensions alimentaires lorsqu'il déclare ses enfants à charge, et que sa situation a été régularisée depuis un avis rectificatif dressé le 28 octobre 2021, M. D ne contredit pas sérieusement le motif de la décision attaquée. Eu égard au large pouvoir dont il dispose pour apprécier l'opportunité d'accorder ou non la nationalité française au ressortissant étranger qui la sollicite, le ministre, en se fondant, pour ajourner à deux ans la demande de l'intéressé, sur le motif mentionné ci-dessus, n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.
7. En dernier lieu, M. D ne peut utilement soutenir qu'il a entrepris depuis 5 ans une démarche en vue de changer d'identité d'homme vers femme et que cette situation est incompatible avec sa nationalité actuelle puisque la transsexualité est interdite en Algérie, à l'appui de conclusions dirigées contre la décision attaquée ayant ajourné sa demande d'acquisition de la nationalité française, une telle décision n'ayant pas pour objet de refuser à l'intéressé un titre de séjour en France ni n'impliquant le retour de celui-ci dans son pays d'origine.
8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. D ne peut qu'être rejetée, en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2': Le présent jugement sera notifié à M. C D, au ministre de l'Intérieur et des Outre-mer et à Me Gallot.
Délibéré après l'audience du 16 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Béria-Guillaumie, présidente,
M. Hannoyer, premier conseiller,
Mme Baufumé, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 novembre 2023.
Le rapporteur,
R. HANNOYER La présidente,
M. BÉRIA-GUILLAUMIE
La greffière,
Y. BOUBEKEUR
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026